Accueil International Torture : un rapport officiel dénonce le rôle des États-Unis

Torture : un rapport officiel dénonce le rôle des États-Unis

par De profundis

Après deux ans de travail, une commission bipartisane rend des conclusions sans concession : « les plus hauts responsables de la nation portent une part de responsabilité pour avoir autorisé la torture et permis la diffusion de ces pratiques » après le 11 septembre.


 

Alors que l’Amérique avait les yeux tournés vers l’attentat sanglant de Boston, une commission U.S. bipartisane dévoilait un rapport inédit sur la pratique illégale de la torture contre de présumés terroristes, appelant les autorités du pays à faire leur mea culpa.

« Il n’existe aucune preuve convaincante que l’usage répandu de la torture contre des suspects de terrorisme ait été nécessaire », a affirmé le coprésident de la commission, l’ancien parlementaire républicain Asa Hutchinson, lors d’une conférence de presse mardi 16 avril à Washington. Dans son rapport de 560 pages, la commission conclut qu’il est « incontestable que les États-Unis ont eu recours à la torture » et que « les plus hauts responsables de la nation portent une part de responsabilité pour avoir autorisé la torture et permis la diffusion de ces pratiques ».

« La torture débouche souvent sur de fausses informations, et elle complique le travail des interrogateurs et des analystes qui doivent passer du temps à essayer de démêler le vrai du faux », a souligné le coprésident du Constitution Project’s blue-ribbon Task Force on Detainee Treatment (Groupe de travail sur le traitement des détenus). « Nos informations ne nous ont apporté aucune preuve que les techniques classiques d’interrogatoire n’auraient pas fourni autant de renseignements suite aux attaques du 11 septembre ».

Ce groupe de travail bipartisan (comprenant des républicains et démocrates) regroupait des magistrats US de haut rang, des parlementaires, des diplomates et des membres d’agences militaires et de renseignement, ainsi que des experts en médecine ou en éthique. Pendant plus de deux ans, il a recueilli des informations officielles et mené plus d’une centaine d’entretiens pour faire la lumière sur le traitement des personnes suspectées de terrorisme à la suite des attentats de 2001.

« Écartés des valeurs du droit »

Asa Hutchinson souligne que les techniques d’interrogatoires considérées par les États-Unis comme de la torture quand elles sont appliquées par d’autres pays sont similaires, quand elles ne sont pas identiques, à certaines techniques d’interrogatoires US. « En tant que nation, nous devons réagir », insiste l’ancien parlementaire en faisant ce parallèle historique : « Pendant la seconde guerre mondiale, nous avons interné des Américains d’origine japonaise. A l’époque, cela semblait être la bonne chose à faire. Mais au regard de l’Histoire, c’était une erreur ».

L’ambassadeur U.S. James Jones, élu démocrate de l’Oklahoma et coprésident du groupe de travail, souligne l’importance pour son pays de se conformer au droit international. « Ce que nous avons essayé de faire avec ce rapport est de mettre en lumière le moment où nous nous sommes écartés des valeurs du droit et la façon dont nous pouvons revenir sur le bon chemin ».

Laura Pitter, spécialiste en contre-terrorisme pour l’ONG Human Rights Watch, salue un rapport « extrêmement important ». Car « il ne s’agit pas d’une quelconque chasse aux sorcières politique, mais d’un effort bipartisan pour étudier objectivement le dossier ».

Les 11 chapitres du document couvrent un champ étendu de sujets, comme la détention à Guantanamo, le rôle des psychologues dans les techniques d’interrogatoire, les centres de rétention clandestins dans des pays tiers et l’efficacité de la torture quant à la collecte d’informations.

Le rapport inclut aussi des témoignages, à la fois de victimes et d’auteurs de torture, comme le Capitaine Albert Shimkus, du corps médical de la Marine, qui travaillait au Camp Delta de Guantanamo. Selon le document, ce médecin était d’abord louangeur sur le traitement médical des détenus, comparable selon lui à celui des soldats U.S. Mais il est désormais persuadé que les autorités du camp ont cherché à lui masquer les maltraitances qu’ont subies les détenus. Il s’est senti utilisé pour « servir de caution » par ceux qui cherchaient à donner une image trompeuse de Guantanamo.

Prochaine étape : compensation ?

Pourquoi l’administration Obama a-t-elle continué à garder le secret sur le traitement des détenus ? Pour Laura Pitter, « Il ne semble pas y avoir de volonté politique pour faire la lumière sur les mauvaises pratiques exercées au nom du pays. C’est regrettable, car il est ensuite très difficile pour les États-Unis d’intimer à d’autres pays de respecter des principes démocratiques quand eux-mêmes ne l’ont pas fait. »

De quoi créer des malaises diplomatiques : « Quand les États-Unis pratiquent la torture, des exactions, et refusent de le reconnaître, voire soutiennent les responsables, cela mine la crédibilité américaine. Cela nuit à notre diplomatie », juge Laura Pitter.

Selon elle, la convention des Nations Unies contre la torture autant que le droit national des États-Unis obligent les autorités du pays à enquêter sur la torture et à poursuivre les responsables. Mais, comme le note le rapport, « aucun membre de la CIA n’a été reconnu coupable, ni même accusé, pour aucun des nombreux cas de torture » relevant de l’agence de renseignement.

Laura Pitter souligne l’existence d’un rapport de 6 000 pages qui détaille les conditions de détention et le programme d’interrogatoires de la CIA, et appelle à ce qu’il soit rendu public. Tout en notant que les États-Unis sont légalement obligés « d’accorder réparation aux victimes… qui n’ont jamais été condamnées pour terrorisme et ont été libérées ».

« Les actes répréhensibles commis à leur encontre doivent être reconnus, et ils devraient recevoir une forme de compensation pour les années qu’ils ont perdues en détention et les exactions qu’ils ont subies… Voilà la prochaine étape », conclut-elle.

 

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