Accueil Politique & SociétéSanté Vaccin anti-SIDA : toujours autant de questions et moins de financements

Vaccin anti-SIDA : toujours autant de questions et moins de financements

par Arnaud Bihel

ruban aidsLe 25 septembre, les résultats apparemment concluants d’un vaccin préventif expérimental contre le SIDA faisaient la Une des journaux enthousiastes. Les Nouvelles NEWS, en revanche, vous invitaient à prendre cette information « avec des pincettes » (voir notre précédent article). Ces réticences sont confirmées après la présentation des données complètes ce mardi 20 octobre, lors de la conférence Aids Vaccine 2009 réunissant un millier de spécialistes à Paris. Des scientifiques qui craignent, en outre, la chute des financements.


 

Dès la première annonce officielle de l’étude, ses auteurs soulignaient l’efficacité modeste des tests. « Modeste », ils ont à nouveau insisté sur l’adjectif ce mardi à Paris. Pas de doute toutefois pour eux, les résultats sont « statistiquement significatifs », ils l’ont aussi confirmé en présentant les données détaillées.

Mais ces résultats ne dissipent pas les doutes. Si les chiffres sont en effet significatifs en termes de statistique médicale, ils ne le sont que d’extrême justesse, comme nous le disions le 25 septembre. Autrement dit, la part de hasard reste sensible.

Pour rappel, les tests portaient sur 16 000 volontaires thaïlandais. Une moitié de ces personnes se faisant injecter le vaccin – une combinaison de deux vaccins expérimentaux -, l’autre un placebo. Trois ans plus tard, chez ces derniers, 74 étaient contaminés par le VIH, contre 51 chez les vaccinés. Quelques jours après cette première publication, des scientifiques avaient commencé à émettre des suspicions, jugeant la proportion trop faible pour tirer de vrais enseignements. Rien ne permet aujourd’hui de lever ce scepticisme. Sans compter que les tests, selon le premier communiqué, étaient menés sur des personnes comportant un « risque moyen » d’infection par le VIH. Aujourd’hui, les responsables évoquent en fait des personnes à « risque faible ».

Zones d’ombre 

Et un autre doute vient maintenant s’ajouter : selon les données présentées ce mardi, l’efficacité semble s’atténuer avec le temps. Les responsables du programme reconnaissent par ailleurs n’être pas encore en mesure de comprendre le pourquoi des effets du traitement. Sont-ils vraiment dûs à la combinaison des deux vaccins ? Et si oui, dans quelles proportions ? Ils estiment également fort probable que, étant donné les variantes du VIH, un vaccin efficace en Thaïlande ne le soit pas en Afrique.

Le colonel Nelson Michael, du programme militaire U.S. de recherche sur le VIH, qui a dirigé l’étude avec le gouvernement thaïlandais, admet ces zones d’ombres. Et, d’une métaphore osée, résume ainsi la situation : « On a appris à une petite fille à courir avec un ballon. Ca ne veut pas dire qu’elle gagnera un jour la Coupe du Monde. Mais elle en a la possibilité ». La recherche, sur ce projet précis comme sur une vingtaine d’autre en cours dans le monde, ne fait donc que commencer.

La recherche en manque de budgets

Si le vaccin anti-SIDA devait être le sujet phare de la conférence Aids Vaccine, ce sont finalement les appels à l’aide qui marqueront ce rendez-vous. Sur la vaccination comme les autres programmes de recherche sur la maladie, « de nombreuses questions restent sans réponses », a rappelé Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel 2008 pour sa participation à la découverte du virus.

Pour répondre à ces questions, ce qu’il faut, c’est de l’argent. Le président de l’Agence Nationale de Recherche sur le SIDA, Jean-François Delfraissy, le dit sans détour : «Nous manquons de budgets pour porter les projets » ; « nous devons recevoir davantage de fonds pour la recherche en Europe ». La crise est passée par là, et les financements ont chuté de 10% l’an dernier. Son confrère britannique Peter Piot, responsable du Global Health Institute de l’Imperial College, s’en prend lui aussi aux pays riches : « Le sauvetage des banques a montré qu’il y a de l’argent, beaucoup d’argent, quand on en a besoin ».

Le VIH continue d’infecter plus de 7000 personnes par jour dans le monde, selon l’ONU. 95% de ces victimes vivent dans les pays pauvres, particulièrement en Afrique sub-saharienne.

 

 

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