Séries télé, un univers impitoyablement masculin

par De profundis

Les femmes ne sont pas toujours bien représentées sur le petit écran… mais derrière la caméra, c’est encore pire. Scénaristes et réalisatrices sont très minoritaires. Exemples au Canada, Etats-Unis et Royaume-Uni.


 

Infographie real femmes par episodeUne femme pour 7 hommes. Nous ne sommes pas chez Blanche-Neige mais dans le monde des séries télévisées canadiennes. Seuls 12,5% des épisodes de séries produites dans le pays sont réalisés par des femmes : c’est le constat accablant que vient de faire Women in View. Cette organisation pour la parité et la diversité culturelle dans la production médiatique a publié le 5 juin son rapport Focus on Women 2013. On y découvre entre autres que seules 16% des réalisateurs de séries canadiennes sont des femmes. Et elles sont embauchées moins longtemps : pour la saison 2010-2011, 28,5% d’entre elles ont travaillé sur plus de deux épisodes contre 42% de leurs collègues masculins. Au total, sur 272 épisodes étudiés dans 21 séries canadiennes, 238 ont été signés par des hommes, 34 par des femmes (graphique ci-contre). Quant à être vraiment « derrière la caméra » il ne faut rien espérer puisque sur 24 directeurs de la photographie on compte… 24 hommes.

Comme d’habitude, venir d’une minorité n’améliore pas les chances de réussite dans le milieu : sur les 272 épisodes étudiés, aucun n’a été réalisé par une femme « racisée ». Chez les scénaristes elles constituent 3% de tous les auteurs et 8% des femmes, concentrées sur seulement trois séries.

Du côté des scénaristes les femmes sont mieux représentées : elles sont 36%. Un peu plus d’un tiers, cela reste toutefois loin de la parité. On observe par ailleurs le même effet que chez les réalisateurs, avec des femmes qui écrivent en moyenne 2,4 épisodes chacune, contre 3,1 pour ces messieurs.

Aux Etats-Unis, évolution négative

Une exception, le Canada ? Non. On retrouve environ les mêmes chiffres dans les Etats-Unis : en 2011-2012, les femmes ne composaient que 15% des réalisateurs et 30% des scénaristes ; et la statistique porte cette fois sur toutes les séries américaines, soit plus de 3 000 épisodes. Derrière cette moyenne, on observe toutefois d’importantes disparités. Plusieurs séries comme Dallas, Leverage ou Supernatural ne comptent absolument aucune réalisatrice, tandis que certaines autres (souvent créées par des femmes) s’appuient sur une équipe entièrement féminine.

Plus inquiétant que les chiffres en eux-mêmes, leur évolution ces dernières années. Sur la saison 2006-2007, les femmes étaient en effet plus nombreuses qu’aujourd’hui, avec 35% de réalisatrices. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette définition drastique, soupçonnait l’an dernier une critique de télévision sur le Huffington Post : la crise économique rendrait frileux les investisseurs, qui préféreraient se reposer sur des valeurs sûres (des hommes) ; la publicité exigerait des séries qu’elles collent à sa cible, l’homme blanc de moins de cinquante ans ; le genre le plus en vogue, la comédie, serait traditionnellement associé au masculin, contrairement aux feuilletons sentimentaux, évidemment féminins, qui seraient passés de mode.

Les femmes scénaristes ne suivent heureusement pas le même chemin ; leur nombre augmente lentement : elles étaient 30% en 2011, cinq points de plus qu’en 1999. Comme dans beaucoup de corps de métiers, ce pourcentage diminue aux postes les plus élevés : parmi les producteurs exécutifs, les femmes n’étaient que 18,6% en 2011-2012. Sans surprise, les hommes blancs occupent 75% des places. La répartition entre les séries n’est pas non plus homogène : certains « bons élèves » emploient plus de la moitié de femmes scénaristes (2 Broke Girls ; 90210 ; Castle ; Grey’s Anatomy…) tandis que d’autres s’en passent totalement, comme Futurama ou Californication.

Seulement 8% de réalisatrices au Royaume-Uni

Mais c’est peut-être au Royaume-Uni que la situation est la plus inquiétante. Beryl Richards, réalisatrice de séries, a constaté depuis quelques années la disparition de ses collègues féminines. Pour vérifier cette intuition elle a contribué à former un groupe de travail sur les femmes au sein de Directors UK, l’association des réalisateurs britanniques. Les chiffres qu’ils ont recueillis sont édifiants : 8% de femmes réalisatrices seulement et une absence totale dans certains genres, comme la science-fiction ou les thrillers. Depuis, Directors UK et la BBC ont cherché à comprendre la raison de ces inégalités. Une commission a enquêté, en avril et mai 2013, sur les techniques de recrutement au sein des séries produites par la BBC ; ses résultats ne sont pas encore connus.

Et en France ? Les enquêtes sur la culture pop ne sont pas une spécialité nationale, et les chiffres se font donc rares. Au dernier Festival de Cannes, la ministre de la Culture a annoncé avoir commandé au Centre national du Cinéma un diagnostic sur les inégalités entre les hommes et les femmes dans le cinéma. Les résultats sont attendus à l’automne. En attendant un état des lieux similaire dans les séries télévisées ?

 

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09 Aziza 10 juin 2013 - 15:20

Le serpent se mord ainsi la queue: les séries télévisées reproduisent la vision masculine de « ce que devrait être une femme »; et c’est international. Il n’est pas étonnant que les personnages soient si peu nuancés.
En France, la série « Fais pas ci/ Fais pas ça » a été encensée, mas les personnages féminins restent assez stéréotypés, malgré quelques incartades.
Et les femmes essayent de « coller » à ces types de personnages, en pensant qu’elles existent vraiment dans la vie courante, et que les scenarii relèvent d’une « observation » neutre. Ces personnages ne relèvent que des fantasmes masculins. Les femmes courent donc après de simples fantasmes, et s’y essoufflent.
Jamais satisfaites, elles colmatent l’angoisse avec les magazines « féminins ».Où
sont les femmes, les vraies ? pas sur l’écran, en tout cas!

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