Tech : les femmes pèsent plus lourd

par Marina Fabre
Audrey Soussan, auteure du baromètre Girls in Tech

Audrey Soussan, auteure du baromètre Girls in Tech

Malgré leur faible nombre, les entrepreneures dans la Tech ont vu leurs levées de fonds exploser, avec une croissance de 250% en un an. Leurs entreprises grossissent et peuvent lever des sommes plus importantes, explique Audrey Soussan, auteure du baromètre Girls in Tech. 


 

Une progression durable pour les femmes dans la Tech ? Le réseau français Girls in Tech a publié mardi 16 février son deuxième baromètre / bilan sur l’entreprenariat féminin dans les start-up du numérique. Résultat : 15% des levées de fonds de 2015 concernent des entreprises créées par des femmes. C’est peu, mais c’est deux points de plus que l’année précédente. Et la véritable progression concerne surtout le montant des levées de fonds, avec une croissance de… 250%. Durant l’année 2014, 26 millions d’euros avaient été levés par les femmes dans la Tech, en 2015 elles ont levé plus de 90 millions.

Une caractéristique particulière à l’entrepreunariat féminin ? « Le montant global de levées de fond en France a plus que doublé (+135%) mais la croissance des levées de fonds féminines est beaucoup plus importante que cette tendance de fond », analyse Audrey Soussan, auteure du baromètre, pour Les Nouvelles NEWS.

« L’accélération des montants levés est davantage portée par la croissance du ticket moyen que par la croissance du nombre de sociétés financées »

Mais comment expliquer cette fulgurante progression ? D’un côté, le nombre de créatrices d’entreprises à avoir levé des fonds a augmenté de 41% en un an : on passe de 27 sociétés financées en 2014, à 38 en 2015. Les femmes sont donc plus nombreuses dans le domaine et logiquement, les levées de fonds se multiplient. 

Chiffres du baromètre GirlsInTech (évolution 2014/2015)

Chiffres du baromètre GirlsInTech (évolution 2014/2015)

 

Mais une autre explication est plus pertinente. A bien y regarder, en 2014, c’est l’entreprise Front de Mathilde Collin qui avait remporté la palme de la plus grosse levée de fonds chez les femmes avec 3,1 millions d’euros. Les deux autres entreprises sur le podium (Famihero et Ouicar) avaient levé 3 millions chacune. En 2015, le montant levé par les trois premières entreprises a explosé : 33 millions pour VestiaireCollective, 9,5 millions pour Connecthings et 6,5 millions pour 1001Pharmarcies.

« Je l’explique par un ‘phénomène de rattrape’ : en effet, on partait de loin et les montants des levées de fonds ne peuvent évoluer que progressivement. Une société ne peut lever 10 millions d’euros lors d’un premier tour, elle doit passer par un tour plus petit d’amorçage », explique Audrey Soussan. Une analyse qui se vérifie en effet sur l’entreprise 1001Pharmarcies qui avait déjà levé 2 millions d’euros l’année précédente. « On remarque que l’accélération des montants levés est davantage portée par la croissance du ticket moyen que par la croissance du nombre de sociétés financées ». Autrement dit, les entreprises grossissent d’année en année et peuvent lever des fonds plus importants.

« En proportion les femmes ont levé plus que les hommes ! »

« L’an dernier, parmi les levées de fonds féminines, on n’observait que des tours d’amorçage ou de Série A (NDLR : un 1er tour de financement). Mais cette année on observe un 4ème tour de financement comme pour VestiaireCollective, plusieurs 3ème tours comme Payname et de nombreuses Séries B (2ème tour) comme 1001Pharmacies ou Connecthings. Les sociétés créées par des femmes grandissent donc et accèdent à des tours de plus en plus importants. C’est bien sûr très bon signe ».

Un très bon signe quand on sait que, selon le baromètre France Digitale, seulement 9% des entrepreneurs dans le secteur sont des femmes. En comparaison d’ailleurs, les hommes ont levé 815 millions d’euros cette année, 9 fois plus que les femmes, et ce à travers 223 sociétés contre 38 pour les entrepreneures. Certes, mais « en proportion les femmes ont levé plus que les hommes cette année ! », se réjouit Audrey Soussan.

Concernant les secteurs d’investissement cette fois, les femmes se distinguent dans l’internet, le e-commerce, les e-services. 63% des levées de fonds féminines concernent en effet ce domaine, contre 22% l’année précédente. « Ces secteurs nécessitent moins de compétences enseignées en écoles d’ingénieur ou d’informatique – comme le secteur de l’électronique ou du logiciel – qui diplôment encore trop peu de femmes », commente Audrey Soussan.

 

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