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Volvo Ocean Race : « une nouvelle vague de femmes dans la course au large »

par Arnaud Bihel

SCA-MerÀ la tête de la Team SCA, un équipage 100% féminin, la navigatrice Sam Davies, « la plus française des sportives anglaises », prend samedi le départ de la Volvo Ocean Race.

 

Neuf mois autour du globe à travers sept océans. Plus de 70 000 kilomètres à parcourir, en neuf étapes. C’est le programme de la Volvo Ocean Race, qui s’élancera d’Alicante, en Espagne, samedi 4 octobre. Et des sept monocoques au départ de cette course réputée comme l’une des plus exigeantes, le plus en vue sera assurément celui, bleu, blanc et rose, de la Team SCA. La raison en est simple : son équipage est composé exclusivement de femmes.

Un équipage 100% féminin, c’est une volonté de son sponsor, la société suédoise SCA, qui a lancé ce défi il y a deux ans. C’est à la navigatrice Samantha Davies, 41 ans, que revient la charge de meneuse d’équipe. Celle qui est souvent qualifiée de « plus française des sportives anglaises » (elle habite en Bretagne), davantage habituée à naviguer en solitaire, a intégré la Team SCA peu après avoir démâté, fin 2012, dès les premiers jours du dernier Vendée Globe, dont elle était la seule femme participante. Ce qui l’a motivée, ce n’est pas tant l’affichage féminin de l’équipage que l’ambition affichée. « Très peu de projets ont les ressources dont nous disposons pour être performantes », souligne-t-elle.

Communication

SCA a été la première à se lancer dans cette 12ème édition de la Volvo Ocean Race (qui s’appelait autrefois la Whitbread). Un enjeu de notoriété pour l’entreprise suédoise, aujourd’hui plus connue à travers certaines de ses marques (voir encadré). Le budget alloué au projet (« beaucoup d’argent, mais une somme tout à fait acceptable par rapport au chiffre d’affaires », on n’en saura pas plus), SCA n’entend pas le jeter par les écoutilles : le groupe « s’est fixé des objectifs clairs en terme d’impact et compte rentabiliser son investissement », assure son directeur de la communication.

C’est que la Volvo Ocean Race est une course qui joue à fond la carte de la médiatisation. Chaque équipage embarque un reporter (une reporter, bien sûr, pour la Team SCA qui a également lancé une application mobile) dont le rôle unique sera de diffuser des informations sur la course et la vie à bord.

Des muscles et des cerveaux

Cela fait un an et demi que l’équipe s’entraîne sur une base spécialement aménagée aux Canaries. Au programme, entraînement physique intensif et navigation tous les jours. La sélection des onze membres d’équipage (et trois remplaçantes) a elle aussi été extrêmement exigeante, souligne Sam Davies. Elle a pris en compte des critères physiques, tout autant que la diversité des compétences… et l’alchimie pour un bon esprit d’équipe.

SCA 12

La force physique, ce n’est pas ce qui empêchera les navigatrices de la Team SCA de rivaliser avec les six équipages masculins concurrents. D’autant que les règles de la course, pour l’équilibre, permettent à l’équipe féminine de compter 11 navigatrices, quand les hommes ne sont que 8. Pour des bateaux tous identiques. « En plus d’équilibrer la force physique, nous aurons donc 6 mains et 3 cerveaux en plus, ce qui peut aider dans certaines situations », relève Sam Davies.

« Faire peur aux autres »

Malgré ces atouts, la Team SCA devra composer avec une faiblesse de taille : le manque d’expérience de ses membres, souligne la skippeuse. « Et l’expérience, ça compte énormément ». Si quelques unes ont déjà accompli un tour du monde (Sam Davies a même terminé 4ème du Vendée Globe en 2008, Dee Caffari est également une habituée de la course au large), aucune n’a participé à cette épreuve particulièrement exigeante qu’est la Volvo Ocean Race. D’autres recrues n’ont connu que les régates, et certaines uniquement la voile olympique : « Elles n’avaient jamais passé une nuit en mer », s’amuse Sam Davies.

Une situation qui interdit à la skippeuse de SCA d’espérer figurer parmi les favoris. « Le principal objectif c’est de bien naviguer, de faire peur aux autres. Mais je suis persuadée qu’on va progresser pendant la course. J’espère que l’esprit d’équipe, le fait qu’on travaille ensemble depuis plus longtemps que les autres, sera un atout ». Un objectif concret, tout de même : terminer devant les deux ou trois autres équipages les moins expérimentés. Autrement dit, faire mieux que les quatre précédents équipages 100% féminins qui ont couru la Whitbread puis la Volvo Ocean Race (en 1989, 1993, 1997 et 2001) et ont accroché, au mieux, l’avant-dernière place.

« Lancer une nouvelle vague de femmes »

SCA DaviesCe manque d’expérience, que déplore tant Samantha Davies, est la conséquence logique de la faible place des femmes dans le monde de la voile, tout particulièrement dans la course au large. On en trouve un autre exemple dans la liste des participants à la Route du Rhum qui s’élancera le 2 novembre prochain : sur les 90 concurrents au départ de Saint-Malo pour traverser l’Atlantique, elles ne seront que 4 femmes.

D’où cette autre ambition de Sam Davies en participant à la Volvo Ocean Race, et pas des moindres : « Lancer une nouvelle vague de femmes dans la course au large ». D’autant qu’à ses yeux rien ne justifie que la voile soit un monde d’hommes. « J’ai grandi dans une famille de marins, ma mère était plus souvent à la barre que mon père. Elle seule était capable de préparer un rôti de bœuf par force 7. Donc pour moi, c’est normal que les femmes naviguent ».

1) Le groupe SCA est l’un des leaders mondiaux de la forêt et des produits de l’hygiène. Il possède par exemple les marques Lotus, Nana, Okay ou Demak’up. SCA souligne que 80% de ses clients sont des femmes, c’est l’une des raisons qui l’a conduit à s’engager sur la course avec un équipage féminin. Le groupe emploie 44 000 salariés dans le monde (2800 en France, sur 7 sites) et a réalisé en 2013 un chiffre d’affaires de 10,7 milliards d’euros.

 

Photos :

1/ La Team SCA lors d’un entraînement à travers l’Atlantique, avril 2014. Photo Corinna Halloran/Team SCA

2/ Les 12 membres de l’équipe aux Canaries, mars 2014. Photo Annaleisha Rae/Team SCA

3/ Sam Davies lors de la ‘Leg 0’ course d’entraînement officielle, septembre 2014. Photo Corinna Halloran/Team SCA

 

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