Tempête judiciaire contre le sexisme dans la Silicon Valley

par Arnaud Bihel
Silicon Valley, par Patrick Nouhailler sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Silicon Valley, par Patrick Nouhailler sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Alors que le procès pour discrimination sexiste intenté par Ellen Pao à la société de capital-risque Kleiner Perkins est sur le point de se conclure, Facebook et Twitter sont à leur tour visés par des plaintes.


 

C’est un jugement qui fera date dans la Silicon Valley, au terme d’un mois de procès à San Francisco, Californie. Un jury composé de six femmes et six hommes doit annoncer dans les heures qui viennent si Kleiner Perkins Caufield & Byers, prestigieuse société de capital-risque, s’est rendue coupable de discrimination sexiste.

L’accusatrice : Ellen Pao, 45 ans. Cette diplômée en ingénierie de l’université de Princeton, et de droit à Harvard, poursuivait Kleiner Perkins pour discrimination en raison de son sexe. Elle affirme qu’être une femme l’a empêchée d’être promue et d’assister à des réunions importantes, l’a écartée de dîners ou voyages réservés aux hommes.

Elle raconte par exemple avoir suggéré d’investir dans Twitter en 2007, ce qui a été refusé. Quand trois ans plus tard Kleiner Perkins a finalement décidé d’investir dans Twitter, c’est un autre, un homme, qui a piloté le dossier. Après avoir travaillé sept ans dans la société, elle a été licenciée en 2012, peu après avoir porté plainte. Ellen Pao est aujourd’hui présidente par intérim du site web Reddit.

« Le meilleur endroit où une femme puisse travailler »

Les jurés doivent déterminer si Kleiner Perkins a discriminé Ellen Pao en raison de son sexe ; et l’a licenciée abusivement parce qu’elle avait dénoncé cette discrimination. La plaignante demande 16 millions de dollars de compensation salariale.

Kleiner Perkins, qui a accompagné le développement de mastodontes comme Amazon ou Google, a argué pour sa défense qu’Ellen Pao n’était pas une employée bien intégrée et pas suffisamment compétente pour mériter les promotions auxquelles elle estimait avoir droit. Sa deuxième ligne de défense est qu’elle est l’une des sociétés de capital-risque les plus féminisées : 20% de ses associés sont des femmes, trois fois plus que la moyenne du secteur (Voir aussi : Recadrage au masculin).

La société a pu compter sur le témoignage d’une de ses analystes, Mary Meeker, qui a certifié n’avoir jamais ressenti de discrimination, jugeant même que Kleiner Perkins est « le meilleur endroit où une femme puisse travailler ».

Plaintes contre Twitter et Facebook

Les jurés suivront-ils cet avis, ou donneront-ils raison à Ellen Pao ? Quelle que soit son issue, le procès aura eu d’importantes répercussions dans la Silicon Valley, où le débat sur le sexisme dans l’univers des nouvelles technologies fait rage depuis plusieurs mois (Voir par exemple : Sexisme dans la Silicon Valley : la couverture de Newsweek fait débat et La Silicon Valley au travail pour se féminiser).

Durant les quatre semaines et demie qu’a duré l’audience, deux autres femmes ont à leur tour porté plainte pour discrimination sexiste contre des géants californiens. Le 16 mars, une ex-employée de Facebook, Chia Hong, saisissait la justice pour discrimination et harcèlement. Elle raconte notamment avoir été obligée de servir à boire à ses collègues masculins, et licenciée pour s’en être plainte.

Quelques jours plus tard, le 21 mars, c’est une ancienne employée de Twitter qui a engagé une procédure de class action. Tina Wang argue que la politique de promotion de la société de micro-blogging, opaque, discrimine les femmes en favorisant un entre-soi masculin. La justice doit dans un premier temps valider la procédure d’action collective. Si c’est le cas, le procès qui en découlera pourrait avoir plus d’impact encore que celui d’Helen Pao, estiment des experts.

 

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