Accueil Politique & Société Vieillissement : une loi pour valoriser les aidants

Vieillissement : une loi pour valoriser les aidants

par Arnaud Bihel

VieillissementAvec le vieillissement de la population, la France aura de plus en plus besoin des métiers d’aide aux personnes âgées. Le projet de loi examiné par les députés joue la carte de la valorisation et de la mixité pour un secteur aujourd’hui féminin et précaire.

 

C’est un sujet qui concerne en priorité les femmes. Parce qu’elles représentent la majorité des personnes âgées, et plus encore des personnes qui s’en occupent. L’Assemblée nationale a commencé cette semaine l’examen du projet de loi sur « l’adaptation de la société au vieillissement ». Le texte, plutôt consensuel, contient une série de mesures destinées à « anticiper les conséquences du vieillissement de la population sur la vie sociale et les politiques publiques dans leur ensemble ». En 2060, les plus de 85 ans seront près de 5 millions, contre 1,4 millions aujourd’hui.

Conséquence directe de cette situation : le nombre d’aides à domicile va bondir dans les années à venir. D’ici à 2022, le métier devrait créer près de 160 000 postes, selon une note publiée le 2 juillet par le ministère du Travail. La France compte aujourd’hui environ 500 000 aides à domicile.

Exemple de ségrégation professionnelle

Cette évolution quantitative doit s’accompagner d’une évolution qualitative, ne serait-ce que pour pourvoir tous ces emplois. « Renforcer l’attractivité » des métiers dans le secteur de l’accompagnement des âgés, c’est l’un des enjeux du projet de loi. Un enjeu qui va de pair avec celui de la mixité des métiers.

« L’absence quasi totale d’hommes dans ces métiers est un exemple de la ségrégation professionnelle qui sévit encore sur le marché du travail et de l’assignation des femmes à des rôles historiques de travail domestique ou de ‘care’ », rappelait Catherine Coutelle, présidente de la Délégation aux droits des femmes, lors de l’examen du texte (voir aussi encadré ci-dessous). Il s’agit souvent aussi de personnes en sous-emploi. Horaires décalés, temps partiel, tâches difficiles, impact émotionnel du travail avec les personnes en fin de vie… une vaste étude de la DREES en 2012 dressait un tableau de la précarité et de la pénibilité auxquelles sont confrontées les aides à domicile. L’aide à domicile, principal métier du secteur – est aujourd’hui presque exclusivement féminin : il compte 98% de femmes.

Afin de les valoriser, le projet de loi s’accompagne d’un « Plan pour les métiers de l’autonomie ». Il vise notamment à améliorer les qualifications, à renforcer les formations et à relever les plus bas salaires. C’est aussi dans ce cadre qu’est prévue « la promotion de la mixité dans les emplois de l’aide à l’autonomie en coordination avec le plan mixité des métiers porté par le ministère des droits des femmes ». Reste à concrétiser ces bonnes intentions.

« Droit au répit » pour les aidants familiaux

Le projet de loi s’intéresse également aux non-professionnelles, en créant un « droit au répit ». C’est « l’une des magnifiques innovations du projet de loi », juge la Secrétaire d’État à la Famille Laurence Rossignol. Les membres de la famille qui s’occupent des personnes âgées – plus de 4 millions en France – sont aussi en grande majorité des femmes. Elles représentent 88% des personnes qui doivent conjuguer vie professionnelle et soins à un proche.

Pour permettre à ces aidants familiaux de souffler, une aide supplémentaire allant jusqu’à 500 euros par an pourra être accordée aux bénéficiaires de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), qui « permettra par exemple de financer sept jours de séjour dans un hébergement temporaire ».

« Le fait qu’une épouse assume la toilette de son mari n’est pas considéré comme problématique »

Autre conséquence de l’assignation des femmes aux ‘care’. Une étude sur les aides attribuées aux titres de l’APA menée dans un département a révélé qu’à niveau de dépendance et âge égaux, les femmes bénéficiaient de moins d’heures d’aide lorsque leur mari devenait dépendant, que l’inverse. Un homme aidant sur quatre percevait plus de 50 heures d’aide par mois, alors que c’était seulement le cas d’une femme sur six.

Les auteurs de l’amendement notent aussi que « lors des évaluations à domicile des professionnels, il apparaît rapidement nécessaire que les hommes n’assurent pas auprès de leur épouse l’aide à la toilette et les soins intimes, et que ceux-ci soient effectués par des professionnels. Alors que le fait qu’une épouse assume la toilette de son mari n’est pas considéré comme problématique », ce qui est également le cas pour les fils aidants.

Face à ces « disparités qui semblent difficilement compréhensibles », la délégation aux droits des femmes a fait adopter par les députés un amendement qui prévoit de mener « une enquête nationale sur la nature des plans d’aide selon le sexe de la personne âgée et de son conjoint ». Au conditionnel, tout de même, tout comme « le développement d’actions de sensibilisation et de formation en direction des équipes médico-sociales » afin « de contribuer à faire évoluer les représentations. ».

 

Photo : Campagne nationale pour la mixité des métiers. (Vidéo ici)

 

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