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Une plainte pour noyer le sexisme dans le vin

par Rebecca Wolozinsky

Victimes de cyberharcèlement pour avoir critiqué une caricature sexiste dans un magazine spécialisé, deux professionnelles du vin ont déposé plainte. #PayeTonPinard.

Sur les réseaux sociaux, le compte  « Paye ton Pinard », qui lutte contre le harcèlement et le sexisme dans le monde du vin, a lancé une cagnotte pour financer l’action en justice intentée par Sandrine Goeyvaerts, caviste et autrice, et Fleur Godart, agente en vins et autrice. Les deux consoeurs ont déposé plainte pour injures publiques, diffamation et injures sexistes publiques. En novembre 2020, la revue spécialisée En Magnum publiait une caricature mettant en scène une agente en vins proposant des faveurs sexuelles à un caviste en échange d’une commande de vins. La première a été victime de cyberharcèlement pour avoir dénoncé cette caricature, et la seconde en était la cible directe, Fleur Godart a été identifiée comme étant la caviste représentée. Sandrine Goeyvaerts a immédiatement réagi en interpellant le magazine et en dénonçant le caractère dégradant et sexiste de la publication, demandant des explications sur ce choix éditorial.
« Le soir même, j’ai reçu, sur mon téléphone portable, dont je n’ai pas l’habitude de communiquer le numéro, des menaces et insultes de la part du rédacteur en chef du magazine, Nicolas de Rouyn qui menaçait : ‘si tu cherches la bagarre n’oublie pas que j’ai des moyens et que je ne me dérobe jamais’» raconte-t-elle aux Nouvelles News. Puis elle a subi des semaines de cyber harcèlement et une campagne généralisée à son encontre, menée par les rédacteurs en chef et journalistes du magazine.
Ces derniers ont justifié la caricature par la liberté d’expression, puis, en leur nom propre, ils ont posté des messages sur les réseaux sociaux appelant à menacer et à se moquer de Sandrine Goeyvaerts. Les attaques portaient sur son physique, sa santé mentale ou ses compétences professionnelles. L’un des éditeurs du magazine, Michel Bettane a  insulté tous ceux qui osaient critiquer sa publication, les taxant « d’apprenti fasciste », « ignominie fascisante », « pauvres types » …

En revanche, Antonin Iommi-Amunategui, créateur du blog No wine is innocent et auteur de nombreux ouvrages consacrés au vin naturel, a publié un article intitulé Le problème avec les vieux mâles blancs du vin dans lequel il défend les positions de Sandrine GoeyvaertsIl explique avoir lui aussi reçu des insultes après avoir dénoncé la caricature, notamment de la part de M. de Rouyn qui l’aurait traité de « chacal distillant de la merde ». Une journaliste du Monde, Ophélie Neiman qui a également critiqué la caricature a eu, elle aussi, droit à des menaces.

Ayant déjà été victime de cyber harcèlement dans le passé, Sandrine Goeyvaerts, qui est aussi à l’origine de l’association Women Do Wine, explique que cette fois a été la goutte de trop. Une action en justice lui est apparue indispensable pour essayer d’en finir avec le sexisme dans le milieu du vin. Mais c’est une épreuve ! Avec l’aide de ses proches, elle a monté un dossier pour réunir toutes les preuves de menaces et harcèlement avant de déposer sa plainte avec son avocat Me Eric Morain.
Car s’engager dans une telle démarche, c’est la double peine : coût émotionnel et coût financier. Pour espérer voir une plainte aboutir, il faut se confronter à nouveau à tout ce que l’on a subi, afin de réunir les preuves démontrant ce que l’on dénonce. Côté coût financier, la constatation par huissier, puis l’avancement des frais d’avocats nécessitent plusieurs centaines d’euros dès le début de la procédure. Tout cela, bien sûr, sans certitude de voir la plainte aboutir.

De leur côté, les dirigeants du magazine et les journalistes ont affiché un sentiment d’impunité certain. Ils ne se sont pas donné la peine de se cacher derrière des pseudonymes pour proférer leurs menaces et leurs insultes. Ils ont appelé à la haine et au harcèlement, en leur nom propre. Au début du mois de janvier, le compte « paye ton pinard » dont le nom rappelle tant d’autres comptes dénonçant le harcèlement et le sexisme, a créé une cagnotte pour soutenir les plaignantes et les aider à «payer les frais liés à ces actions : constats d’huissiers, consignations de partie civile, frais d’avocat et de dossiers, etc.. »  Le début d’un long parcours que Sandrine habituellement drôle sur Twitter décrit avec gravité.

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