Accueil International « Les Syriennes seront le principal élément de résistance »

« Les Syriennes seront le principal élément de résistance »

par Arnaud Bihel

Dr Kodmani

Les droits des femmes sont remis en question avec guerre et la montée de l’extrémisme en Syrie. Bassma Kodmani, politologue, directrice de l’Arab Reform Initiative (ARI), prône l’aide internationale aux réseaux locaux pour contrer cette menace et élaborer la Syrie de demain. Entretien à l’issue de la réunion qui s’est tenu mercredi 11 septembre au ministère des Droits des Femmes (Voir : Syrie : les droits des femmes plus que jamais menacés).


 

 

Que retirez-vous de cette réunion ?

La France a été le premier des pays étrangers parmi ceux dits « amis de la Syrie » à comprendre qu’il fallait essayer d’apporter une aide en prenant acte de la situation sur le terrain et en s’adaptant aux besoins du terrain. Autrement dit, en passant par des réseaux locaux. Il est quasiment impossible pour des organismes extérieurs, étrangers, de parvenir à la population dans les différentes régions. Seuls les réseaux syriens peuvent le faire. Ce sont eux qui savent le mieux qui sont les réseaux faibles.

Cela a été compris par la France avant les autres. Malheureusement, elle a été suivie par quelques pays seulement, et dans certains domaines. Nous sommes loin de voir une prise de conscience dans le fait que les réseaux locaux syriens doivent être les partenaires qui permettent d’organiser ce type d’aide, et de la planifier surtout. Au-delà de l’aide d’urgence, on n’est toujours pas en mesure d’organiser une année scolaire, voir même un trimestre scolaire, ou bien des petits projets de subsistances économiques faute de partenaires fiables, et stables.

 

Que pensez-vous du nouvel élan qui a été donné aujourd’hui de réunir autour d’une table les différents partenaires, – européens en particulier – ? S’agit-il là encore de promesses qui ne seront pas forcément suivies de concret, ou avez-vous des raisons de croire aux réalisations sur le terrain ?

Le principal défi qu’il va falloir surmonter, c’est l’inertie des bureaucraties et leur difficulté à s’adapter aux réalités d’un terrain. Je pense qu’il faut passer de l’attitude qui dit « voici les obstacles qui nous empêchent de travailler », à celle qui dit « il faut absolument travailler sur le terrain syrien, et nous allons trouver les moyens ! » Cette attitude n’a pas encore été adoptée.

 

Etes-vous optimiste pour l’avenir des femmes ?

Je suis optimiste sur le courage des femmes et leur audace. Je pense qu’elles ne se laisseront pas faire, qu’il y a des acquis historiques, que les femmes ont eu cette liberté d’évoluer dans l’espace public, et de travailler, et qu’elles n’ont pas l’intention de le changer. Les femmes sont actives en Syrie, et ce n’est pas grâce au régime, c’est beaucoup plus vieux. Cette modernisation sociale s’est produite il y a longtemps déjà, et elles ne se laisseront pas faire. Les femmes seront le principal élément de résistance à toute forme d’imposition d’une morale quelconque, que ce soit au nom de la religion ou de principes conservateurs.

 

Pensez-vous que la nomination de Malala en tant qu’envoyée spéciale de l’ONU pour l’éducation va aider à la mise en place d’un programme de scolarisation ?

Oui, mais il faut multiplier ce genre d’activités. L’Europe peut aider, surtout dans le domaine civil. Il y a aujourd’hui un énorme chantier où il y a des possibilités et qui seront considérables dans la période de transition après la fin de ce régime. Travailler maintenant dans le domaine du possible, c’est mettre en place les soupapes qui peuvent maintenir la société. Je crois que c’était le message de cette réunion. Les femmes peuvent être ces soupapes, mais toutes seules, non. Elles sont complètement disposées à se couper en quatre, à se démener pour faire réussir ces projets, mais pour cela, il faut un minimum de partenaires et de moyens.

 

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