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Un polar définitivement noir en Afrique du Sud

par Arnaud Bihel

ZuluTownships, drogues, meurtres et flingues sont au cœur du film Zulu de Jérôme Salle. Ce polar efficace nous plonge dans la violence endémique de l’Afrique du Sud pour évoquer les difficiles questions de la vengeance et du pardon. La critique ciné du mardi de Valérie Ganne.


 

 

Commençons par une petite mise au point depuis la semaine dernière : nombreux sont les films de cinéma qui ne passent pas le test de Bechdel, c’est à dire qui ne sont pas forcément politiquement corrects en matière de représentation des femmes. Est-ce une raison suffisante pour ne pas les chroniquer sur ce site ? Non, surtout si ce sont des bons films, selon les critères cinématographiques purement subjectifs qui sont les miens.

Dans Zulu, nous voici en Afrique du Sud, dans ce qui ressemble d’abord à un « buddy-movie » américain : un lieutenant de la police criminelle de Cape Town (Forest Whitaker) et son lieutenant (Orlando Bloom) enquêtent sur le meurtre d’une adolescente. Cet homme rescapé de l’apartheid, accompagné d’un blanc-bec alcoolique et incontrôlable, va se perdre dans un monde ultra-violent qu’il croyait connaître et qui aura raison de lui, piégé par le poison de la vengeance personnelle. Le duo est parfait et permet notamment à Orlando Bloom de perdre ses oreilles pointues d’elfe du Seigneur des anneaux pour un vrai rôle d’humain.

Contre toute attente, Zulu est français, à l’exception du casting et de la langue de tournage : tiré du roman du breton Caryl Férey, réalisé par Jérôme Salle (Anthony Zimmer et deux Largo Winch), co-scénarisé par Julien Rappeneau, mis en musique par Alexandre Desplat, le film est produit par Eskwad et Pathé, soit du 100 % talents hexagonaux.

Le réalisateur avoue qu’il ne connaissait pas l’Afrique du Sud avant de lire le roman et d’y tourner. C’est sans doute cette distance qui permet au film de traiter son sujet avec respect tout en mettant en valeur la ville du Cap, entre autres grâce à des scènes de courses-poursuites nerveuses dans des lieux jamais filmés comme Cape Flats. Certains ne verront dans ce film que la violence pour la violence, même si elle est brillamment mise en scène et interprétée. Pourtant, sans dévoiler la fin, on en ressort avec une question vieille comme le monde : comment faire la paix dans un pays traversé et nourri de violence depuis des générations ? Soit le pardon est impossible, soit la vengeance, même réussie, aura toujours un goût amer et absurde.

 

Zulu de Jérôme Salle, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker, produit par Eskwad et Pathé, distribué par Pathé, sortie le 4 décembre 2013.

 

P.S. Dans un tout autre genre, vous pouvez aussi choisir L’escale de Kaveh Bakhtiari, un documentaire qui passe actuellement dans très peu de salles, sorti la semaine dernière : ce huis clos dans un sous-sol d’Athènes couvre un an de la vie de quelques iraniens tentant de quitter la Grèce avec de faux papiers. Filmé par le cousin d’un des protagonistes, réalisateur de fiction par ailleurs, c’est un magnifique témoignage sur la situation des migrants du monde entier.

 

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