Anorexie, dépression et idées suicidaires. Après le suicide de cinq adolescentes, le collectif « Algos Victima » porte plainte contre TikTok pour « abus de faiblesse ». Emmanuel Macron renouvelle son souhait d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

« En tant que maman, je voyais la mort planer au-dessus de ma fille, c’était insoutenable ». Ce témoignage glaçant, entendu sur Franceinfo, est celui de Christelle, mère d’une adolescente de 15 ans, qui fait partie des seize familles à avoir porté plainte contre TikTok le 11 mai dernier. Au total, 39 plaignants, rassemblés au sein du collectif « Algos Victima », accusent le réseau social « d’abus de faiblesse ».
Urgence sanitaire
Sur TikTok, les algorithmes favorisent les contenus problématiques. Déjà en juin 2025, la polémique du #SkinnyTok mettait en lumière le culte de la maigreur véhiculé sur le réseau social, avec des influenceuses qui capitalisent sur les troubles alimentaires des internautes. (Lire : #SkinnyTok : cette tendance inquiétante qui célèbre la maigreur)
Mais les dérives des plateformes ne s’arrêtent pas là. Le fléau des deepfakes pullule. (Lire : Le deepfake pornographique : comme Taylor Swift, les femmes en première ligne). Et les tendances sexistes générées par IA se multiplient. (Lire : Korean baseball trend : l’énième tendance sexiste générée par IA)
Des utilisateur.rice.s mineur.e.s sont exposé.e.s à des messages dangereux et à des contenus addictifs. L’avocate du collectif, Laure Boutron-Marmion, parle de « crack digital ». Elle ajoute : « Nous avons une machine conçue, développée pour exploiter cette vulnérabilité. TikTok fabrique des prisons mentales pour adolescents, des prisons de mal-être », ajoute-t-elle.
Résultat : sur les seize familles plaignantes, cinq ont perdu leurs filles suite à un suicide. D’autres souffrent d’anorexie, de dépression ou d’idées suicidaires. La santé des utilisateur.rice.s de la plateforme est en danger. L’avocate évoque même une « urgence sanitaire ».
Abus de faiblesse
Suite au dépôt de plainte, la seule réponse de TikTok a été : la plateforme met en œuvre des dispositifs pour « assurer la sécurité et le bien-être des adolescents ». Le malheur des familles du collectif Algos Victima prouve l’inefficacité des mesures prises par la plateforme. Face à cette menace, des politiques de restrictions et de modérations peinent à se mettre en place.
Lire : TikTok : entre interdictions et éducation, la commission parlementaire rend ses recommandations
En octobre dernier, une enquête préliminaire avait été ouverte. Suite à l’action collective menée par ces seize familles, Laure Boutron-Marmion précise : « Parce qu’une enquête a été ouverte […] les familles veulent s’y associer en déposant plainte pour abus de faiblesse », a-t-elle expliqué, en précisant que leur démarche est « complémentaire ». Avec ce dépôt de plainte, « l’attente des victimes, c’est d’avoir TikTok qui comparaît devant un tribunal pénal français », ajoute l’avocate.
Projet d’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans
Face à la surpuissance des géants du numérique, qui façonnent des algorithmes favorisant les contenus masculinistes, le président de la République a renouvelé, ce lundi 15 juin, son projet d’interdire les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. « Les parlementaires vont voter la loi avant le 15 juillet. Et donc, sur cette base, on prendra les textes pour que ce soit mis en œuvre à la rentrée de septembre», a déclaré Emmanuel Macron au JT de 13 heures de TF1.
Concrètement, cela veut dire qu’à la rentrée prochaine les mineur.e.s de moins de 15 ans ne pourront plus créer de compte sur TikTok, Snapchat ou encore Instagram. « Il y aura sans doute une période entre septembre et la fin de l’année où on ira fermer les comptes des moins de 15 ans qui existaient déjà », promet le président. La France serait le premier pays européen à adopter une telle mesure.
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