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Sur Twitter, le langage misogyne n’a pas de sexe

par Arnaud Bihel

TwitterMenaces de viol, insultes : « De plus en plus, les femmes ont tendance à dialoguer en utilisant un langage qui est communément péjoratif à leur encontre », observe une étude britannique.


 

En 2006, une étude menée par des chercheurs de l’université du Maryland mettait en évidence le poids du sexisme en ligne. A partir de faux comptes utilisés sur des forums de discussion, elle observait que les pseudos féminins recevaient en moyenne 100 messages quotidiens à connotation sexuelle ou agressifs ; les hommes, moins de 4.

Huit ans plus tard, une nouvelle étude (ici en anglais) menée par le think tank britannique Demos, en partenariat avec le Centre d’analyse des médias sociaux de l’université du Sussex, observe une banalisation du langage misogyne sur Twitter, même chez les femmes.

C’est un cas particulier qui a donné l’idée de ce travail. En 2013, la journaliste Caroline Criado-Perez a été la cible de menaces de viol (ce qui avait d’ailleurs poussé Twitter à réagir), simplement pour avoir dénoncé le visage masculin des billets de banque. Il s’est avéré que l’une des deux personnes condamnées pour ces menaces, en janvier dernier, était une femme.

Insultes à la pelle

Après avoir analysé des dizaines de milliers de tweets d’utilisateurs britanniques au début de l’année, les chercheurs observent que les femmes utilisent presque autant que les hommes, sur Twitter, les mots « viol », « salope » ou « pute » – « rape », « slut » et « whore ». Et il apparaît que les femmes utilisent ces mots presque autant que les hommes.

Sur les 100 000 tweets étudiés comportant le mot ‘viol’, 12% s’avèrent violents, agressifs. Et 18% de ceux liés aux mots ‘slut’ ou ‘whore’ sont à caractère misogyne (dans les autres cas le mot est employé dans un contexte qui peut le justifier – lié à l’actualité, notamment – ou de façon légère). Et là encore, ce n’est pas l’apanage des hommes.

« Non seulement les femmes utilisent ces termes, mais elles les emploient contre d’autres femmes – que ce soit de façon légère ou agressive. De plus en plus, les femmes ont tendance à dialoguer en utilisant un langage qui est communément péjoratif à leur encontre », relèvent les chercheurs.

Banalisation générale

En tous les cas, donner du sens à ce constat est complexe, admet le think tank, qui prévoit de mener une étude plus poussée sur ce sujet.

L’une des causes possibles de cet emploi par les femmes elles-mêmes d’insultes misogynes est la banalisation de ces termes dans la vie courante, observe Sofia Patel, l’une des auteures de l’étude. C’est aussi l’avis que formule dans The Guardian Holly Baxter, co-fondatrice du magazine Vagenda. Ou encore la journaliste Sarah Ditum dans The New Statesman, pas plus surprise que cela par les résultats de cette étude : « Dans une société où les femmes sont généralement méprisées, comment peut-on attendre des femmes qu’elles ne soient pas dans la dépréciation de soi, qu’elles ne fassent pas preuve de haine les unes à l’égard des autres ? ».

 

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