La ménopause reste invisibilisée. Ce tabou permet à des traitements, non approuvés par les autorités de santé, de voir le jour, comme celui à base de testostérone vanté par de nombreuses influenceuses. Mais une bande dessinée saborde les injonctions pour les femmes à rester éternellement jeunes.

Sur les réseaux sociaux, des influenceuses bien-être font la promotion d’un « remède » miracle contre la ménopause à base de testostérone. Contre les bouffées de chaleur, une fatigue persistante et la baisse de désir, cette hormone résoudrait, selon ces influenceuses, tous les effets indésirables de la ménopause. Or, ce traitement est loin d’être sans risque et entretient l’idée que la ménopause est une « anomalie ».
Un traitement « contre » la ménopause
Dans leur discours, ces influenceuses parlent d’une « renaissance hormonale » grâce à la testostérone, ingérée sous forme de gels, d’injections ou d’implants. Pour rappel : cette hormone est naturellement produite par les ovaires et les glandes surrénales chez les femmes et augmente la densité osseuse, la masse musculaire ainsi que le désir sexuel. Si le taux de testostérone est maximal au début de la vingtaine, il diminue drastiquement tout au long de la vie.
Longtemps réservée aux traitements masculins, la testostérone est aujourd’hui détournée pour « traiter » la ménopause. Dans un article du journal britannique The Guardian, les médecins évoquent même des « évangélistes de la testostérone ». Parmi les lanceuses de cette tendance, l’influenceuse américaine Marcella Hill vante les effets de la testostérone, qui aurait même « sauvé son mariage ». Sur Instagram et TikTok, les hashtags #hormonetherapy et #testosteroneforwomen cumulent des millions de partages.
Un commerce qui profite du tabou de la ménopause
Et derrière cette nouvelle tendance, les injonctions à rester jeune se renforcent. Et ce, au prix de la santé des femmes… puisqu’aucun médicament à base de testostérone n’est officiellement approuvé par les autorités de santé. Or, un dosage incontrôlé de testostérone peut engendrer des effets indésirables sur la santé : acné, excès de pilosité, chute de cheveux jusqu’à des troubles cardiovasculaires.
Ce business de la testostérone pour « soigner » les effets indésirables de la ménopause fleurit grâce au tabou qui l’entoure. « Le pire de tout, vraiment, c’est que personne ne sait rien, au fond, de la ménopause », déplore l’autrice Elise Thiébaut dans sa bande dessinée Chaude, la folle histoire de la ménopause (Le Lombard).
«L’anti-chambre de la mort » ?
Stigmatisée depuis des siècles, la ménopause est perçue comme une maladie honteuse, une carence d’hormones, une anomalie ou encore comme « l’anti-chambre de la mort », note Elise Thiébaut. Il faut dire que ce vécu reste largement invisibilisé, aussi bien dans les représentations culturelles que dans le débat public. De quoi alimenter un flou de croyances et d’injonctions patriarcales.
En retraçant l’histoire du tabou de la ménopause, l’autrice pointe du doigt une médecine patriarcale, faite par et pour les hommes. Résultat : la ménopause et ses effets sur la santé féminine restent un angle mort. Depuis vingt-cinq ans, des traitements hormonaux à base d’œstrogènes et de progestérone existent. Mais une étude de la Women’s Health Initiative, publiée en 2002, a révélé le lien direct entre ces traitements et le risque de maladies cardiaques et de cancer du sein.
Laissées sans recours médical, les femmes sont nombreuses à se tourner vers un traitement à base de testostérone, qui apparaît comme miraculeux. Et ce, même s’il comporte des risques.
La ménopause, une possible émancipation ?
À travers son enquête, Elise Thiébaut renverse le stigmate associé à la ménopause, qui se fonde sur du sexisme entremêlé à de l’âgisme. Les femmes ménopausées ayant perdu leur « utilité dès lors qu’elles ne sont plus fécondes ». Or, elles « ont appris à mesurer leur propre valeur sur cet indice de féminité, et se sentent brusquement dévaluées en devenant transparentes », souligne-t-elle.
L’autrice révèle que le mot même de ménopause, qui signifie l’arrêt des menstruations, est le produit de biais sexistes. « Avant d’utiliser le mot ménopause, aujourd’hui connu mondialement, on parlait pour qualifier ce moment de « climatère ». Mais aussi souvent de retour d’âge, voire d’âge du retour », détaille-t-elle, tout en soulignant une connotation davantage positive et une ouverture vers l’émancipation. «Cessant d’être fertiles, [les femmes] pouvaient enfin s’adonner au sexe sans crainte de tomber enceintes », écrit-elle.
Les effets de la ménopause sur le corps des femmes sont réels. Mais ce qui nourrit le tabou qui l’entoure, c’est bien une médecine patriarcale qui n’investit pas dans la santé des femmes. Résultat : les injonctions à ne surtout pas vieillir, persistent.
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