L’efficace Syndicaliste de Jean Paul Salomé et l’original El Agua d’Elena López Riera ont pour point commun des héroïnes passionnantes.

Copyright : Guy Ferrandis – Le Bureau Films.
Isabelle Huppert incarnant une héroïne syndicaliste de 50 ans… sur le papier on y croit peu. Et pourtant, dans La Syndicaliste, la star réussit à se faire oublier au profit de la véritable protagoniste d’une histoire oubliée qui a ravi dix ans de sa vie à Maureen Kearney. D’origine irlandaise, elle était professeure d’anglais pour les cadres d’Areva et déléguée CFDT. Devenue lanceuse d’alerte en 2012 pour dénoncer une combine du milieu du nucléaire français menaçant des milliers d’emplois, elle a été violemment agressée en représailles. Débutant comme un thriller dans les hautes sphères du pouvoir, aux enjeux industriels et politiques intimement intriqués, le film bascule ensuite dans un procès de la victime devenue suspecte voire coupable. Après avoir enduré une violence physique et psychologique (également vécue par l’épouse d’un cadre de Veolia) Maureen Kearney a dû ensuite se battre quasiment seule pour retrouver son intégrité.
Le réalisateur qui ne cache pas les moments de découragement et de dépression de son héroïne, l’a laissée suivre les différentes étapes de l’écriture du scénario. Mais quand Maureen Kearney a découvert le film de Jean-Paul Salomé, ce fut une épreuve : « C’est très différent de vivre quelque chose d’atroce et de le voir, expliquait-elle dans M le magazine du Monde début février. J’ai aussi pris la mesure de ce que mes proches ont vécu. » Aujourd’hui, elle poursuit le combat dans une association contre les violences judiciaires faites aux femmes alors que ses agresseurs n’ont jamais été retrouvés.
La Syndicaliste de Jean Paul Salomé (2h02), scénario écrit avec Fadette Drouard et tiré du livre de Caroline Michel-Aguirre, avec Isabelle Huppert, Marina Foïs, Gregory Gadebois, Yvan Attal, Pierre Deladonchamps, production Le Bureau, distribution Le Pacte.
Quant à El Agua, le film d’Elena López Riera nous transporte en Espagne, dans un village agricole du sud du pays. On y suit une famille via trois générations de femmes, dont la plus jeune (incarnée par Luna Pamiés, une découverte) tente de vivre sa vie et son amour malgré le poids des traditions. Mêlant réalisme documentaire, mysticisme et fantastique, la jeune réalisatrice transforme sa ville natale où une légende tenace veut qu’à chaque inondation du fleuve, des femmes disparaissent. Cette peur ancestrale de l’eau, métaphore de la liberté et de la sexualité, est transmise aux habitantes du village depuis un passé immémorial. « Pourquoi nous reproduisons ce qui nous opprime ? C’est le côté le plus pervers du machisme. Ce sont les femmes qui intériorisent et reproduisent la loi des hommes » souligne la réalisatrice. Tout comme la jeune Ana parvient à briser la malédiction sacrificielle, la cinéaste dépasse l’anecdote pour nous livrer une fable magique et envoutante. Avec son premier film, elle intègre tout naturellement la nouvelle génération du cinéma espagnol au féminin, aux côtés de Carla Simón (Nos soleils) ou Clara Roquet (Libertad), primées et plébiscitées en Europe. Des cinéastes à suivre…
El Agua d’Elena López Riera avec Luna Pamies, Bárbara Lennie, Nieve De Medina, produit par Alina Film, Suicafilms, Les Films Du Worso, distribué par Les Films du Losange (fiction, 1h40).
