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Violences sexuelles en Égypte : crimes systémiques et impunité

par Arnaud Bihel

EgypteLa FIDH publie un rapport sur « l’épidémie de violence sexuelle » qui touche l’Égypte. L’occasion pour l’organisation de constater qu’en Égypte, les révolutions passent mais les problèmes liés à la condition des femmes restent.


 

L’Égypte, pire pays arabe pour les femmes ? C’était ce qu’affirmait une étude de la Thomson Reuters Foundation sur « les droits des femmes dans le monde arabe » en 2013. Un an après, le bilan est toujours aussi sombre.

Tandis que la communauté internationale se concentre sur les derniers rebondissements politiques, les violences à l’encontre des femmes restent impunies en Égypte. C’est ce que dénonce le rapport publié le 16 avril par la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) « Egypt : Keeping Women Out – Sexual violence in the public sphere » (à télécharger ici, en anglais).

Cent pages qui donnent tour à tour la nausée ou mettent la rage au ventre. Les attaques sur la Place Tahrir, les plus médiatisées, « représentent la manifestation la plus visible d’un problème systémique de longue date », souligne la FIDH. Le rapport égrène une succession d’agressions – du harcèlement au viol avec torture – dans l’indifférence des gouvernements qui se sont eux aussi succédé depuis 2011.

« Aucun des auteurs de ces crimes n’a été inquiété par la justice. Le climat d’impunité contribue ainsi à leur répétition et tend à banaliser au sein de la société ces violences perpétrées à l’encontre des femmes », dénonce Karim Lahidji, président de la FIDH.

« L’adoption dans la constitution d’une disposition protégeant les femmes des violences est un premier pas. Mais les autorités ont encore un long chemin à parcourir pour contrer ce phénomène qui a pris des proportions épidémiques », déclare Mozn Hassan, directrice exécutive de Nazra pour les Etudes Féministes, l’une des associations égyptiennes qui ont participé au rapport.

« Le statut de la femme doit évoluer dans les textes et la pratique »

Ce niveau de violence à l’encontre des femmes « constitue un obstacle majeur à leur participation à la transition politique de leur pays », déplore la FIDH. Un problème que les femmes elles-mêmes sont obligées de prendre en main, devant l’inaction des différents gouvernements qui se sont succédé.

Mais ces campagnes anti-harcèlement ne suffisent pas à endiguer un problème qui se nourrit des conditions économiques difficiles du pays. En Egypte, les femmes doivent faire face à des agressions sexuelles et du harcèlement dans la rue, dans les transports en commun et sur le lieu de travail. Même si plus de 95 % des femmes disent avoir déjà été harcelées sexuellement en Égypte, les victimes sont souvent accusées, par des responsables politiques ou religieux, d’avoir « provoqué » ces attaques. À cet égard, les (trop) nombreux cas relayés par le rapport sont édifiants.

« Le statut de la femme doit évoluer dans les textes et la pratique », conclut Farah Barqawi, co-fondatrice du Soulèvement des Femmes dans le Monde Arabe.

 

 

Photo : infobae. Au Caire, un graffiti évoquant l’attaque d’une femme par des militaires en décembre 2011. La vidéo de cette agression avait fait le tour du monde et conduit à une manifestation inédite.

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