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Violeurs, police et parole des victimes

par Arnaud Bihel

En Angleterre, 9 hommes ont été condamnés pour des viols en réunion sur des adolescentes vulnérables. Le procès a mis en avant le manque d’attention des autorités pour les témoignages des victimes.


 

C’est un procès choc qui vient de s’achever en Grande-Bretagne. Celui d’un « gang » de 9 hommes, condamnés pour avoir agressé sexuellement des dizaines de jeunes filles – la police a recensé 57 victimes, dont la plus jeune avait 13 ans. Des agressions et viols en réunion commis sur des adolescentes vulnérables, dans la banlieue de Manchester. Ces hommes appâtaient ces jeunes filles dans la rue (ce qui porte un nom outre-Manche : le « street grooming ») avant de les droguer et d’abuser d’elles. Les faits se sont produits en 2008 et 2009.

Plaintes ignorées

Outre l’horreur de ces crimes, c’est l’attitude de la police qui a été mise en cause lors du procès. Initialement, deux des neuf condamnés n’avaient pas été poursuivis, car les témoignages de victimes à leur encontre avaient été jugés « peu crédibles ». C’est l’arrivée d’un nouveau chef de la police du Grand Manchester, à l’été 2011, qui a permis de relancer les charges. La police a, depuis, présenté ses excuses aux victimes et assuré qu’elle avait retenu les leçons de cette affaire. Le Ministère public britannique, qui décide des poursuites, a également fait son mea culpa.

En 2011 le CEOP organisme de protection de l’enfance, consacrait un rapport à ce phénomène du « street grooming » dans le pays. Ses données, parcellaires, faisaient état de plus de 2000 victimes. Dans leur grande majorité des jeunes filles en rupture. Ce rapport soulignait, déjà, ce qui est apparu au procès : les autorités « sont souvent réticentes à faire avancer les dossiers d’exploitation sexuelle des enfants, car les victimes sont souvent perçues comme non-fiables ».

Lecture ethnique

Le sujet était d’autant plus sensible que 8 des accusés sont des citoyens britanniques d’origine pakistanaise. Selon certains, la crainte de tensions raciales et de récupération par l’extrême-droite aurait pu inciter les autorités à étouffer l’affaire. L’extrême-droite ne s’est d’ailleurs pas privée de manifester devant le tribunal. Le rapport du CEOP relevait également une surreprésentation des citoyens d’origine ‘asiatique’ parmi les auteurs de « street grooming », mais refusait d’en tirer des conclusions, les chiffres qu’il a collectés étant trop parcellaires.

« Si l’on commence à s’arrêter à des questions de race ou d’ethnicité, on évacue les vraies questions » : la police a tenté de rejeter cette lecture ethnique. « Ce dont il s’agit, c’est d’adultes profitant d’enfants vulnérables », ont souligné des responsables de la police, rappelant que les victimes venaient de quartiers défavorisés, et même « chaotiques ».

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1 commenter

Courroux . 9 mai 2012 - 14:47

et en déni de justice car n’existe toujours pas l’interdit social majeur des féminicides de violence sexospécifique, qui doit être instauré en première des préventions par la qualification en Droit pénal ! http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/feminicide-lexique.html http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/05/feminicide-du-harcelement-sexuel-en-qpc.html
http://susaufeminicides.blog.lemonde.fr/2012/01/10/feminicides-androcides/

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