Mobilisation contre l’incitation au viol sur internet

Ce jeudi, vaste « appel citoyen contre l’incitation au viol sur Internet ». Plusieurs blogs s’en prennent à un site en particulier et, surtout, demandent aux pouvoirs publics de faire cesser la publication de propos incitant à la violence misogyne.


 

Vaste mobilisation contre un site incitant à la violence contre les femmes. Plusieurs militantes s’en prennent, ce jeudi 5 septembre, à un site de « coaching en séduction ». Dans une lettre ouverte adressée au procureur de la République, elles demandent des sanctions, telles que prévues par la loi, contre le site « Séduction by Kamal ».

> L’intégralité de l’appel citoyen et de la plainte au procureur sont à télécharger ici.

Une page en particulier, publiée en mai 2012 et consacrée à la « domination », constitue à leurs yeux « une apologie du viol et une incitation à la violence contre les femmes ». Un article intitulé « Comment bien baiser » incite les hommes à se passer du consentement de leur proie. Malgré des protestations et signalements à internet-signalement.gouv.fr , cette page était toujours en ligne le 4 septembre.

Quelles sanctions ?

La loi sur la presse punit de cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui « auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre » des agressions sexuelles. Reste à rendre effectives ces sanctions. Ce qui est loin d’être évident.

Dans le cas présent, la société SBK Coaching, qui gère le site, est enregistrée en Pologne. L’hébergeur, Mavenhosting, est quant à lui français. Une action en justice a-t-elle une chance d’aboutir ? En théorie oui ; en pratique, le droit est appelé à évoluer prochainement, mais laisse pour l’heure, globalement, le champ libre aux contenus sexistes.

Responsabilités

Aujourd’hui, la législation oblige les hébergeurs et fournisseurs d’accès à internet à agir contre les provocations et apologies de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, provocations au terrorisme, à la haine, à la violence et au racisme. Les hébergeurs n’hésitent pas à fermer le site incriminé quand cela leur a été notifié. Mais les contenus sexistes ne rentrent pas dans ce champ. Pas encore, puisque la loi sur l’égalité, prochainement examinée au Sénat, prévoit d’y remédier (Voir : La loi pour renforcer la lutte contre le sexisme sur internet ).

Reste que le rôle des hébergeurs n’a pas forcément de conséquence. « Si l’éditeur est déterminé, il peut trouver un autre hébergeur en quelques minutes », souligne Marie-Hélène Tonnellier, avocate associée au cabinet Latournerie Wolfrom & Associés, spécialiste du droit de l’internet.

De fait, c’est l’éditeur du site qui est responsable devant la justice. Dans le cas présent, la société SBK Coaching est enregistrée en Pologne, mais elle s’adresse clairement à un public français. « Il y a donc de fortes chances pour que la justice puisse agir », note Marie-Hélène Tonnellier.

Signalements ignorés ?

L’avocate ajoute un gros bémol : la loi sur la presse fixe un délai de prescription court, de seulement trois mois. L’article incriminé étant en ligne depuis plus d’un an, il pourrait donc être couvert par la prescription. A noter qu’un texte de loi est en cours d’adoption afin de rallonger, à un an, comme pour d’autres incitations à la haine, ce délai de prescription, qui conduit à classer de nombreuses plaintes contre des contenus sexistes ou homophobes (Voir : Pas de hiérarchie entre les discriminations).

Il se peut qu’une procédure soit déjà ouverte via la plate-forme de signalement gérée par le ministère de l’Intérieur. Car l’article a déjà été signalé à plusieurs reprises depuis sa mise en ligne. Mais sans suite connue à ce jour. Il faut dire qu’en 2012, sur les 120 000 signalements recueillis par la plate-forme, moins de 5% ont officiellement donné lieu à une enquête – menée par la gendarmerie ou Interpol.

« Pourquoi la loi n’est-elle pas appliquée ? Est-ce un problème managérial (manque de moyens pour traiter tous les signalements) ou un problème culturel (mauvaise formation et sensibilisation des agents du Ministère à la misogynie en ligne et à la culture du viol) ? », s’interrogent les militantes.

« Le sexisme en ligne n’a rien de virtuel »

Pour autant, leur mobilisation entend aller au-delà du cas de « ce seul type de site Internet à la marge, mais sur l’ensemble de la misogynie globalement répandue sur l’espace Internet, et trop tolérée. »

Elles demandent que « l’incitation à la violence en raison du sexe, de l’orientation sexuelle ou du handicap soit réellement pénalisée ». Et appellent les pouvoirs publics « à mettre en place une plateforme dédiée au signalement de sites misogynes, à la sensibilisation des acteurs du web sur le sujet, et à l’accompagnement des victimes de discrimination, de haine ou de violences misogynes sur Internet. »

Car « le sexisme en ligne n’a rien de virtuel », soulignent-elles : « le harcèlement subi par des personnalités connues comme par des adolescentes anonymes (ou qui auraient voulu le rester), le racolage des mineures par les pédo-criminels ou les proxénètes, l’omniprésence des images de femmes hypersexualisées et objectivées, dans les contenus personnels, journalistiques, culturels et commerciaux – clichés parfois pris à l’insu du sujet, l’humour sexiste qui alimente la tolérance envers le sexisme, les discours vindicatifs, stéréotypés et dégradants à l’égard des femmes, tout ceci est bien réel. »

La prise de conscience semble toutefois s’amorcer. Les militantes notent que « sur le web anglophone notamment, des voix se sont élevées pour exposer l’ampleur de la misogynie sur Internet, et exiger des actions concrètes pour y mettre fin. » Avec des résultats. En mai, Facebook a promis d’améliorer la modération des contenus incitant à la violence contre les femmes (Voir : #FBRape : Facebook promet d’agir). Et Twitter vient de faire de même (Voir : Twitter réagit enfin aux menaces de viol). Mais il aura fallu pour cela de fortes mobilisations.

 

Tous les articles de la rubrique Saga

Vous devez vous connecter ou vous abonner pour ajouter cet article à votre classeur.

5 réflexions sur “ Mobilisation contre l’incitation au viol sur internet ”

  1. bonjour, c’est un détail mais l’hébergeur Mavenhosting est canadien. Il indique néanmoins sur sa page d’accueil que leurs serveurs sont localisés en France « pour mieux servir [leur] clientèle française ».

    et je rajoute le lien vers la pétition « Agir contre la misogynie et l’incitation à la haine sexiste sur Internet » : https://www.change.org/fr/p%C3%A9titions/agir-contre-la-misogynie-et-l-incitation-%C3%A0-la-haine-sexiste-sur-internet-2

  2. Il me semble que le lien en question est disparu du site! La pression aurait-elle fonctionné? malgré cela, la mobilisation continue!!

  3. @ disparu ?? :

    Pour trouver réponse à vos questions et le lien disparu :

    à trouver ou lire

    sur le site d’A dire d’elles
    http://sandrine70.wordpress.com/2013/09/05/lancement-dun-appel-citoyen-contre-lincitation-au-viol-sur-internet/

    ou sur
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/932927-kamal-le-coach-en-seduction-qui-incite-au-viol-pourquoi-nous-l-attaquons-en-justice.html

    Ou mieux, toutes infos (différents articles, commentaires) à la source sur le site de Diké :
    http://dikecourrier.wordpress.com/

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php