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Sanctions contre l’Iran… surtout contre les Iranien.n.es

par Arnaud Bihel

Iran

Pour relancer la natalité, l’Iran s’en prend au planning familial. En juillet, une ONG s’inquiétait des conséquences des sanctions économiques occidentales sur les civils iraniens. Leurs effets contribuent à « reléguer les femmes dans la sphère domestique ».


 

« Killing them softly » : Les sanctions économiques imposées à l’Iran ont un effet désastreux pour la population civile, particulièrement pour les femmes. C’est ce que dénonce une ONG, ICAN (réseau d’action international de la société civile) dans un document publié en juillet (ici en anglais).

Imposées par la communauté internationale pour contraindre l’Iran à mettre un terme à son programme nucléaire, les sanctions ont été renforcées depuis 2010. Le ministre US de la Défense, Leon Panetta, observait fin juillet, que « ces sanctions ont un énorme impact sur l’économie iranienne ». Raison de plus, à ses yeux, pour les renforcer encore, afin de pousser l’Iran à négocier. Pendant ce temps, les autorités iraniennes assurent qu’elles ne plieront pas. Et c’est le peuple iranien qui paie les conséquences de ce bras de fer économico-diplomatique, dénonce l’ICAN qui appelle l’occident à revoir cette politique « hypocrite ».

Comme l’Irak auparavant

L’ONG souligne par exemple qu’en visant les compagnies d’assurance iraniennes, les sanctions ont donné un coup d’arrêt à l’importation de médicaments étrangers. Il est devenu particulièrement difficile d’avoir accès aux vitamines comme aux traitements pour les maladies les plus graves. Autre impact sanitaire : les sanctions sur le pétrole ont conduit à l’utilisation d’essence de mauvaise qualité, ce qui a contribué à dégrader fortement la qualité de l’air dans la capitale. Les sanctions bancaires, quant à elles, ont provoqué une inflation massive qui a « ciblé les Iraniens dans tous les aspects de leur vie quotidienne » .

L’ICAN s’est particulièrement attachée à une analyse genrée des conséquences de ces sanctions. Conclusion : « Les femmes sont particulièrement affectées (…) Elles sont écartées du marché du travail et paient les frais de l’augmentation du chômage. » L’ONG constate des similitudes avec ce qui s’est passé en Irak quand un blocus occidental similaire frappait le régime de Saddam Hussein : « les sanctions et la pauvreté qu’elles ont générée ont eu pour résultat une baisse de l’éducation des filles et une hausse des mariages précoces (les familles ont marié leurs jeunes filles pour réduire le nombre de bouches à nourrir) ».

Retour des femmes aux foyer

Pour l’ICAN, l’appauvrissement du pays dû à ces sanctions risque de « permettre aux conservateurs de faire avancer leurs projets réactionnaires en reléguant les femmes dans la sphère domestique ».

L’ONG ne croyait sans doute pas si bien dire en publiant ce document, en juillet. Car dans la foulée le pouvoir iranien annonçait son intention de supprimer le budget consacré au planning familial. Pendant des années, l’Iran a encouragé le contrôle des naissances et facilité l’accès aux contraceptifs. Et le taux de fertilité s’est effondré dans le pays : de plus de 6 enfants par femmes dans les années 1970, il est tombé à 1,6 aujourd’hui. Mais, confronté aux difficultés économiques et au vieillissement de sa population, le pouvoir entend inverser la tendance. L’heure est aujourd’hui au patriotisme nataliste.

 

Photo : Adam Jones sur Flickr. Des iraniennes travaillent à la restauration du mausolée du Cheikh Safi à Ardabil (juin 2012)

 

 

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