Accueil Politique & SociétéSanté Vaccin anti-sida : un test à prendre avec des pincettes

Vaccin anti-sida : un test à prendre avec des pincettes

par Arnaud Bihel
seringueLe vaccin a permis de réduire le risque de contamination de 31%. C’est peu, mais « encourageant », estime l’association AIDES. « Un pas en avant », juge l’ANRS.
 

 

Les tests, menés par l’U.S. Army et le ministère thailandais de la Santé, combinaient une association de deux vaccins. Ils ont été effectués en Thaïlande sur 16 000 volontaires séronégatifs, hommes et femmes âgés de 18 à 30 ans. La moitié a reçu le vaccin, l’autre un placebo. Trois ans plus tard, parmi les 8 000 à avoir reçu le placebo, 74 avaient été infectés par le VIH. Dans le groupe des vaccinés, ils étaient 51. Soit ces fameux 31% de moins. Des résultats « statistiquement significatifs », selon les responsables de l’expérience

Significatifs, vraiment ? Pas si sûr… d’un point de vue de statistique médicale, ils ne le sont que d’extrême justesse : il aurait suffi de deux contaminés de plus dans le groupe des vaccinés, ou deux de moins dans le groupe placebo, pour que les résultats ne soient plus significatifs, selon le seuil statistique généralement admis. Les conclusions du test sont donc à prendre avec d’infinies précautions.

D’autant qu’il convient d’apporter plusieurs bémols :

– D’abord, rien ne permet de dire que, si le vaccin est en partie efficace contre la variante du VIH présente en Thaïlande, il peut l’être contre les autres variantes présentes dans d’autres régions du monde.

– Ensuite, comme le note le rapport, « le vaccin n’a pas eu d’effet sur le taux de présence du virus dans le sang des volontaires infectés par le VIH durant l’étude. » Autrement dit, même s’il s’avère qu’il réduit le risque de contamination, le vaccin ne stimule pas les défenses immunitaires, un effet qui était pourtant espéré par les chercheurs.

– Les tests ont été conduits de 2003 à 2006. Il n’y a, au mieux, que 6 ans de recul. Comme le souligne AIDES, « il faut poursuivre l’observation pour savoir si l’efficacité de la combinaison de vaccins à réduire la transmission du VIH ne diminue pas à plus long terme ».

– Enfin, reste une autre question statistique. Tout le monde s’accorde à la dire, une réduction de risque de 31% est un premier pas, mais évidemment insuffisante en l’état. On est donc encore très loin d’un vaccin effectif et diffusable. 

L’enjeu : l’effort de financement

Alors, pourquoi cette annonce a-t-elle fait tant de bruit ?

Bien sûr, tout signe d’espoir est bon à prendre pour les 33 millions de personnes dans le monde qui vivent avec le VIH, les plus de 2 millions infectés chaque année.

Bien sûr, chaque pas encourageant contribue à renforcer l’effort de recherche pour parvenir enfin, un jour, à mettre au point un vaccin efficace. Ce qui reste la priorité pour lutter contre la maladie. A cette fin, souligne AIDES, « c’est un effort accru de financement que devront concéder les Etats des pays riches, les bailleurs de fonds privés et l’industrie pharmaceutique. »

Et c’est bien là que se situe le coeur du problème. Ces dernières années en effet, plusieurs espoirs ont été douchés. En 2007, le laboratoire Merck a dû interrompre des essais qui se sont révélés catastrophiques. Quelques mois plus tard, les Etats-Unis mettaient au placard un autre candidat vaccin. Entre 2007 et 2008, les fonds consacrés à la recherche d’un vaccin ont diminué de 10%.

Mais des dizaines de vaccins restent en cours de test dans le monde, des expériences qui ont besoin de financement pour produire des résultats. Pour la recherche, publique comme privée – les deux fonctionnant parfois en partenariat -, toute bonne nouvelle est donc un signal fort. Mais il serait dommageable que l’effet d’annonce cède la place à la désillusion. D’ailleurs, si l’enthousiasme a largement dominé ces dernières heures dans les commentaires de la communauté scientifique, certains préfèrent rester prudents. A l’Institut Pasteur, « on ne peut pas se prononcer là-dessus » pour le moment.

Les experts du monde entier auront très bientôt l’occasion de se pencher sur les résultats complets lors de la conférence internationale AIDS Vaccine 2009, du 19 au 22 octobre à Paris. C’est à cette occasion que seront révélées les données précises de ce test qui, pour le moment, soulève autant d’espoir que d’interrogations.

 

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

Laisser un commentaire