25 novembre : dans la lutte contre les violences sexuelles, l’éducation toujours défaillante

par La rédaction

Le 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Les chiffres de ces violences restent très élevés. La pédagogie de l’égalité des sexes manque d’ambition.

Les chiffres des violences subies par les femmes en France sont accablants. Ce jeudi 24 novembre, la carte des féminicides par compagnons ou ex compte 102 victimes en France (avec une accélération récente : 11 femmes sont mortes depuis le 1er novembre).

En début de semaine, de nouveaux chiffres sortaient :une grande enquête conduite par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), auprès de 109.000 personnes âgées de 18 à 74 ans en France métropolitaine, a recueilli « le vécu et les opinions en matière de sécurité » en 2021 . Des données, qui habituellement échappent aux services de police et gendarmerie -lorsque les victimes renoncent à déposer plainte- apparaissent donc dans les résultats.  

Un focus particulier sur les violences sexistes et sexuelles baptisé « enquête Genese » montre que les femmes sont systématiquement les premières victimes de violences, qu’il s’agisse de violences physiques, psychologiques ou sexuelles, au sein du foyer, dans l’espace public ou au travail, depuis l’enfance.

Voici les principaux résultats présentés par le SSMSI :

« En 2021, plus d’1 femme sur 5 et près d’1 homme sur 6, âgés de 18 à 74 ans, ont déclaré avoir subi une violence intrafamiliale avant l’âge de 15 ans (psychologique, physique ou sexuelle). Les femmes sont surexposées à ces violences commises au sein de la sphère familiale et en particulier aux violences sexuelles (6% contre 2% pour les hommes).
Plus d’1 femme sur 4 et 1 homme sur 5 déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences psychologiques au sein du couple (« par partenaire »). Les violences physiques ou sexuelles par partenaire sont plus rares mais les écarts entre hommes et femmes plus importants : en 2021, 1 femme sur 6 déclare en avoir été victime au moins une fois depuis l’âge de 15 ans contre 1 homme sur 18.
20% des hommes et 15% des femmes âgés de 18 à 74 ans déclarent avoir subi au moins une fois depuis l’âge de 15 ans des violences physiques commises par une personne hors partenaire actuel ou ex-partenaire (« non-partenaire »). Les violences sexuelles par non-partenaire sont beaucoup plus rares pour les hommes (3%) que pour les femmes (17%).
Plus d’une personne sur quatre dit avoir été confrontée au cours de sa vie professionnelle à au moins l’une des dix situations ou comportements indésirables à connotation sexiste ou sexuelle mesurés dans l’enquête. Ces situations concernent 3 fois plus de femmes que d’hommes. »

Plus de 40% des femmes ont déjà eu affaire à un comportement à connotation sexiste ou sexuel au travail contre 14,9% des hommes.80%ont subi « des regards déplacés ou insistants », 31% ont reçu « des propositions déplacées de rendez-vous privés » et autant déplorent des attouchements non désirés « sur des parties du corps, des baisers, des étreintes ».

De son côté, la Fédération nationale Solidarité Femmes (FNSF), à l’origine du 3919, constate pour 2021, une augmentation de 14% du nombre d’appels (92 674) par rapport en 2019 (2020 ayant été une année exceptionnelle avec les confinements) et l’analyse des appels révèle une aggravation des violences : augmentation des viols conjugaux, menaces de mort, tentatives de féminicide et des agresseurs récidivistes… La FNSF note en effet un fort taux de récidive : plus de 2100 auteurs de violences s’en étaient déjà rendus coupables par le passé.

Climat propice à la violence sexiste

Si l’arsenal législatif de lutte contre les violences sexistes et sexuelles s’est un peu amélioré ces dernières années depuis le Grenelle, la révolution culturelle indispensable à un recul de ces violences n’est pas encore en marche. Les associations d’aide aux victimes de violence sexistes et sexuelles déplorent toujours le manque de moyens accordés à la formation des acteurs en première ligne dans la lutte contre ce fléau : la justice et la police notamment, manquent de personnel formé pour recevoir et instruire les plaintes

Mais c’est aussi au climat de violence sexiste et de domination masculine qu’il faut s’attaquer. L’enquête du SSMSI a interrogé les Français sur la violence vécue avant 15 ans : 12,4 % des personnes interrogées en ont été des victimes directes, les femmes à peine plus que les hommes : une sur cinq contre un sur six. En revanche, près d’1 femme sur 10 contre près d’1 homme sur 25 dit avoir subi une violence (psychologique ou sexuelle) dans l’enfance, commise en dehors de la famille. Et avant 15 ans les femmes sont plus nombreuses a dénoncer un « climat de violence entre parents » : 9,8 % des hommes relatent ce climat contre 14,9 % des femmes. 57 % des femmes évoquent des violences physiques entre parents ayant eu lieu « souvent ou tout le temps » contre seulement 47 % des hommes qui ont perçu de telles violences… Sans qu’il soit possible d’expliquer de tels écarts. Les auteurs de l’étude avancent une possible explication : « des différences de perception entre hommes et femmes ou une libération de la parole plus grande chez les femmes que chez les hommes ». A moins que cette violence ne soit perçue par les hommes comme aussi normale que l’air qu’ils respirent ?

L’éducation à l’égalité et la lutte contre les stéréotypes qui font de la violence des hommes une norme sociale font partie des priorités énoncées par les associations pour lutter contre les violences. A l’occasion de la journée du 25 novembre, nombre d’associations proposent des actions d’éducation à l’égalité, partout en France, dans des grandes et toutes petites villes, mais elles le font avec des moyens dérisoires. A l’école de la République, cette éducation à l’égalité des sexes ne pèse pas lourd (lire : Rentrée des classes : le HCE appelle à un plan d’urgence de l’égalité ) et la lutte contre les stéréotypes sexistes dans les médias et dans la culture est loin d’être une priorité…

Dans un communiqué de presse, le mouvement Femmes solidaires écrit :

 « Parce que ces violences s’inscrivent dans un continuum qui prend sa source dans les stéréotypes sexistes de tous les jours, il est essentiel de travailler sur la sensibilisation et le changement des mentalités et ce dès le plus jeune âge. Chaque jour, Femmes solidaires et l’ensemble des associations féministes de ce pays, dans leur diversité et au-delà de leurs divergences, le font dans les médias, dans la rue, dans le monde éducatif. Mais ce n’est pas suffisant !

Maintenant nous voulons que l’impunité recule, que les femmes et les enfants soient réellement protégé.e.s, que les auteurs soient punis et que la tolérance sociale des violences recule dans la rue, dans tous les domaines de la vie économique, culturelle, sociale et politique, dans les théâtres, dans les films, dans les médias, dans les hémicycles, dans les grandes institutions, des collectivités aux plus hautes instances de la République.

Ne trouvons plus d’excuses pour changer ce monde. Plus de discours, des actes ! La peur, la honte doivent changer de camp. »

Femmes solidaires
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