Accueil Eco & Social Textile et dépendance : en Europe aussi, les femmes au bout de la chaîne

Textile et dépendance : en Europe aussi, les femmes au bout de la chaîne

par Arnaud Bihel

Même en Europe les conditions de travail des petites mains du textile sont souvent déplorables. Les femmes en particulier sont exploitées. Une situation que documente et dénonce la coalition Clean Clothes.


« Ma vie se résume à mon travail. Je n’ai pas de vie en dehors de cela. Je me lève tous les matins avec l’espoir qu’un jour les choses vont changer, que je recevrai enfin le salaire que je mérite pour le travail que je me tue à faire ».

« Dans l’usine, il n’y a pas une seule femme qui ne souffre pas de problèmes de dos ».

« Nous travaillons comme des robots, nos nerfs sont mis à rude épreuve, nos yeux sont ruinés, on ne nous traite pas comme des humains ».

Traditionnellement, l’exploitation des ouvriers du textile est vu comme un problème rattaché à l’Asie. Pourtant, ces témoignages recueillis par Clean Clothes l’ont été en Europe de l’Est et en Turquie. Dans son dernier rapport, ce groupe d’ONG et de syndicats du domaine du textile vient rappeler que même en Europe, les conditions de travail des petites mains de l’habillement sont souvent déplorables.

Salaires dérisoires, horaires harassants, droits bafoués… le rapport 2014 de Clean Clothes s’est intéressé à la situation des ouvriers dans neuf pays européens post-socialistes (la Géorgie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie, l’Ukraine, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie et la Slovaquie) ainsi qu’à la Turquie. Une réserve de main d’œuvre bon marché et dans le besoin pour l’Europe de l’Ouest, déplorent les chercheurs.

Les femmes sont les plus touchées

Exploitées parmi les exploités, les femmes sont soumises à des discriminations de salaire et de traitement. Entre 80 et 90% des employés dans le secteur du textile sont des femmes. Les victimes du drame du Rana Plaza au Bangladesh ? Des mères célibataires, des veuves ou des femmes répudiées (Voir : Un an après le drame du Rana Plaza, rien n’a changé). Mais les conditions de travail des ouvrières en Europe ne sont guère mieux, assène Clean Clothes.

Les femmes doivent faire face à une pauvreté extrême, une pression incroyable, et régulièrement, au harcèlement sexuel. Bien trop souvent vu comme une simple « contribution » au revenu familial, le maigre salaire de ces ouvrières constitue pourtant fréquemment la seule ressource de ces femmes, mère célibataire ou travaillant dans le textile pour se constituer une dot avant le mariage (en Turquie par exemple).

Triple fardeau

La condition des femmes dans le secteur du textile dans la région souffre de la division genrée du travail. Le travail déclaré est l’apanage des hommes, tandis que les femmes sont exploitées dans des « ateliers à sueur », dénonce Clean Clothes. Plus la tâche est ingrate, moins elle sera rémunérée, et plus on aura des chances d’y voir des femmes, souvent payées à la performance.

Les témoignages de ces femmes font état du triple fardeau qu’elles doivent porter. Ramener de l’argent pour la famille, s’en occuper, et travailler son lopin de terre, pour compenser les faibles revenus qu’elles perçoivent. Sous ce poids des milliers de femmes se ruinent la santé, aussi bien mentalement que physiquement, soulignent les chercheurs. Ni le temps ni l’argent de se faire suivre médicalement pour ces petites mains du textile.

Prêtes à tout pour garder leur travail

Si pour certaines jeunes femmes le travail peut être l’occasion de sortir de la maison et de socialiser, de nombreux témoignages font état du harcèlement subi. Les employées de Hugo Boss en Turquie ont ainsi dû signer un contrat leur interdisant de tomber enceintes pour les cinq prochaines années. Ces ouvrières sont particulièrement vulnérables de par leur grande dépendance à leur travail. La peur de le perdre est exploitée par les managers, et pousse les femmes à accepter des conditions déplorables. À 30 ans, une femme raconte son avortement par peur d’être licenciée.

Forte de ces témoignages accablants Clean Clothes en appelle aux États qui abritent ces ateliers ainsi qu’aux institutions européennes afin de tout mettre en œuvre pour mettre les multinationales du textile devant leurs responsabilités (Zara, Esprit, H&M sont entre autres cités dans le rapport). Clean Clothes les enjoint non seulement à respecter les droits humains et à offrir des conditions de travail dignes, mais propose aussi un revenu minimum pour les ouvriers du textile, de minimum 60% du salaire moyen du pays.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Un an après le drame du Rana Plaza, « rien n’a changé »

 

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