Accueil Politique & Société Violences conjugales : davantage d’argent pour prendre en charge les agresseurs mais…

Violences conjugales : davantage d’argent pour prendre en charge les agresseurs mais…

par Lucile Peytavin

Manif du 20 11 2021

Le budget des centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales va augmenter de 28% en 2022. Mais cette hausse entre dans le budget du ministère des Droits des femmes, pas dans celui de la Justice.

Les 30 centres de prise en charge des auteurs de violences conjugales (CPCA) existant sur le territoire français voient leur budget augmenter de 28% en 2022, passant ainsi de 4 millions d’euros à 6 millions d’euros, vient d’annoncer le ministère chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes.

Pensées lors du Grenelle des violences conjugales en 2019, ces structures ont vu le jour dans l’Hexagone et en Outre-mer à partir de 2020. Elles proposent aux auteurs des violences conjugales un accompagnement psychologique et socio médical afin de prévenir le passage à l’acte et la récidive pour renforcer la protection des femmes qui en sont victimes. Dans les territoires, ces centres s’inscrivent dans un maillage mobilisant les collectivités, les professionnels et agences régionales de santé, les magistrats, les services pénitentiaires d’insertion et de probation, et les associations.

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Depuis 2020, près de 6000 agresseurs ont ainsi été accueillis par ces CPCA. 94% d’entre eux l’ont été sur décision de justice, les autres sur la base du volontariat. Elisabeth Moreno, la ministre en charge des droits des femmes, parle d’un « dispositif novateur, qui a d’ores et déjà fait ses preuves ». En juin dernier, Grégoire Dulin, le procureur du parquet de Tours confirmait dans 20Minutes l’utilité de l’antenne de sa juridiction : « Chaque année, on fait un point sur les personnes qui ont bénéficié d’un stage de sensibilisation au sein du CPCA et on regarde si ces personnes ont récidivé. En 2020, le taux de réitération a été très faible. Sur 68 personnes qui ont bénéficié de ce suivi, une seule a réitéré ». Le magistrat note aussi une évolution lors des audiences : « On constate une vraie différence entre ceux qui ont été pris en charge et ceux qui ne l’ont pas été. Ils admettent davantage leur responsabilité devant le tribunal, et c’est un premier pas vers une réadaptation sociale ».

Du côté des organisations féministes, les réactions sont vives. Si la prévention des violences conjugales fait consensus auprès de toutes les actrices et acteurs engagé.e.s dans la lutte pour les droits des femmes, les militantes s’interrogent sur le manque de recul de ces résultats ne concernant pour le moment que l’année 2021. D’autre part, les effets bénéfiques des “stages de responsabilisation” mis en place depuis plusieurs années et destinés à sensibiliser les conjoints violents, sont pour le moins mitigés comme le montre ce reportage sur TF1. Également, une politique ambitieuse de prévention des violences machistes devrait en priorité concerner l’éducation des jeunes garçons, encore trop souvent récepteurs de valeurs de domination avec le sexe opposé.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, déplore que l’augmentation du budget des CPCA ne soit pas prise en charge par le ministère de la Justice puisque l’immense majorité des auteurs concernés font l’objet d’une poursuite pénale.

Moins de moyens pour l’aide aux victimes

Pour rappel, le budget du ministère en charge des droits des femmes est le plus petit de tous avec 50 millions d’euros par an. Cet argent destiné aux hommes violents sera un manque à gagner important pour les associations d’aide aux victimes qui accompagnent des dizaines de milliers de victimes et déplorent un manque de moyens récurrent. Or, en moyenne, le nombre de femmes âgées de 18 à 75 ans qui au cours d’une année sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur conjoint ou ex-conjoint, est estimé à 219 000 en France.

Le gouvernement, quant à lui, à quelques mois des élections présidentielles, multiplie les annonces d’augmentation de moyens financiers pour les droits des femmes. Le 6 février à l’occasion de la dixième Journée internationale de la tolérance zéro à l’égard des mutilations sexuelles féminines, Elisabeth Moreno a fait savoir que le budget du Plan national d’actions contre les mutilations sexuelles féminines lancé en 2019 bénéficiera d’une augmentation de 300 000 euros en 2022.

Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes explique ici pourquoi il n’y a pas de quoi se réjouir 

https://twitter.com/AnneCMailfert/status/1489564498214203397

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