Meta refuse de diffuser la dernière campagne “Inarrêtables” de la Fondation des femmes. Celle-ci réagit face à la politique anti-féministe menée par les réseaux sociaux.

Meta continue d’invisibiliser les messages féministes. La Fondation des femmes alerte une nouvelle fois : le groupe qui possède Instagram et Facebook refuse de diffuser sa dernière campagne Inarrêtables, lancée à l’occasion du 8 mars et des dix ans de l’organisation. Une manoeuvre d’invisibilisation des voix féministes sur les réseaux sociaux, au profit de discours masculinistes.
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Les voix féministes censurées par Meta
« META révèle son opposition aux campagnes qui promeuvent les droits des femmes », dénonce la Fondation des femmes dans un communiqué. En effet, depuis octobre 2025, la multinationale américaine fondée par Mark Zuckerberg a décidé d’interdire dans l’Union européenne les publicités portant sur un enjeu politique, électoral ou social, prétextant respecter le règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité politique (TTPA). Or, cette « interprétation erronée et arbitraire » affirme la Fondation des femmes.
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Résultat : cette décision « empêche aujourd’hui de nombreuses organisations de la société civile de sponsoriser des campagnes de sensibilisation, des appels aux dons ou des messages d’intérêt général », déplore la Fondation des femmes. « Depuis le début de cette nouvelle politique à l’automne 2025, les organisations caritatives comme la Fondation des femmes ont pu constater des refus et blocages de campagnes d’appel à dons, de sensibilisation ou de plaidoyer, avec, notamment pour conséquence inéluctable, le recul des messages féministes sur les réseaux sociaux de META », détaille le communiqué.
Ce n’est pas la première fois que Meta, sous prétexte de la modération, censure les voix féministes. Aujourd’hui, certains mots sont même à éviter pour ne pas être bannis par les algorithmes. Sans céder sur la dimension foncièrement féministe de leur contenu, les militant.e.s ont trouvé des détournements subtils et codifiés. Le mot agression sexuelle s’écrit désormais « agr3ssion s3xuelle », sexisme se transforme en « s3xlsme » et viol devient « vi0l » ou est parfois remplacé par une pastille violette, la couleur du féminisme, tel un indicateur caché mais assumé. D’autres choisissent de couper les mots en deux ou d’en biper certains à l’oral.
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« Dans ce contexte, alors même que se diffusent de nombreux discours réactionnaires, empêcher les associations de sensibiliser le public à l’occasion du 8 mars revient à réduire la visibilité des combats féministes dans l’espace public », alerte la Fondation des femmes.
Les associations féministes manquent de moyens
Cette invisibilisation peut avoir de très graves conséquences. Les campagnes de collecte de dons menées par l’organisation permettent de reverser près de 20 millions d’euros aux associations qui agissent pour les droits des femmes en France. Leur survie en dépend. En juin 2025, face à la dégradation de la situation financière des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF), Clémence Pajot, directrice générale de la Fédération nationale des CIDFF, pressait le gouvernement d’agir. Quelques jours plus tard, c’est le Planning familial qui interpellait les pouvoirs publics dans une tribune afin de dénoncer la recrudescence des attaques politiques contre les droits et santé sexuels et reproductifs. En novembre 2025, la Fondation des femmes lançait l’alerte sur les réseaux sociaux : « Nous allons disparaitre« .
En occultant leur dernière campagne, Meta sabote cette nouvelle opportunité « de lever des fonds pour les associations féministes qu’elle soutient ». « Refuser la diffusion d’une campagne sur les droits des femmes à l’occasion du 8 mars est un scandale. En censurant les féministes, Meta se place de fait du côté de ceux qui cherchent à faire taire ces combats. Qu’il le veuille ou non, nous sommes Inarrêtables », conclut Anne-Cécile Mailfert.
Cette invisibilisation des messages féministes est d’autant plus préoccupante que, en face, les messages politiques misogynes sont déguisés de telle sorte qu’ils ne sont pas perçus comme « politiques » et ne sont jamais écartés des flux.
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Face à la montée des discours anti-féministes sur les réseaux sociaux, la résistance féministe s’organise. Aujourd’hui, « la Fondation des femmes agit et met en demeure META de revenir sur ce blocage. À défaut de réponse rapide, la Fondation des femmes engagera les procédures nécessaires pour faire respecter la liberté d’expression et la capacité d’action des organisations de la société civile », prévient-elle.
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