Accueil Politique & Société Violences faites aux femmes : et si Macron prenait l’accent espagnol ?

Violences faites aux femmes : et si Macron prenait l’accent espagnol ?

par Arnaud Bihel

Marche du 7 novembre 2015 à Madrid contre les violences machistes © MundoPress (http://mundopress-agencia.blogspot.com.es)

Pour le 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes, des associations féministes réclament au chef de l’État un vrai plan de lutte et des moyens. En l’invitant à imiter l’Espagne, qui a choisi de débloquer 1 milliard d’euros.


Emmanuel Macron doit s’exprimer samedi 25 novembre dans la matinée, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Et dans l’après-midi, des milliers de femmes seront dans la rue. Une cinquantaine d’organisations appellent à une grande manifestation à Paris et plusieurs rassemblements auront lieu partout en France (Voir encadré).

Rassemblement samedi 25 novembre à 14h30 Place de la République à Paris, pour une manifestation jusqu’à Opéra. Le cortège mettra en avant les 123 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en 2016, les « sans-voix de #MeToo ».
Retrouvez ici la carte de tous les rassemblements en France.

Chaque année, des manifestations accompagnent cette journée spéciale du 25 novembre. En 2016, elle faisait surtout écho au mouvement sud-américain #NiUnaMenos. Mais aujourd’hui, après l’affaire Weinstein et les dizaines de milliers de témoignages qu’elle a suscités, « le contexte est tellement différent que cela peut être une année charnière », estime Marie Allibert, d’Osez le Féminisme. « Quelque chose est vraiment en train de changer, car contrairement aux précédents, DSK ou Baupin, la pression ne retombe pas. On a conscience du côté inacceptable de l’impunité, et les victimes savent qu’elles ne sont pas seules ».

Mais « si le gouvernement a assurément compris qu’il y a un enjeu, on attend encore le concret ». C’est pourquoi ces mêmes organisations adressent au chef de l’État une série de revendications (à lire ici) – qui recoupent sur plusieurs points le récent appel #1femmesur2. « Pour lutter contre les violences faites aux femmes, il faut penser global, de la sensibilisation et la formation jusqu’au traitement judiciaire des violences », insiste Suzy Rojtman, du Collectif National pour les Droits des Femmes (CNDF).

Dans un communiqué, jeudi 23 novembre, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) lance un message similaire, réclamant « une mobilisation politique inédite qui marquerait un tournant quantitatif et qualitatif dans la lutte contre toutes les violences faites aux femmes » Pour sa présidente Danielle Bousquet, « nous assistons à un tournant dans la prise de conscience de l’ampleur des violences sexistes et sexuelles qui doit maintenant se traduire par une réponse politique à la hauteur des besoins. »

Loi-cadre et 1 milliard d’euros : l’exemple espagnol

Les associations insistent : le projet de loi sur les violences sexuelles annoncé par Marlène Schiappa et Nicole Belloubet est aujourd’hui « insuffisant ». Elles réclament une loi-cadre qui inclue « l’application des lois existantes, le renforcement de l’arsenal juridique, la fin de l’impunité et la protection des victimes ; dès le plus jeune âge la prévention et l’éducation à l’égalité, au respect et à la vie affective et sexuelle ; la formation des professionnel.le.s aux violences sexuelles et sexistes ». Suzy Rojtman relève encore : « L’Espagne a voté en 2004 une loi-cadre contre les violences faites aux femmes. Je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas le faire aujourd’hui ».

Il importe par exemple, pour les associations, de recruter 1 000 référent.e.s en gendarmerie et commissariat pour recueillir les plaintes, 1 000 personnels de justice pour les traiter, ou encore de créer 2 000 places d’hébergement supplémentaires afin d’assurer « un vrai maillage du territoire » pour accueillir les femmes victimes de violences et leurs enfants. Autre enjeu essentiel, également rappelé par le Haut Conseil à l’Égalité : « Que l’État prenne en charge à 100% les soins liés aux troubles psychotraumatiques. »

Cela passe donc par des moyens à la hauteur. À ce jour, rappelle le HCE, le 5ème plan interministériel de lutte contre toutes les violences faites aux femmes 2017-2019 est doté d’un budget de 100 millions d’euros. Et là encore, la comparaison avec l’Espagne fait tache. Pas plus tard qu’en juillet dernier, les partis politiques espagnols ont signé un « pacte historique », prévoyant un budget d’un 1 milliard d’euros sur 5 ans pour accompagner un vaste plan de lutte contre les violences machistes, principalement axé sur la protection, l’accueil et l’accompagnement des victimes. Alors, pourquoi la France ne le ferait-elle pas ?, interrogent les associations.

« Si la ‘grande cause nationale’ n’est pas associée à un budget conséquent, elle ne sera qu’une illusion », avertit Marie Allibert. « Emmanuel Macron, on l’a vu avec les ordonnances travail, sait aller très vite sur les réformes », souligne Anne Leclerc, du CNDF. « S’il est vraiment à l’écoute des femmes et des associations, il doit le prouver en montrant qu’il est capable d’agir aussi vite face aux violences ».

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