La publication des « Epstein files » a révélé l’ampleur planétaire du réseau du criminel sexuel Jeffrey Epstein. Des experts mandatés par les Nations unies estiment que cette affaire doit être requalifiée en crime contre l’humanité.
Viols, esclavage sexuel et traite de très jeunes femmes. L’ampleur des crimes de Jeffrey Epstein a récemment pris une nouvelle dimension. Le 30 janvier 2026, le département de la justice des États-Unis a rendu publics plusieurs millions de documents liés au réseau de relations du criminel sexuel américain. Les « Epstein files » lèvent ainsi le voile sur « une entreprise criminelle mondiale », avec des centaines de personnalités internationales (politiques, diplomates, hommes d’affaires, célébrités), dont Donald Trump ou l’ex-prince britannique Andrew. Si certaines personnalités nommées ne sont pas complices des crimes sexuels, ces documents soulignent les liens d’intérêts d’un système qui a exploité sexuellement des femmes, pour la plupart mineures au moment des faits.
La projection de cette affaire sur le devant de la scène mondiale pousse les Nations Unies à l’examiner autrement. «L’ampleur, la nature, le caractère systématique et la portée transnationale de ces atrocités commises contre des femmes et des filles sont si graves qu’un certain nombre d’entre elles pourrait répondre aux critères juridiques des crimes contre l’humanité », assure un communiqué publié le 16 février 2026.
Rappel des faits
La première condamnation de Jeffrey Epstein pour « sollicitation de prostitution » et « incitation de mineur à la prostitution » date de 2008. Quelques années plus tôt, en 2005, une adolescente de 14 ans affirme avoir été agressée sexuellement par le millionnaire. Mais cette première condamnation résulte d’un accord tenu secret avec la justice de Floride, permettant au criminel d’éviter des poursuites fédérales. Jeffrey Epstein sort de prison en 2009, après treize mois d’enfermement, avec une assignation à résidence d’un an et une inscription au registre des délinquants sexuels.
Mais il faut attendre 2018 et une enquête du journal Miami Herald, dans laquelle 80 femmes déclarent avoir été victimes du milliardaire américain, pour que les agents fédéraux se penchent de nouveau sur les agissements de ce dernier.
Jeffrey Epstein est arrêté en 2019 pour l’agression de dizaines d’adolescentes entre 2002 et 2005. Il est retrouvé mort dans sa cellule le 10 août 2019. Sa principale complice, son ex-compagne Ghislaine Maxwell, a, quant à elle, été condamnée en 2022 à 20 ans de prison, pour avoir facilité des agressions sexuelles dans les années 1990.
Au total, le département de la justice américaine indique que « plus de 1000 » femmes, dont une majorité étaient mineures au moment des faits, auraient été victimes de Jeffrey Epstein et son réseau.
Les violences sexuelles sont des crimes contre l’humanité
Les crimes commis par Jeffrey Epstein et ses complices peuvent-ils être qualifiés de crimes contre l’humanité ? C’est la question posée par les Nations Unies.
Après une étude des agissements du criminel sexuel, les experts mandatés considèrent qu’ils sont constitutifs d’un crime contre l’humanité. « Si on regarde la définition d’un crime contre l’humanité, c’est une attaque qui est répandue contre un groupe de civils dans le but de leur causer des souffrances », détaille Reem Alsalem, rapporteure spéciale de l’ONU sur la violence contre les femmes et les filles, interrogée par France Info. Elle précise : « Même si on n’a vu que peut-être 2% des documents Epstein, leur contenu montre que certains faits cochent ces cases ».
La reconnaissance des crimes sexuels comme crime de guerre et crime contre l’humanité progresse. En février 2011, la qualification du viol comme crime de guerre et crime contre l’humanité avait conduit à la condamnation de militaires congolais de haut rang pour des pillages et des viols commis sur une soixantaine de femmes en République Démocratique du Congo (RDC). Les peines allaient de 10 à 20 ans de prison. En mars 2016, l’ancien commandant militaire du Mouvement de Libération du Congo (MLC) Jean-Pierre Bemba avait été le premier homme condamné par la Cour pénale internationale (CPI) pour des viols qualifiés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité. La même année, lors du procès de l’ancien chef de guerre ougandais Dominic Ongwen, la Cour Pénale Internationale a examiné pour la première fois des accusations de mariages forcés et de grossesses forcées. Sur les 70 chefs d’accusation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dix-neuf des chefs d’accusation sont liés à des crimes sexuels ou à caractère sexiste.
Juger l’affaire Epstein comme un crime international
Toutefois, un crime contre l’humanité ne s’inscrit pas toujours dans un contexte de guerre. En requalifiant l’exploitation sexuelle à grande échelle de jeunes femmes organisée par le milliardaire comme un crime international, les experts de l’ONU estiment qu’il doit être jugé en conséquence, soit comme un crime contre l’humanité.
« La CPI ne peut être saisie que si un crime contre l’humanité a été commis sur le territoire d’un de ses États membres ou par l’un de ses ressortissants, explique Reem Alsalem, avant d’ajouter : Le cas le plus évident est Ghislaine Maxwell, puisqu’elle est Britannique ».
En attendant, les victimes du réseau Epstein subissent encore les conséquences de ce système d’impunité. Parmi celles qui ont témoigné publiquement, Virginia Giuffre s’est suicidée en avril 2025. La publication des « Epstein files » a également exposé des photos et les noms des victimes ainsi que leur permis de conduire, révélant leur état civil et leur adresse, au monde entier.
À lire dans LesNouvellesNews.fr :
P. DIDDY RECONNU NON-COUPABLE DE TRAFIC SEXUEL : LA PAROLE DES FEMMES ENCORE DÉCRÉDIBILISÉE
CYBERHARCÈLEMENT SEXISTE : GRÂCE AU PROCÈS INTENTÉ PAR TYPHAINE D, ON NE RIGOLE PLUS !
GÉRARD DEPARDIEU CONDAMNÉ, LES FÉMINISTES SALUENT UN PROGRÈS
LE 7 OCTOBRE ET LE VIOL, ARME DE GUERRE SOUS-ESTIMÉE
LES VIOLENCES SEXUELLES DE GUERRE NOURRIES PAR LA CULPABILISATION DES VICTIMES
LES FEMMES VIOLÉES EN LIBYE RECONNUES COMME VICTIMES DE GUERRE
« PAS DE GÉANT » CONTRE LES VIOLENCES SEXUELLES DE GUERRE EN RDC

