Accueil L'édito 2019, l’histoire écrite par quels vainqueurs ?

2019, l’histoire écrite par quels vainqueurs ?

par La rédaction

La parole des femmes s’est encore libérée en 2019 mais l’histoire écrite par les médias n’en retient qu’une partie.

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs. Et il semblerait bien qu’en 2019 de nouveaux vainqueurs aient réussi à s’emparer de la parole, donc du pouvoir pour écrire l’Histoire autrement. Quand Matzneff et ses amis maquillaient des histoires de pédocriminalité en histoires de « mœurs libres », il était impossible, jusqu’à cette fin d’année 2019, de faire entendre une autre version. La parole publique était verrouillée par une petite caste d’hommes dominants qui présentaient les histoires comme bon leur semblait. Et comme disait la chanson « Le premier qui dit la vérité… Il sera exécuté. »  Quand la caste d’hommes dominants écrivait seule l’histoire, une publicité clamait « quand elle dit non j’entends oui » et les dirigeants d’entreprises ou dirigeants politiques entendaient « non » quand des femmes disaient « oui » pour des postes qu’ils ne voulaient pas leur accorder.

Mais depuis 2017, depuis #MeToo les femmes ont pris la parole, grâce à Internet et aux réseaux sociaux, elles ont pu contourner ceux qui gardaient les clés de la parole publique. Des hommes ont exprimé le rejet de la masculinité toxique (ici, ou ). Et les rapports de pouvoir ont pu commencer à bouger. La parole, c’est le pouvoir. Cependant, si la parole des femmes s’est libérée en 2019, certaines oreilles sont restées bouchées. Et les misogynes contre-attaquent souvent.

Egalité professionnelle. Alors que, depuis les années 70, six lois sur l’égalité professionnelle ne sont pas parvenues à leurs fins, le gouvernement a lancé un Index de l’égalité. Mais il ne convainc pas vraiment. Méthode plus dissuasive : une première « class-action » a été engagée par la CGT en juin et risque de coûter très cher à la Caisse d’Epargne d’Ile-de-France puisque son but est de rattraper les salaires et les plans de carrières des femmes discriminées. A Nantes, un rattrapage salarial a coûté très cher à une société d’assurances. Globalement, les écarts de salaire ne se résorbent pas. Et les entrepreneuses sont priées d’être peu ambitieuses. Sista l’a souligné dans une campagne de communication très drôle. Moins drôle, le harcèlement sexuel sévit toujours en entreprise. Mais le gouvernement promet une nouvelle loi pour l’égalité dans l’économie.

Agressions sexuelles. Pas encore puni, le harcèlement sexuel se retourne un peu moins contre les victimes. Denis Baupin a été condamné pour procédure abusive lorsqu’il a attaqué en diffamation celles qui l’avaient dénoncé. En revanche, Sandra Muller, qui avait lancé #BalanceTonPorc, a été condamnée en diffamation. L’information sur les violences sexistes passe mal. Et le combat apparaît parfois désespéré. Viol ? Passe ? Prostitution ? Prostitution forcée ? La qualification des faits pose toujours un problème et empêche la lutte contre ces fléaux.

Le Grenelle des Violences conjugales a permis de braquer les projecteurs sur le sujet et de sensibiliser l’opinion. Les meilleur.es spécialistes ont été mis autour de la table. Mais à la fin le Premier ministre a expédié le sujet. Et, pour ne rien arranger, le gouvernement a décidé de supprimer l’ONDRP, l’organisme qui mesurait les violences sexistes et sexuelles.

Pour lutter contre les agressions sexuelles, le plus efficace a été la libération de la parole de stars comme Adèle Haenel. Une libération de la parole qui ne plaît pas à ceux qui avaient le monopole de la parole et maquillaient leurs forfaits en romantisme. Polanski ou Finkielkraut se sont rebiffés et leurs pairs semblent rester gagnants devant le « tribunal médiatique ».

Cependant en fin d’année, une manifestation historique a pu faire changer la honte de camp et montrer que la parole féministe était enfin entendue.

Médias. Les femmes s’expriment peu dans les médias. Une nouvelle étude montre que les hommes parlent deux fois plus que les femmes sur les ondes. Une autre calcule que le nombre de femmes politiques invitées a baissé. Une autre encore montre que les femmes journalistes subissent un sexisme très lourd. Lors des élections européennes, l’une d’elles, Léa Salamé, a dû s’éclipser pour ne pas gêner la campagne de son compagnon… Parfois, des poussées de haine anti-féministe gagnent les vieux médias. Et le sexisme ordinaire sévit. Quand Notre-Dame a brûlé, des hordes d’hommes se sont précipités dans les journaux pour dire comment il fallait reconstruire. L’année avait pourtant bien commencé avec la #LigueDuLol enfin épinglée. Après cette affaire, des femmes ont été nommées à des postes jusqu’ici très difficilement accessibles pour elles.

Cinéma. Le nombre de réalisatrices a enfin, un peu augmenté. A Cannes on a compté. Mais aux Golden Globes il n’y avait encore que des hommes. Les chroniques ciné de Valérie Ganne montrent pourtant une création foisonnante pour que le septième art offre un autre genre de cinéma.

Sexisme ordinaire. Les Droits des femmes se sont invités au G7 dès février. Plusieurs ONG se sont mobilisées pour faire bouger les « grands de ce monde. » Et patatras… En deux photos, il fallait conclure que rien ne bougeait. Une photo de ceux qui décidaient de l’avenir du monde : une seule femme sur 25 personnes environ. Une photo des « d’Esperluettes housewives » : les épouses des décideurs se divertissent.

Pour le « grand débat » qui a eu lieu en France au début de l’année 2019, tout le monde pouvait s’exprimer. Mais à la fin, ce sont des hommes qui ont décidé.

Préfète, procureure ou ambassadrice…  L’Académie Française s’est enfin décrispée sur la question de la féminisation des mots.

Quand Greta Thunberg s’est exprimée devant les grands de ce monde, beaucoup ont tenté de lui ôter toute crédibilité.

D’autres perles de sexisme ordinaire ont été relevées ici. Ou quand Trump s’est crispé sur un chien héroïque qui ne pouvait être une chienne. Et ce sexisme ordinaire commence aux portes des toilettes.

Intelligence artificielle et sexisme réel. l’algorithme de Facebook ciblerait le public de façon stéréotypée selon une enquête. Et les assistants vocaux sont programmés pour éviter les sujets « sensibles » comme le féminisme. Et il a fallu attendre 2019 pour que Google revoie ses algorithmes afin qu’ils n’envoient pas systématiquement sur des contenus pornographiques les recherches à partir du mot « lesbienne » ou «femme noire» . 

Sport. Une grande marque de sport invite les femmes à « rêver » plus fou et clouer le bec à ceux qui les traitent de folles. (Notre œil a été habitué à voir de la folie dans l’engagement sportif des femmes là où il voit de l’héroïsme chez les hommes.) La Coupe du monde de foot a été médiatisée comme jamais (mais toujours rien à voir avec un événement masculin). Ce qui a provoqué des réactions comiques. En septembre, la création d’un GIE du sport faisait grincer des dents : sur la photo, seulement des hommes à l’exception de la ministre.

Dirigeantes à l’étranger. Avec l’élection de Zuzana Čaputová, présidente de la République de Slovaquie, fin mars, huit pays de l’Union européenne sur 28 sont dirigés par une femme. Lori Lightfoot, une femme noire, et lesbienne a été élue maire à Chicago, troisième ville des Etats-Unis en avril. Claudia Lopez, a été élue maire de Bogota, capitale de Colombie. Sophie Wilmès est devenue Première ministre en Belgique. Sanna Marin est devenue Première ministre de Finlande. Jacinda Ardern, la Première ministre travailliste de Nouvelle-Zélande, a engagé une politique du bien-être.

Europe. L’Europe a renoncé à imposer un congé parental ambitieux en raison de pressions exercées par Emmanuel Macron. Et pendant ce temps, l’Espagne adoptait un congé paternité de huit semaines.

Le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe a regardé la réalité des discriminations entre femmes et hommes en face et décidé de donner une «première définition à l’échelle internationale du sexisme » pour mieux le combattre.

Déformations. L’illusion de l’égalité déjà là est toujours entretenue dans les journaux qui font même parfois croire que les femmes sont privilégiées quand elles ne le sont pas. « Les femmes profitent plus de l’ascenseur social que les hommes » ont écrit les journaux en février. C’était faux. De même, les femmes ne sont pas plus multitâches que les hommes contrairement à une idée reçue tenace.

Pour donner un autre genre de point de vue sur le monde la bataille de la parole ne fait que commencer.

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