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Sexe, politique et rock’n’roll

par Arnaud Bihel
DonitaSparks

Donita Sparks, chanteuse du groupe L7

Comment les femmes ont-elles utilisé la musique comme instrument politique et caisse de résonance pour aborder les questions d’émancipation, de sexualité, et de pouvoir ? Sex & Music, une série documentaire sur Arte, s’efforce de répondre à ces questions. Rencontre avec sa productrice Sophie Bramly.


 

Depuis plus de 50 ans la pop culture, musique en tête, a bousculé les mœurs. En quatre volets, Sex & Music raconte « comment nous sommes passés de l’inhibition à la jouissance revendiquée ».

« J’ai rapidement pensé qu’il y avait un rapprochement intéressant à faire entre l’évolution des pratiques sexuelles et les genres musicaux qui se sont imposés à chaque décennie, tout au long de la deuxième moitié du XXe siècle », raconte Sophie Bramly. Productrice engagée et créatrice du site secondsexe.com, elle connaît bien l’industrie musicale, dans laquelle elle a longtemps évolué.

« J’ai travaillé pendant des années dans l’audiovisuel côté musique, et quand j’ai tout quitté pour m’intéresser à la sexualité féminine les gens m’ont demandé pourquoi ce revirement ». « Quel revirement ? », balaie-t-elle d’un haussement d’épaules : « c’est la musique qui a fait mon éducation sexuelle ». D’où l’idée d’explorer cette piste sous forme de documentaire.

Sophie Bramly rallie la réalisatrice Julie Benasra à sa cause. Arte souhaite en faire une collection de quatre films documentaires, le projet est donc divisé en quatre grands axes et d’autres réalisateurs sont invités à participer.

De la libération du twist à la techno « masturbatoire »

Dans ces quatre volets de 50 minutes chacun – « De la pilule au sida », « De dominées à dominantes », « Des troubles dans le genre », « Sexe, douleur et rock’n’roll » – se succèdent expertes, professeures, chanteuses, musiciennes. Les intervenantes interrogent le spectateur : la pop culture peut-elle être politique ? Quels liens entre l’évolution de la musique et celle de la société ?

« Quand on a commencé à travailler sur ce sujet, qu’on a trouvé des études sur le comportement d’achat des gens (de plus en plus demandeurs de chansons clairement explicites) au fil des décennies, on s’est demandé si la musique pop avait aidé à l’émancipation sexuelle, à la volonté de transgresser des adolescents, ou si au contraire la pop suivait les courants de société ».

Ce que montrent les documentaires, en tout cas, c’est que chaque décennie a connu son courant musical et sa nouvelle forme de liberté sexuelle. « Dans les années 60, par exemple, le twist a été la première danse où les femmes ont pu danser sans attendre l’invitation d’un cavalier. Le glam rock a prôné la tri-sexualité, la disco a libéré l’homosexualité et la mixité raciale. Et la techno a ouvert le mouvement dans lequel se sont ensuite engouffrés les réseaux sociaux : on danse seul mais ensemble, la sexualité devient masturbatoire. »

Engagement et embourgeoisement

Mais la pop culture peut-elle vraiment être politique ? « Elle l’est si telle est l’intention de départ. Je crois que c’est moins le cas aujourd’hui en France que cela a pu l’être dans le passé, mais c’est toujours le cas dans d’autres pays. Par exemple, pour s’en tenir au féminin, il est clair qu’il y a eu aux Etats-Unis des mouvements de chanteuses qui ont beaucoup fait pour les femmes, comme les Riot Grrrlz, pour ne citer que ce mouvement. »

Reste le sentiment d’un conformisme qui s’installe avec le temps chez les artistes engagés. « Nous avons tous regretté que certains artistes qui ont vraiment fait bouger les choses à un moment de leur vie n’aient pas souhaité revenir dessus ; comme si, l’âge aidant, il fallait effacer toute trace de soufre. La sexualité a beau être le baromètre de la vitalité, il y a toujours un moment où on s’embourgeoise et on se rassure dans les conventions, tout révolutionnaire que l’on ait pu être ! »

 

Sex & Music, série documentaire en quatre volets :

« De la pilule au sida » : disponible en vod ici

« De dominées à dominantes » : disponible en replay jusqu’au 17 mai ici

« Des troubles dans le genre »: samedi 17 mai à 22h45 sur Arte

« Sexe, douleur et rock’n’roll » : samedi 24 mai à 00h20 sur Arte

  

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