Accueil Point de vue 3 janvier, 3 féminicides. Parlons de « violences machistes » pour combattre ce fléau !

3 janvier, 3 féminicides. Parlons de « violences machistes » pour combattre ce fléau !

par auteur

Lucile Peytavin

L’expression « violences faites aux femmes » édulcore le sujet. C’est contre les « violences machistes » qu’il faut prendre des dispositions. La tribune de Lucile Peytavin, autrice de « Le coût de la virilité » (A. Carrière ed)

L’année vient à peine de commencer et déjà, trois féminicides ont été recensés en France. Les criminels seraient : un militaire de 21 ans dans le Maine-et-Loire, un employé de mairie en Meurthe-et-Moselle et un homme de 60 ans à Nice. Et combien de femmes ont été harcelées, violentées, insultées depuis que 2022 a pointé le bout de son nez ? Ou plutôt combien d’hommes ont harcelé, violenté, insulté des femmes ? Et si, pour combattre les « violences faites aux femmes » on commençait par parler de lutte contre la « violence machiste » ?

Depuis 1999, chaque année, le 25 novembre est la journée internationale de « lutte contre les violences faites aux femmes. » Ce jour a été choisi par les Nations Unies en souvenir des sœurs Mirabal assassinées en 1960 par le chef de l’Etat dominicain. L’utilité d’une telle journée n’est plus à démontrer à la vue des chiffres officiels produits par la MIPROF (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains) sur les violences subies par les femmes : en France en 2020, 102 d’entre elles ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire. 82% des morts au sein des couples sont des femmes. On estime à minima que 94 000 femmes sont victimes de viols et/ou de tentatives de viols chaque année. Dans les transports en commun, 9 femmes sur 10 ont déjà été harcelées.

Et ce n’est que le sommet de l’iceberg au regard de toutes les formes de violence sexiste : harcèlement et agression sexuelle, cyber-harcèlement, mariage forcé, mutilation génitale, exploitation sexuelle, etc.

Mais qui viole, harcèle, agresse, tue les femmes ? Qui sont les auteurs à l’origine de ces violences ? Employer les termes de violences “faites aux femmes” n’apporte pas de réponse à cette question et même invisibilise les responsables. La difficulté à nommer les agresseurs est toujours bien présente !

Et pour les femmes les conséquences ne sont pas anodines. L’affaire Hulot en est un exemple éclatant. Alors que 6 femmes accusent de viol et d’agression sexuelle l’ancien membre du gouvernement, le président Emmanuel Macron a déclaré, lors d’un conseil des ministres « nous n’accepterons jamais une société de l’opacité ou de la complaisance, et nous ne voulons pas non plus d’une société de l’inquisition » selon un témoin présent. Rien que ça ! Les plaignantes ne s’y sont pas trompées et en réponse ont interrogé dans une tribune (1) le lien entre leurs récits et cette période de l’histoire où les hérétiques – qui remettaient en question l’hégémonie de l’Institution catholique – étaient torturés et brûlés. Les femmes qui accusent des hommes de violences sexuelles feraient donc régner la terreur au sein de la société… Elles sont accusées de mentir.

Le 1er novembre dernier Bernard Montiel revient sur la plainte pour viol à l’encontre de son ami Ary Abittan en déclarant : « Moi je peux vous dire qu’évidemment je n’y crois pas à cette histoire, je le défends. Je sais comment il est, et quel rapport il a avec les femmes. Il est toujours extrêmement correct, c’est un mec archi-correct ».

Ce soupçon d’accusation mensongère envers les femmes n’est pas nouveau. Depuis les années 90 de nombreux hommes prétendent “craindre de prendre l’ascenseur avec une femme” ou “de se retrouver en tête en tête avec une collaboratrice”. Cette histoire d’ascenseur est pourtant une légende urbaine qui ne repose sur aucun cas concret. (lire : « L’argument de l’ascenseur, « fake news » anti-féministe à répétition »)

Au total les fausses accusations de viol représentent entre 2 et 10% des plaintes (2). Seulement 13% des victimes portent plainte et 1% des violeurs mis en cause sont condamnés (3). Celles qui devraient avoir peur de se retrouver seules avec un homme sont donc bien les femmes et pas l’inverse ! Notons que ce soupçon de mensonge n’apparaît presque jamais pour d’autres chefs d’accusation : les cambriolages, les fraudes, etc. La parole des femmes victimes de violences est discréditée avant même que la justice ait statué.

Cette mise en doute participe à la protection des agresseurs qui agissent bien souvent en toute impunité. Pourtant les violences sont systémiques et les agresseurs ne sont pas les monstres que l’on imagine mais des proches des victimes dans 90% des cas. Croire les victimes est encore un enjeu, tout comme rendre visibles les auteurs. Dans l’immense majorité des cas, les hommes en sont responsables : dans 99% des affaires de viol et 97% des affaires d’agression sexuelle par exemple(4). Dans son ouvrage « les vrais hommes sont féministes » Isabelle Alonso parle de « violence Machiste ».

 Parler de “violences machistes” – comme le fait déjà la ville de Barcelone par exemple(5) – pour évoquer les violences subies par les femmes, permettrait de mettre en lumière l’origine de ce phénomène pour mieux le déconstruire : la domination masculine.


(1) Tribune, « Victimes de Nicolas Hulot et de PPDA, nous ne sommes pas les bourreaux » : 14 femmes répondent à Emmanuel Macron sur l’« inquisition », Le Monde, 8 décembre 2021.

 (2) Selon l’étude du National Sexual Violence Resource Center de 2012.

(3) Fabien Lebouq, “Pour 100 viols et tentatives, une seule condamnation : Dupond-Moretti a-t-il raison de douter de ce chiffre ?”, Libération, 22 juillet 2020.

(4) Ministère de l’Intérieur, Interstats, “Insécurité et délinquance en 2019 : bilan statistique”, 2020.

(5) https://ajuntament.barcelona.cat/dones/es/quienes-somos/concejalia-de-feminismos-y-lgtb

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