Accueil L'édito 2020 : années féministes et écolos ?

2020 : années féministes et écolos ?

par Isabelle Germain

De #MeToo à la défense du climat, la petite caste d’hommes dominants qui verrouillait la parole dans les médias est dépassée. Un autre genre de parole n’en finit pas de se libérer. La route est encore longue.

La rédaction des Nouvelles News vous présente ses meilleurs vœux pour l’année qui s’ouvre et même la décennie qui s’engage. Une décennie qui devrait encore déployer la liberté d’expression conquise depuis le mouvement #MeToo et commence à mettre à mal la culture de domination masculine. Avec la publication de son livre « Le Consentement » paru le 2 janvier, Vanessa Springora a réussi à ébranler les tranquilles certitudes de ceux qui monopolisaient la parole dans les médias ou dans les jurys des prix littéraires. Ceux qui maquillaient des abus sexuels sur enfants en histoires d’amour. Ceux qui blacklistaient, traitaient de « féminazies » ou de « mal-baisées » celles et ceux qui leur opposaient un autre point de vue. L’écrivaine canadienne Denise Bombardier le raconte dans Le Journal de Montreal, le psychothérapeute et administrateur de l’Institut de victimologie, Pierre Lassus, l’explique sur Europe 1. Une petite caste d’hommes dominants détenait le pouvoir de la parole, abusait de ce pouvoir et anéantissait toute opinion qui la dérangeait. Mais c’était avant Internet. Grâce aux réseaux sociaux, les voix qui s’opposent à la masculinité toxique sont plus nombreuses et disent « #MeToo ». Leur parole est plus difficile à anéantir.

Autre sujet pour lequel il faudra passer au-dessus de la petite caste d’hommes dominants : la lutte contre le réchauffement climatique. Depuis que la jeune militante suédoise Greta Thunberg a attaqué de front les décideurs, cette caste est un peu dépassée par une liberté d’expression nouvelle. Auparavant, dans les rédactions des journaux, les discours sur la défense du climat étaient mis en sourdine. Les sujets « développement durable » , « principe de précaution » étaient considérés comme des « sujets de gonzesse », mineurs et ridicules. Les hommes, les vrais, conquièrent, s’approprient les ressources naturelles pour faire du business et gagner la course à l’augmentation du Produit intérieur brut (PIB). Celles et ceux qui ont tenté de changer cet indicateur de richesse (comme le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz) n’ont pas été entendus. Masculinité toxique encore.

Aujourd’hui ces hommes dominants ne peuvent plus filtrer la parole dans les médias. Ils sont débordés par Internet. Sur les réseaux sociaux, la parole qu’ils réprimaient jadis s’est libérée. Mais elle devra encore faire beaucoup de bruit dans la décennie qui s’ouvre. Une étude sur les personnalités les plus visibles dans les médias en 2019 montre que les femmes sont encore sous-représentées et stéréotypées. Elles représentent moins de 20 % des personnalités citées. Et quand les hommes occupent les journaux en héros sportifs ou dirigeants, les femmes y sont actrices ou « femme de ». Si des femmes politiques apparaissent grâce aux lois sur la parité, dans la catégorie business on ne trouve quasiment aucune femme (1 %). Il faudra donc cette année encore redoubler d’efforts pour installer des femmes à des postes de pouvoir et donner à voir des rôles modèles inspirants pour les filles. Redoubler d’efforts aussi pour donner plus de visibilité aux héroïnes du sport. L’égalité dans les loisirs est source d’égalité des sexes. Si les filles n’ont pas de modèles auxquels s’identifier, elles désertent la compétition sportive. Et à la fin tout le monde trouve normal que papa aille faire du sport avec les copains pendant que maman gère la maisonnée.

Le sujet sur lequel les féministes vont encore donner de la voix en 2020 est celui des violences sexistes. Avant que des associations, aujourd’hui intégrées au collectif #NousToutes, ne comptent les féminicides, les médias faisaient passer ce phénomène de société pour des « faits divers ». Aujourd’hui ils emploient le mot « féminicide » et utilisent moins d‘euphémismes ou d’expressions rendant ces meurtres romantiques. Néanmoins #NousToutes estime que le gouvernement n’a pas pris les mesures drastiques indispensables pour endiguer ce fléau à l’issue du Grenelle des violences conjugales. Il a, de plus, supprimé l’organisme indépendant qui mesurait les violences sexistes et sexuelles, ce qui risque de les rendre invisibles. Alors, dès ce 9 janvier, une rencontre pour la lutte contre les féminicides et les violences sexistes se tient autour Eve Ensler, autrice des Monologues du Vagin et de Cynthia Fleury-Perkins, philosophe (voir notre agenda de l’égalité). Pas question d’attendre.

Et c’est toute l’année, et probablement les suivantes, qu’il faudra encore batailler pour imposer un autre genre de parole dans les médias.

Lire aussi dans Les Nouvelles News 

COSMÉTIQUE DU PIB PAR LA COMMISSION STIGLITZ-SEN-FITOUSSI (2009)

RETOUR SUR LE COLLOQUE « LE SEXE DE L’ÉCONOMIE » 1 (2012)

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