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Du désir avant toute chose

par Arnaud Bihel

Le bruit médiatique sur La vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche ne fait qu’enfler depuis quatre mois. Et si on oubliait la polémique pour le film lui-même ? – La critique ciné du mardi de Valérie Ganne.


  VieAdele

Résumé des derniers événements depuis fin mai 2013 : projection au festival de Cannes ovationnée mais sans générique de fin ;  critiques dithyrambiques ; Palme d’or suivie d’une polémique médiatique : centaines d’heures de rushes et de jours de tournage, techniciens essorés, actrices vampirisées ; réalisateur en pleine dépression post partum qui se remet à fumer avant la sortie de son film, pourtant le plus réussi….

Alors que le film arrive sur les écrans, mercredi 9 octobre, il serait dommage d’oublier l’œuvre elle-même, La vie d’Adèle chapitres 1 et 2, trois heures de pur cinéma. Le sujet n’est pas si original : une histoire de rencontre, d’amour, puis de rupture. Oui, ce couple est formé de deux filles et l’une des deux a les cheveux bleus, mais la véritable singularité du film réside dans la maîtrise de son art par Abdellatif Kechiche : gros plans sur les visages, liberté de jeu d’Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux, fluidité et précision du montage.

Le spectateur découvre une adolescente devenant jeune femme au contact de la vie, comme Sandrine Bonnaire chez Pialat dans A nos amours. Après Sara Forestier (L’Esquive), Hafsia Herzy (La Graine et le mulet), Kechiche révèle avec Adèle Exarchopoulos une nature qui, si elle ne se brûle pas les ailes après une telle exposition, promet une belle carrière. Et au moins un César du meilleur espoir (comme Sara Forestier et Hafsia Herzy après leur passage chez Kechiche). Le jury cannois présidé par Spielberg ne s’y est pas trompé en récompensant, fait unique dans l’histoire du festival, les actrices au même titre que le réalisateur par une triple Palme.

Les thèmes préférés du cinéaste sont là, creusés par la maturité : l’école (Adèle élève, puis devenant institutrice), les différences sociales (Adèle et Emma ne sont pas du même milieu), les corps qui mangent (Kechiche dit avoir choisi Adèle en la voyant dévorer une tarte au citron), qui dansent ou font l’amour. C’est sans nul doute à dessein que les scènes de sexe durent jusqu’à la gêne. Pourtant il n’y en a que deux, très exactement, de six minutes et trois minutes. Le réalisateur tourne autour du mystère du plaisir féminin, thème repris dans une discussion sur l’orgasme et sa représentation dans l’art pendant un dîner d’amis d’Emma et qui n’est pas le plus intéressant du film.

On en retiendra plutôt la célébration du combat d’une femme pour imposer son désir, aux autres mais aussi à elle-même, et la justesse du regard sur la jeunesse d’un cinéaste au sommet de son art.

 

La vie d’Adèle d’Abdelatif Kechiche, avec Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Production Wild Bunch et Quat’Sous Films, distribution Wild Bunch. Sortie le 9 octobre 2013.

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