Séries : une femme « non conforme » cristallise la haine

par Arnaud Bihel
AnnaGunn

Photo © Gage Skidmore. Anna Gunn en 2013 à la San Diego Comic Con International, Californie.

Coup de gueule de l’actrice incarnant Skyler White, la femme du personnage principal de la série Breaking Bad, contre la haine sexiste de milliers de fans qui s’abat sur elle.


 

C’est une tribune qui « a enflammé la Toile ce week-end », remarque LeFigaro.fr. Un témoignage de l’actrice Anna Gunn publié vendredi 23 juillet par le New York Times.

Dans la série multi-récompensée Breaking Bad, Anna Gunn a incarné pendant 5 saisons Skyler, la femme du personnage principal Walter White. Lequel tient plus de l’antihéros que du héros, et Skyler s’oppose régulièrement à lui. Au point de s’attirer les foudres des fans de Walter.

Et à tel point que l’actrice dit s’être retrouvée « au milieu d’un ouragan de haine ». Des pages Facebook ‘Je hais Skyler White’ rassemblent des dizaines de milliers de personnes. Pire : nombre de propos violents, jusqu’à des appels au meurtre, se redirigent directement contre l’actrice en personne.

Révélateur de la société

Anna Gunn s’interroge alors : « Se pourrait-il qu’ils ne puissent pas supporter une femme qui ne souffre pas en silence ou ne serait pas un soutien indéfectible pour ‘son homme’ ? Qu’ils la détestent parce qu’elle ne recule pas, n’abandonne pas ? Ou parce qu’au bout du compte elle est l’égale de Walter ? »

Ce qui conduit l’actrice à conclure que « la haine de la plupart de ces personnes à l’encontre de Skyler n’a pas grand chose à voir avec moi. Mais beaucoup à voir avec leur propre vision des femmes et des épouses. Parce que Skyler ne se conforme pas à un l’idéal confortable de la femme stéréotypée, elle est devenue une sorte de révélateur de la société, une jauge de nos attitudes au regard du genre. »

Collant héritage

Ce constat d’Anna Gunn, la critique de télévision du Huffington Post U.S. Maureen Ryan vient l’appuyer. Et va plus loin en mettant en avant la responsabilité des créateurs de séries ; en soulignant que, forts ou faibles, les personnages féminins doivent encore se débarrasser de l’héritage qui leur colle à la peau.

« Le fait est que des décennies de programmes, sur toutes les chaînes, ont conduit les spectateurs à attendre des personnages féminins » qu’elles se conforment à des rôles stéréotypés, et au second plan par rapport aux hommes : qu’elles soient traitées en fonction des leurs rapports aux hommes.

Maureen Ryan entrevoit toutefois des signaux positifs : d’abord l’importance qu’a pris le débat lancé par la tribune Anna Gunn. Mais aussi le fait que de plus en plus de séries, et de nouveaux formats, créent des personnages féminins plus consistants. Mais c’est un long processus, admet-elle. En 2011-2012 aux États-Unis, les femmes ne composaient que 15 % des réalisateurs et 30 % des scénaristes.

 

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