Les centrales nucléaires devront vivre plus longtemps

nukeLa Cour des Comptes reste floue sur le réel coût du nucléaire, mais souligne un point jusque là tenu à l’écart du débat public : la France a déjà pris la décision implicite de rallonger la durée de vie de ses centrales.


La Cour des Comptes laisse bien des questions en suspens. Son rapport sur « les coûts de la filière électronucléaire », publié mardi 31 janvier, ne permettra pas de clarifier le débat sur l’opportunité économique de sortir du nucléaire. Cela était déjà apparu lors d’une fuite de ce rapport le 12 janvier.
Mais l’institution fait aujourd’hui une remarque qui devrait alerter : pour l’avenir énergétique du pays, des décisions concrètes sont à prendre, et vite.

Il faut, juge la Cour, soit « faire évoluer significativement et rapidement le mix énergétique vers d’autres sources d’énergie ou vers un effort accru d’économies d’énergie », soit assurer l’avenir de la filière nucléaire dont le parc est « vieillissant ». De fait, en l’absence de choix clairs, « une décision implicite a été prise, qui engage déjà la France » fait observer la Cour des Comptes.

Dans 10 ans, plus du tiers des réacteurs dépasseront la limite d’âge


Quelle est cette décision qui n’est pas « connue du grand public » ? Il faudra bien faire fonctionner les centrales nucléaires au-delà de 40 ans – leur durée de vie toujours officiellement prévue. Car s’il fallait fermer les centrales ayant dépassé cette limite d’âge – dans 10 ans, 22 réacteurs sur 58 atteindront leur quarantième année de fonctionnement – « il faudrait un effort très considérable d’investissement équivalent à la construction de 11 EPR [les réacteurs de troisième génération] d’ici la fin de 2022 ». Un cout évalué à 55 milliards d’euros.

Et pour la Cour des Comptes, « la mise en œuvre d’un tel programme d’investissement à court terme paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. » Seul un EPR est en cours de construction en France, à Flamanville dans la Manche. Et son chantier avance doucement. Débutés en 2007, les travaux devaient s’achever en 2012… le délai est désormais porté à 2016, et son coût a presque doublé pour atteindre 6 milliards d’euros

Un autre document, commandé par Eric Besson et révélé la veille de la publication de ce rapport, avait levé le voile sur cette stratégie : il recommande effectivement de laisser les centrales vieillir. Selon les experts mandatés par le ministre de l’Industrie, « la trajectoire optimale pour notre pays consiste à prolonger la durée de vie des centrales existantes aussi longtemps que l’Autorité de sûreté nucléaire le permettra ». Et après ? On verra bien. Dans tous les cas, cette « commission Besson » comme la Cour des Comptes se retrouvent sur cet autre point : le coût de l’électricité ne pourra qu’augmenter dans les prochaines années.

Pour aller plus loin :

 – La synthèse du rapport de la Cour des Comptes

– Dans Le Monde, entretien avec Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes

Photo : Centrale nucléaire d’Avoine (Indre-et-Loire) par sybarite48 sur flickr.

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