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A Cannes, comptons les femmes !

par Valérie Ganne

Le Festival de Cannes tient sa promesse de transparence en fournissant des statistiques genrées : 26% de films de réalisatrices reçus pour 27% de femmes sélectionnées.

 © Georges Biard sur Wikimedia Commons
© Georges Biard sur Wikimedia Commons

L’année dernière, 82 femmes posaient sur les marches du Palais du festival pour la parité dans le cinéma. Une image marquante accompagnée de bonnes résolutions : les délégués des sélections cannoises – Thierry Frémaux pour la compétition officielle, Paolo Moretti pour la Quinzaine des réalisateurs, Charles Tesson pour la Semaine de la critique, trois hommes donc- signaient alors une charte s’engageant à la parité de leur comité de sélection.

Une réponse à la mobilisation de l’association 50/50 pour 2020, des professionnelles du cinéma qui seront présentes à nouveau cette année sur la Croisette. Leur charte, aujourd’hui signée par un grand nombre de festivals du monde entier, comprenait également un engagement des organisateurs signataires à la transparence des statistiques genrées. Une partie de l’équipe du festival de Cannes a dû veiller tard pour ce comptage, dont le résultat est tombé la veille de l’ouverture, lundi 13 mai au soir. Toutes les femmes ont été comptées. Dans l’équipe parisienne du Festival , 61% des 109 salariés. Dans l’équipe qui vient en renfort sur Cannes : 46% des 865 personnes supplémentaires. Dans le comité de sélection : 4 femmes sur 8 personnes. Et évidemment dans la composition des quatre jurys. 

En bas de l’échelle

Et cette année, pour la première fois le Festival a procédé à un comptage systématique des réalisatrices. Sur 1845 longs métrages et 4240 courts métrages inscrits ou soumis, la proportion est de 26% réalisés par des femmes. Quand on compare ce pourcentage au choix final, soit 19 des 69 films sélectionnés, on obtient le chiffre de 27,5% des films présentés réalisés par des femmes. Soit donc un tout petit peu plus que les films vus. Et heureusement que l’on compte aussi les courts métrages : car il en est dans ce festival comme dans la vie, les femmes sont en majorité en bas de l’échelle. Côté courts métrages sélectionnés, elles sont 5 réalisatrices (soit 42%) et côté premiers films 13 (soit 52%). Bien davantage qu’en compétition officielle où quatre réalisatrices représentent 19% des cinéastes.

« Je ne me suis pas engagé sur la parité mais sur la transparence »

Dans les sections parallèles, les situations sont les mêmes  : la proportion de femmes sélectionnées est globalement au niveau des femmes ayant postulé. Pas plus, pas moins. A la Quinzaine des réalisateurs, quatre films de femmes en sélection sur 24 longs métrages, et 4 courts métrages sur dix. En ajoutant (habilement) au comptage la compositrice Laurie Anderson, venue pour une exposition VR, ça nous donne neuf réalisatrices, soit un ratio de 25%. Le sélectionneur Paolo Moretti commente sobrement (sur le site CinéWoman.fr) : « Je ne me suis pas engagé sur la parité mais sur la transparence. En pourcentage, nous y sommes ». A la Semaine de la critique, on peut voir davantage de réalisatrices, car cette sélection est réservée aux premiers et deuxièmes films, domaine dans lequel elles sont plus nombreuses. Mais cette année, un seul film de réalisatrice est en compétition sur 7. Son délégué général, Charles Tesson confirme avoir lui aussi reçu 26% de films de femmes pour les longs métrages et 32% pour les courts métrages. Deux réalisatrices venant présenter leur film en séance spéciale à la Semaine de la critique, on obtient une proportion de femmes de 27% pour les longs et 60% pour les courts métrages.

Le bon élève de ce festival, c’est l’ACID, la programmation des cinéastes, le « off du off” : vous pourrez y voir quatre films de réalisatrices sur neuf ! Comme quoi, c’est possible ! Précisons que ce sont des films qui n’ont parfois pas de distributeur en France, à tout petit budget, projetés dans des salles cachées derrière le Palais… Et pourtant, il y a là des perles : la réalisatrice Justine Triet y a été découverte en 2013 avec son premier film. Elle n’a pas chômé puisque son troisième film, Sibyl est cette année en compétition officielle !

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