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Viol au Qatar : quand l’accusatrice devient la coupable

par Marina Fabre
Doha
Doha

Photo Mohamod Fasil sur Flickr (CC By 2.0)

Une Néerlandaise en vacances au Qatar a été condamnée pour « rapport sexuel hors mariage ». Son crime ? Avoir voulu porter plainte pour viol. Et depuis la révélation de « photos sexy » sur internet, sa parole est remise en cause par les médias néerlandais.


 

Quand un viol mène la victime en prison… C’est une affaire qui suscite l’indignation aux Pays-Bas : une néerlandaise de 22 ans, Laura (son nom n’a pas été dévoilé), a passé trois mois en détention provisoire et été condamnée à un an de prison avec sursis après avoir voulu porter plainte pour viol.

Les faits se déroulent le 13 mars. En vacances à Doha, la Néerlandaise, accompagnée d’une amie, sort au Crystal Lounge, un hôtel très touristique de la capitale, dans lequel l’alcool est autorisé. Le lendemain elle se réveille dans un appartement inconnu et réalise qu’elle a été violée. « Elle pense qu’un homme l’a droguée en ajoutant quelque chose dans son verre, elle a également des flashbacks d’elle dans un taxi avec un homme arabe », raconte son avocat Brian Lokollo, interrogé sur Radio 1 News.

Coupable de zina

Le jour même, après s’être enfuie de l’appartement, elle se rend à la police pour déposer plainte, mais les autorités refusent de l’enregistrer. Accusée de « zina », rapports sexuels en dehors du mariage, Laura est alors placée en détention. Pendant des semaines, sa famille ne prévient pas les médias, pour laisser l’ambassade néerlandaise régler la situation. « Nous lui avons fourni une assistance depuis le premier jour de détention », assure l’ambassade à Al Jazeera.

L’agresseur, Omar Abdullah Al-Hassan, a lui aussi été emprisonné jusqu’à l’audience qui se déroulait lundi 13 juin. Egalement reconnu coupable de « zina », mais pas de viol, il écope de 140 coups de fouets, dont 40 pour « consommation d’alcool ». L’homme a déclaré que Laura était consentante et qu’elle lui aurait demandé de l’argent en échange de services sexuels. Laura, elle, a été condamnée à un an de prison avec sursis. Elle sera expulsée du Qatar une fois qu’elle aura réglé 3 000 riyals (732 euros) d’amende.

En juillet 2013, une situation similaire s’était produite aux Emirats Arabes Unis. La Norvégienne Marte Deborah Dalelv, violée, avait été condamnée à 16 mois de prison pour « relation sexuelle hors mariage ». Sous la pression internationale, l’Emirat avait lâché du lest et gracié la jeune femme.

« Laura est une victime selon les faits, mais une criminelle selon notre traitement national »

La mère de Laura, interrogée par plusieurs médias, dénonce le « cauchemar » qu’a vécu sa fille. Elle a également déclaré avoir été contactée par des membres de la famille d’Omar Abdullah Al-Hassan lui demandant son accord pour marier Laura à son présumé violeur. 

Dans un premier temps, c’est donc une vague d’indignation qui a été relayée par les médias néerlandais. Sur Twitter, rapidement, le mot clé « #FreeLaura », Libérez Laura, a été créé. Mais assez vite, le discours s’est déplacé. En cause, un article sur le site Misdaad Journalist qui – sans l’affirmer avec certitude – soupçonne Laura d’être une prostituée en voyage au Qatar « pour gagner beaucoup d’argent dans l’industrie du sexe ». L’auteur, Hendrik Jan Kotering, ressort alors des photos dénudées qu’elle aurait publiées sur internet, ainsi qu’une annonce – qui aurait disparu depuis – dans laquelle la jeune fille vend son corps.

« D’un coup, Laura est devenue une prostituée », dénonce la journaliste Hadjar Benmiloud dans Metro Nieuws. « Ils la privent de sa vie privée, en spéculant sur tous les aspects de sa vie et ses intentions morales, selon aucune preuve. (…) Laura est une victime selon les faits, mais une criminelle selon notre traitement national. Quelle violation dégoûtante de ses droits, de la vie privée et de la sécurité de Laura par nos autorités, nos médias soit-disant de qualité (…) ». Et de conclure : « Laura mérite évidemment toute l’aide, le respect, l’intimité et la tranquillité. »

 

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1 commenter

09 Aziza 14 juin 2016 - 09:58

Même si Laura était une personne prostituée, elle a droit à son consentement. Se prostituer ne veut pas dire être disponible à n’importe qui, mais avoir des relations tarifées.
Un distinguo trop subtil pour beaucoup d’hommes….

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