Pour souffler un peu, rien ne vaut une comédie romantique sur fond d’eco-anxiété. « Amour Apocalypse », sixième film de la québécoise Anne Émond, est une jolie surprise venue du Québec. Une comédie romantique et politique.

Cette histoire est née de la découverte de la luminothérapie par une réalisatrice en pleine crise de « dépression écologique » pendant le Covid. La québécoise Anne Émond en a tiré un récit drôle et puissant sur la rencontre d’un célibataire éco-anxieux, Adam, avec Tina, femme à la voix douce et au rire lumineux. Ils approchent tous deux la cinquantaine. Il est profondément bon et généreux, s’occupe d’un chenil où il est mené par le bout du nez par sa jeune employée GenZ. Tina a son travail, sa vie, son mari, ses deux filles et elle habite loin. Adam tombe amoureux de sa voix avant de la rencontrer.
Tous les éléments d’une bonne comédie romantique sont rassemblés, il suffit de se laisser porter. « Amour Apocalypse » a d’autres points forts : le climat général d’éco-anxiété se transforme vite en fin du monde, ce qui rend d’autant plus urgente leur histoire d’amour. S’ils vont mieux, le monde ira mieux ! Adam, qualifié de « bon bizarre » par ceux qui le croisent, est un homme respectueux et déconstruit dans son rapport aux femmes. Ce qui donne lieu à la plus belle scène de « non-sexe » vue depuis longtemps au cinéma québécois. Au final, l’humour noir et l’absurdité de certaines situations nous amènent au-delà du rire vers une réflexion lucide et profonde sur le monde d’aujourd’hui. « Amour Apocalypse » est une comédie romantique politique.
« Amour Apocalypse » (« Peak Everything ») de Anne Émond (Canada, 1h40), avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Gilles Renaud. Produit par Meta Films. Distribué par L’atelier Distribution. En salles le 21 janvier.
Quatre questions à Anne Émond.
L’entretien a été réalisé en mai dernier au festival de Cannes, où son film a été sélectionné à la Quinzaine des cinéastes.
C’est votre premier festival de Cannes, comment vous le vivez-vous ?
Quand on m’a annoncé ma sélection à la Quinzaine j’ai eu un sentiment de joie, c’était inespéré après tant de films et de travail. Mais ensuite, j’ai ressenti aussi de l’angoisse. Quelle exposition ! Quel risque ! Il y a quinze ans mon premier film, « Nuit#1 » avait failli être choisi pour une sélection cannoise. Au dernier moment j’ai été écartée au profit d’un vieux réalisateur pas très intéressant. Aujourd’hui mon premier film aurait sans doute été sélectionné. Je n’ai ni regret ni haine, mais je me réjouis que les choses changent.
Vous êtes québécoise. Les féministes étaient bien en avance sur les françaises au Québec…
Mes tantes, ma mère, étaient toutes féministes dans les années 80. Mais ma génération (j’ai 43 ans) ne se disait pas féministe. C’était un mot repoussoir, ringard. Au début de ma carrière de réalisatrice je ne pensais pas que la parité du financement des films devait être obligatoire. Pour moi ça devait être au mérite. C’était complètement naïf, dans un monde mené par le patriarcat. J’ai changé d’idée ! Il n’y a que les folles qui ne changent pas d’avis.
Vous avez souhaité dès l’écriture de ce film réaliser une comédie romantique pour le grand public ?
Ces 15 dernières années je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais, c’est à dire, réaliser des films. Je me suis guérie avec l’écriture de ce scénario. Dès le début j’ai voulu un film pop, absurde, romantique, plein de choses qui font du bien. J’ai déjà reçu beaucoup de messages très beaux de spectateurs. Dans le débat hier, un homme de 70 ans a pris la parole pour dire qu’il s’était reconnu dans le héros. Il a répété, très ému : « la sensibilité n’a pas de genre ni d’âge ». Il n’y a pas de honte à faire un film grand public, le cinéma est un moyen de communication. Dans les prochaines années, on va vers d’énormes changements de société, les artistes vont avoir une mission importante. Dans nos films il faut aborder ces sujets, nos solutions et mêmes nos traumas.
Après dix courts métrages et six longs, vous sentez vous aujourd’hui davantage en liberté et en confiance comme réalisatrice ?
Pas du tout ! Je suis toujours profondément insecure. C’est malheureux mais c’est comme ça et ça m’appartient. Chacun de mes films est mon premier film.


2 commentaires
Génial ! Article, interview, film. Je veux le voir.
Vu en avant-première, j’ai été très touché par ce film tendre et lucide. Moi aussi, je me suis assez reconnu dans le personnage central. Sa gentillesse, sa façon de se laisser mener, sa connaissance aiguë des conséquences du réchauffement climatique, son éco-anxiété, sa soif d’amour. L’histoire se déroule selon de nombreux registres : comédie romantique un peu kitsch, clins d’œil ironiques (notamment sur le développement personnel), quelques touches humoristiques, quelques moments angoissants dignes de films catastrophe (ou de documentaires collapsologiques) le tout parsemé de touches d’humour sympathiques, de réflexions sur l’avenir de l’humanité et sur ce qui reste à vivre quand on est sur le point de s’effondrer au niveau individuel ou collectif. Peut-être que ce film, sans en avoir l’air, nous donne la clé pour, sinon se sortir de l’impasse, vivre enfin !
Ce film c’est comme une envie de se dire et d’en dire pas mal, mais sans trop en faire, sans démonstration, sans donner de leçons, avec bienveillance et sincérité, à l’instar du « héros » ou plutôt de l’anti-héros. Un film tendre et fort, un film drôle et tragique, tendre et brutal, très humain en quelque sorte; la vie quoi ! d’autant plus à vivre qu’elle est plus fragile que jamais.