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Une femme fugueuse, un génie japonais

par Arnaud Bihel

LuluJiroFrançais ou Japonais ? Parcours de femme ou destin d’un génie ? Époque contemporaine ou seconde guerre mondiale ? Cette semaine choisissez entre Lulu femme nue de Solveig Anspach et Le vent se lève de Miyazaki. Ou allez voir les deux. La chronique cinéma du mardi de Valérie Ganne.


Bien sûr, vous connaissez Hayao Miyazaki : il a réalisé parmi les plus beaux dessins animés japonais, Mon voisin Totoro, Nausicaä de la vallée du vent, Le voyage de Chihiro … Mais le maître de l’animation japonaise, âgé de 72 ans, a annoncé qu’il se retirait en laissant un dernier film1, son premier pour public adulte. Le vent se lève nous emporte quelques années dans le destin de Jiro, génie de l’aviation, inspiré de deux personnages réels, le créateur du fameux bombardier Zéro et un écrivain. Grandissant dans un Japon blessé par l’immense tremblement de terre de 1923 et la grande dépression, embarqué dans la seconde guerre mondiale, plongé dans une histoire d’amour tragique, Jiro ne concrétisera ses rêves que pour les perdre aussitôt. La part autobiographique de ce film magnifique n’est pas seulement liée au passé de Miyazaki (son père travaillait pour une usine de bombardiers), mais surtout au parallèle entre le destin de Jiro et le sien : « Aspirer à la beauté peut s’assortir d’un très lourd prix », résume son magistral testament visuel mais sans doute aussi sa propre vie de cinéaste.

« Le vent se lève, il faut tenter de vivre » : cette belle phrase de Paul Valéry qui a donné son titre au film de Miyazaki pourrait sans peine s’appliquer à la vie de Lulu, mère au foyer en quête de travail qui décide un jour de ne pas rentrer à la maison. Sa petite fugue s’éternisant, elle goûte soudain la liberté des rencontres inattendues et trouve enfin sa place. Solveig Anspach est la cinéaste grâce à laquelle Karin Viard a obtenu son César de la meilleure actrice pour son rôle dans Haut les cœurs, œuvre autobiographique racontant le combat de la réalisatrice enceinte atteinte d’un cancer. Ces retrouvailles offrent à l’actrice un vrai contre-emploi en femme timide et effacée. Face à elle chaque personnage est une découverte jubilatoire, tout particulièrement Bouli Lanners, inédit en amoureux. Humaniste et joyeux, Lulu femme nue rappelle ces femmes du cinéma qui abandonnent leur foyer en quête d’elles-mêmes, de Barbara Loden dans Wanda (1970) à Catherine Deneuve dans Elle s’en va (en septembre dernier). Un film qui donne le sourire.

 

Le vent se lève de Hayao Miyazaki, production Studios Ghibli, distribution Walt Disney France, sortie le 22 janvier 2014

Lulu femme nue de Solveig Anspach, d’après la bande dessinée d’Etienne Davodeau, avec Karin Viard, Bouli Lanners, Claude Gensac, production Arturo Mio, distribution Le Pacte, sortie le 22 janvier 2014

 

1Même si sa retraite n’est finalement plus si certaine…

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