C’est le magazine Causette qui pourrait briser le silence, avec la publication ce 27 février, en coédition avec Les Arènes, de son premier livre-enquête : La Guerre Invisible, sous-titré « Révélations sur les violences sexuelles dans l’armée française ».
« L’armée française est la plus féminisée d’Europe, avec 15 % de femmes sur ses 230 000 engagés », rappelle l’ouvrage co-écrit par Leila Miñano et Julia Pascual (Voir sur Les Nouvelles NEWS : L’armée française se féminise – à petits pas).
Mais « en caserne, brigade ou opérations extérieures (Afghanistan, Mali, Centrafrique), les femmes de l’armée française sont trop souvent vécues comme des intruses et parfois traitées comme des objets sexuels. » Le livre relate, témoignages à l’appui, de multiples affaires de violences sexuelles et le silence qui les entoure. « Une réalité de brimades et de violences jamais dénoncées, parfois étouffées sous le poids de la hiérarchie tricolore. »
La Guerre Invisible a déjà reçu des échos médiatiques. France Inter y a consacré un zoom le 25 février, France 3 un reportage le lendemain. Le ministère de la Défense n’a pas répondu aux sollicitations de ces grands médias.
Mise à jour : Le ministère a réagi jeudi 27 février en annonçant l’ouverture d’une enquête interne sur les violences sexuelles et les cas de harcèlement, rapporte l’agence Reuters. Le ministère indique par ailleurs qu’un rapport au « contenu équivalent (…) est arrivé sur le bureau du ministre la semaine dernière ». La feuille de route 2014 pour l’égalité du ministère de la Défense prévoyait déjà la mise en place d’un indicateur pour « identifier toute conduite répréhensible ou de harcèlement sexuel à l’égard des femmes militaires, en unité ou lors d’opération. »
Aux Etats-Unis, la question est traitée à bras le corps depuis quelques mois par une commission sénatoriale, qui n’a pas hésité à mettre de hauts gradés devant leurs responsabilités (Voir : Violences sexuelles dans l’armée US : la hiérarchie en ligne de mire). Chaque année, ce sont plus de 20 000 cas d’agressions sexuelles, dont des viols, qui sont relevés dans l’armée U.S. Les victimes étant d’ailleurs autant des hommes que des femmes. En 2011, 2 439 cas ont fait l’objet de plaintes, mais seuls 240 agresseurs présumés ont comparu devant la justice militaire.
