Stéréotypes : 10 catalogues de Noël à la loupe

par Arnaud Bihel

JeuxNoelGarçons combattants, filles passives. Un peu plus de mixité, comme dans les cuisines, mais des frontières de genre encore infranchissables. Si Super U, Nature et Découverte et Oxybul font preuve d’ouverture, les catalogues de Noël présentent toujours « un concentré de stéréotypes », relève le cabinet Trezego.


 

Du rose, du bleu. Des univers « pour filles », d’autres « pour garçons » : malgré quelques efforts, les catalogues de jouets de Noël, en France, présentent toujours « un concentré de stéréotypes ».

Dans le même temps, les enseignes britanniques font disparaître leurs rayons « filles » et « garçons » : Au Royaume-Uni, des rayons jouets de moins en moins sexués

C’est la conclusion du cabinet Trezego1 fondé par Astrid Leray, qui a passé à la loupe 10 catalogues de grandes surfaces et d’enseignes de jouets : 1 580 pages au total, et 1 272 photos d’enfants. Un travail de fourmi (repéré initialement par le Nouvel Observateur Rue 89) qui aboutit, entre autres, à ces constats :

  • Les garçons sont un peu plus visibles dans ces catalogues : ils représentent la moitié des enfants en photo, contre 42% pour les filles (et 8%, des bébés, au sexe indéterminé).

  • Les filles sont bien davantage dans une posture passive : 31 % d’entre elles ne sont pas représentées en train de jouer (elles sont avec une peluche, en robe de princesse ou sur le siège passager des voitures électriques…) quand ce n’est le cas que de 10% des garçons.

    La palme des stéréotypes revient à Carrefour et ses deux rubriques : « Encourager les champions » et « Faire rêver les princesses »…
  • Des garçons qui sont très souvent des combattants : sur les 639 garçons en photo, 120 présentent une arme ou un jeu de combat : 19% d’entre eux, pas moins. Les filles, elles, pouponnent : « dans 51 cas sur 60, les peluches sont présentées par des petites filles qui les câlinent. Les quelques garçons qui les présentent en rigolent ou les escaladent. »

  • La cuisine s’ouvre aux garçons, le ménage reste pour les filles. 7 catalogues présentant des cuisines y associent des illustrations d’enfants des deux sexes. En revanche, « cette mixité ne s’étend pas au rayon ménage qui reste un secteur uniquement féminin ».

  • Comme la cuisine, les jeux de construction ou liés aux nouvelles technologies tendent vers l’équilibre des sexes. Mais les garçons restent majoritaires pour les jeux liés aux sciences (14 garçons pour 4 filles)

  • Globalement, les catalogues offrent aux garçons davantage de possibilités qu’aux filles. 9 types de jouets sont présentés essentiellement par des garçons, 6 essentiellement par des filles. Par exemple, « si 34 filles jouent avec des voitures ou des grues, elles ne représentent que 22% des enfants associés à un véhicule ». Dans le domaine des déguisements, « les garçons disposent de 11 types de costumes alors que les filles n’en ont que 8 dont plusieurs jouent sur le même registre (danseuse, mariée, princesse…) »

  • Mais la mise en cause des stéréotypes semble plus facile pour les filles que pour les garçons : sur les 1 272 photos d’enfants illustrant les 10 catalogues, seuls 34 (26 filles et 8 garçons) sont présentés dans des activités contre-stéréotypées. Et « les filles dans ces situations « peuvent jouer seules alors que les garçons sont toujours présentés en binôme avec une petite fille, comme s’il leur fallait un justificatif de cette transgression. » Une situation que l’on peut d’ailleurs observer également dans l’attitude face aux émissions de télévision : « une fille pourra se vanter d’avoir regardé un programme destiné aux garçons alors que le contraire ne se fait pas », relevait une étude en début d’année.

Les bons élèves : Nature et Découverte, Oxybul, Super U

Il y a quelques semaines, le catalogue Super U s’est attiré les foudres des contempteurs du « genre » avec son catalogue de Noël qui déconstruisait un bon nombre de stéréotypes (Voir : Le catalogue U excite les dérangés du genre). Certes, son catalogue « donne la part belle aux filles qu’il choisit nombreuses et actives. Il met également en valeur quelques enfants en position non stéréotypés. Pour autant, « l’enseigne conserve le sexisme des rubriques « filles » et « garçons » et ne s’affranchit pas des stéréotypes liés aux vêtements ou aux coiffures », observe Trezego, qui ne classe Super U qu’à la troisième marche de son podium.

C’est le catalogue de Nature et Découverte, le seul à proposer une présentation non genrée en classant les jouets par tranche d’âge, que l’étude considère comme le moins stéréotypé – tout en regrettant que les introductions de chapitres ne présentent que 5 filles sur 24 photos. En deuxième position figure Oxybul, qui propose un large pourcentage de pages non genrées et « évite l’opposition armes contre robes de princesses ».

Pour les autres enseignes, peu de points positifs à signaler. Les enseignes spécialisées dans les jouets (King Jouet, Toys’R’Us, Joué Club, La Grande Récré), qui dominent le marché, « semblent assez indifférentes à la volonté de déconstruire des stéréotypes », déplore Trezego.

Tandis que les catalogues des grandes surfaces (Intermarché, Carrefour, Leclerc) « présentent un condensé de sexisme. Attristant quand on sait que ces dernières représentent le deuxième circuit de distribution derrière les spécialistes et que, crise aidant, leurs prix attractifs n’ont pas fini de séduire les consommateurs… »

 

Nos précédents articles sur cette thématique :

Le catalogue U excite les dérangés du genre (novembre 2013)

Au Royaume-Uni, les jouets s’affranchissent du genre (septembre 2013)

Le sac à main de maman, les outils de papa (décembre 2012)

Stéréotypes, ou pas, dans les catalogues de Noël (novembre 2012)

Lego voit toujours les filles en rose (décembre 2011)

 

Au-delà des jouets…

Pas de polémique sur le genre chez l’éditeur de l’Education nationale (novembre 2013)

Dans les programmes pour enfants, le genre reste une contrainte (juillet 2013)

 

Et notre dossier :

Stéréotypes dans les médias, à l’école, dans les jouets, le sport…

 

Photo : Trezego remarque que « si 34 filles jouent avec des voitures ou des grues, elles ne représentent que 22% des enfants associés à un véhicule. De plus, concernant les véhicules électriques, on s’aperçoit que les filles n’ont le droit de conduire que si leur véhicule est rose. Sinon, à elles le siège passager… »

 


 

1 Trezego est un cabinet de conseil et formation spécialisé sur les questions d’égalité femmes-hommes. Crée en 2013 en Normandie par Astrid Leray, il intervient auprès des professionnels de la petite enfance, des enseignants et des entreprises.

 

Partager cet article

Laisser un commentaire