Accueil CultureCinéma Slalom brise la loi du silence

Slalom brise la loi du silence

par Valérie Ganne

Le premier film de Charlène Favier décortique la relation d’emprise physique et morale d’un entraineur sur une jeune skieuse.

Lyz, 15 ans, intègre une section ski-études à Bourg Saint-Maurice. Loin de son père absent, de sa mère travaillant à Marseille, Lys se croit indépendante et invulnérable. Pourtant elle va petit à petit tomber sous la coupe de son entraineur, Fred. D’abord combattive et ambitieuse, Lyz perd pied. Slalom plonge dans la zone trouble du consentement, cette fameuse «zone grise» dans laquelle certains hommes savent très bien entrainer les jeunes femmes. Ici, une mineure subit l’ascendant d’un homme qui est à la fois son entraineur, un référent adulte et un homme désirant qui abuse de son pouvoir.

 

Le sujet a été soulevé récemment par les livres-témoignages de Vanessa Springora (Le Consentement, dans le milieu de la littérature) et de Sarah Abitbol (Un si long silence, dans le milieu du patinage artistique). Ici il s’agit d’un film de cinéma et non d’un livre, c’est ce qui fait sa force : Noée Abita et Jérémie Renier prêtent leurs corps et leurs nuances à cette histoire d’emprise psychologique. Porté par la musique de Low Entertainment, jouant sur les couleurs (du bleu sombre au rouge au fur et à mesure de la plongée dans le drame), Slalom est vraiment emporté par ses acteurs. En premier lieu la talentueuse Noée Abita, découverte dans Ava de Léa Mysius, alors qu’elle n’avait que 15 ans. Charlène Favier lui a offert un rôle dans un court métrage abordant le consentement sous une autre forme, avant de lui confier le rôle de Lyz. Noée Abita est une battante multiforme, qui peut jouer sans problème les adolescentes alors qu’elle a 21 ans, une nature sauvage énergique et entière. Elle est entourée d’un trio de femmes : sa meilleure amie, qui a tout compris mais ne peut l’aider, sa mère qui ne voit rien puis devient un véritable soutien, et enfin la femme de son entraineur sans doute la première à comprendre. En face d’elles toutes, le formidable Jérémie Renier : il a déjà une trentaine de films dans les pattes et sait à merveille doser son jeu sans tomber dans le manichéisme. Ce n’est pas un agresseur violent, c’est un mari, un ami, un coach. C’est glaçant mais c’est la vérité. Ou c’est glaçant parce que c’est la vérité.

Slalom de Charlène Favier, scénario de Charlène Favier et Marie Talon, avec Noée Abita (Lyz) et Jérémie Renier (Fred), Marie Denarnaud (la compagne de Fred), Muriel Combeau (la mère de Lyz) et Maïra Schmitt (l’amie de Lyz). Produit par Mille et une productions, distribué par Jour2fête. En salles le 19 mai 2021.

 

Qui est Charlène Favier ?

Charlène Favier sur le tournage de Slalom

Cette jeune réalisatrice a quitté le monde du sport pour faire du théâtre et du cinéma en audodidacte. Après un documentaire sur une communauté hippie en Australie, la création de sa société de production, elle passe à la fiction avec ce sujet qu’elle avait tu pendant des années.

« A l’adolescence, j’ai subi des violences sexuelles dans le milieu du sport. Comme beaucoup de victimes, j’ai intériorisé pendant de nombreuses années. J’ai construit ma vie professionnelle autour de la création et je me suis épanouie à travers la photographie, le dessin, le théâtre et le cinéma. Je n’avais jamais pensé que mon premier long métrage parlerait forcément de ce qui était enfoui au plus profond de moi. Pourtant, la nécessité de dénonciation a fait son chemin pour finalement éclore sur les bancs de la FÉMIS où j’ai écrit les premières lignes de ce scénario. Mais là encore, je ne m’autorisais pas à affirmer l’aspect autobiographique du projet. Car ma véritable histoire n’était pas dans le ski. Lyz n’est pas moi, ni sa famille la mienne, ni Fred mon agresseur. Mais le film est irrigué de mon histoire personnelle. »

On ne peut pas parler de mode ou d’opportunisme sur ce sujet, car Charline Favier a commencé à en écrire le scénario en 2014, avant l’affaire MeToo, avant que les secrets du monde du sport, de l’église, de l’inceste ne soient révélés.

« Slalom est un film sur la résilience. À la fin, Liz comprend qu’elle peut dire non. Je voulais finir sur son visage, que le spectateur la contemple apaisée, presque en apesanteur. Elle renonce pour trouver la paix intérieure. Pendant le film, elle est passée par toutes les émotions : la rage, la colère, la douleur, la joie, la rébellion… A la fin de mon écriture, j’ai entendu l’ancienne ministre des sports, Laura Flessel, déclarer : « Non, il n’y a pas d’omerta sur le harcèlement sexuel dans le sport ». J’ai été frappée par le déni dont faisait preuve la ministre et je suis aujourd’hui certaine que ce genre de déclaration enfonce les victimes dans le silence et convaincue de la nécessité de mon film. Aujourd’hui, c’est pour toutes ces raisons que je ressens plus que jamais l’envie de me battre pour que Slalom rencontre son public. »

 

 

 

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