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Une fille, un bracelet, un procès

par Valérie Ganne

Annie Mercier, avocate de la défense, et Melissa Guers, jeune accusée. Copyright Matthieu Ponchel

A travers le procès d’une jeune fille, le nouveau film de Stéphane Demoustier questionne la jeunesse d’aujourd’hui. Un récit tendu et passionnant.

Lise, 18 ans, porte un bracelet électronique à la cheville. En liberté provisoire, elle est accusée d’avoir tué son amie, retrouvée morte dans son lit au petit matin. Lorsque son procès commence, Lise, silencieuse, demeure une énigme pour tout le monde. Et peut-être pour elle-même aussi. Au fur et à mesure de l’audience, ses parents découvrent Lise à travers les témoignages de ses amis ou accusateurs. Peu à peu, sa liberté, notamment sexuelle, et son silence pèseront contre elle dans les plaidoiries.

Réaliste, le film est bâti sur une mise en scène précise soulignant le fossé entre la vie à l’extérieur et l’étouffante salle du procès Nantais. Les acteurs sont tous excellents, de la procureure de plus en plus moralisatrice malgré sa jeunesse (incarnée par Anaïs Demoustier, la sœur du réalisateur) à l’avocate de Lise qui allie expérience et conviction (excellente Annie Mercier, que l’on voit plutôt au théâtre). Toutes deux encadrent la jeune Melissa Guers dont c’est le premier rôle au cinéma et qui a la tâche difficile de nourrir ses silences. Le cinéaste parvient à créer l’émotion sans effets, avec sobriété. Et nous attendons le verdict accrochés à notre fauteuil.  

La fille au bracelet (France, 1h36) de Stéphane Demoustier  avec Melissa Guers, Anaïs Demoustier, Annie Mercier, Roschdy Zem et Chiara Mastroianni. Produit par Petit Film et Frakas, distribué par le Pacte. En salle le 12 février 2020.

Bande annonce de La fille au bracelet

Ce qu’en dit le réalisateur, Stéphane Demoustier

Ce cinéaste montre depuis longtemps un intérêt pour les enfants et la famille : son premier film « Terre battue » évoquait la relation entre un père et son fils, « Allons enfants » mettait en scène des jumeaux Paul et Cléo, perdus dans un jardin. Aujourd’hui « La Fille au bracelet » évoque la période mystérieuse de l’adolescence.

« Je voulais regarder cette jeunesse sans la juger. Or dans une affaire judiciaire, tout est exacerbé et le procès agit donc comme un miroir grossissant des rapports intergénérationnels. L’héroïne représente l’altérité absolue pour moi puisque c’est une femme et une adolescente. C’est pourquoi j’ai construit le scénario autour du mystère que représente à mes yeux cette jeune femme. C’est bien sûr ce qui m’intéressait. »

« A travers ce portrait en creux, je voulais parler de la famille. J’ai trois enfants, beaucoup plus jeunes que mon héroïne, mais j’ai remarqué que très vite la question de l’altérité se posait. A qui a-t-on affaire ? On a toujours l’impression de connaître ses enfants mais l’évidence apparaît inéluctablement : ce sont des êtres autonomes qui nous échappent de plus en plus. »

 

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