Accueil Politique & Société A Saint-Nazaire, #IlsNeNousFerontPasTaire mène le combat

A Saint-Nazaire, #IlsNeNousFerontPasTaire mène le combat

par La rédaction

Des élues avaient discrètement tenté d’alerter le maire sur de possibles agressions sexuelles commises par un adjoint. Cet adjoint porte plainte pour diffamation. Le groupe IlsNeNousFerontPasTaire réagit.

Encore une fois, c’est un piège assez classique qui se referme dans une affaire d’agression sexuelle. La femme n’ose pas porter plainte. Elle sait que très peu de plaintes aboutissent à des condamnations et risque de voir la justice se retourner contre elle en la condamnant en diffamation.

A Saint-Nazaire, l’affaire s’est déroulée au sein du conseil municipal. Ouest-France rapporte qu’il y a environ un an, une élue de la ville faisait état auprès d’adjointes au conseil municipal de « faits très graves » à caractère sexuel, mettant en cause un adjoint. Ces adjointes ont alors décidé d’alerter le maire, David Samzun mais il n’y a pas eu de dépôt de plainte. Le maire n’a pas cherché à en savoir plus. Puis, il y a quelques semaines, lors d’une réunion de travail, la première adjointe, Laurianne Deniaud a, à nouveau, évoqué le sujet en l’absence de l’élu accusé, Martin Arnout, adjoint aux finances. Celui-ci a alors décidé de porter plainte contre la première adjointe pour diffamation.

Un collectif a alors lancé le hashtag #IlsNeNousFerontPasTaire largement repris sur les réseaux sociaux

« Nous n’entrerons pas dans le détail de l’affaire initiale» préviennent les initiatrices du mouvement. « Ce n’est pas notre rôle que de nous substituer à une victime, à sa parole, à son souhait ou non de saisir la justice. 9 femmes sur 10 victimes de violences sexuelles renoncent à déposer plainte : c’est aussi parce qu’elles ne bénéficient pas d’un environnement bienveillant ou du soutien qu’elles seraient en droit d’attendre et parce que la justice peine bien souvent à donner suite. » Elles rappellent que « La responsabilité morale, politique et légale d’élu·e·s comme d’employeurs confrontés à de telles situations est de soutenir et de protéger celles qui peuvent en être victimes tout comme celles et ceux qui en témoignent et alertent. »

Pour tenter de « créer cet environnement bienveillant », le mouvement a reçu de nombreux soutiens venant notamment du mouvement Femmes en lutte ou de la Ligue des Droits de l’Homme qui reprend des arguments du collectif : « Dans le respect de la justice et dans l’équilibre des principes de justice, la diffamation ne doit pas devenir une procédure bâillon, cherchant à discréditer une parole que beaucoup ne veulent ni entendre ni prendre en compte, éloignant plus encore les victimes de leurs droits et de la justice, et pire, inversant la culpabilité de l’agresseur vers la victime. L’impunité quasi généralisée dont jouissent les agresseurs dans notre société passe en effet par ces mécanismes, par la loi du silence qu’ils imposent ».

Mardi 4 juin, une adjointe de Saint-Nazaire, Pascale Hameau, qui avait recueilli le témoignage, a saisi le parquet de Saint-Nazaire pour qu’une enquête soit ouverte sur les faits d’agression sexuelle présumés à l’encontre d’une conseillère municipale.

Et ce mercredi, lors d’une conférence de presse, « la victime présumée », la conseillère municipale Gaëlle Betlamini-Da Silva, a pris la parole : « je suis celle qui a parlé, parlé pour survivre, pour trouver aide et soutien. Avant c’était le silence pour préserver ma famille, mes enfants, mon mari, ne pas les exposer à davantage de souffrance. Ma priorité pour moi était de me reconstruire (…) Je me réserve le droit de porter plainte au moment qui me semble opportun, ma vie m’appartient. » Avant qu’elle s’exprime, les élues avaient fait le récit de leurs multiples tentatives pour alerter le maire, tentatives restées vaines. Tentatives qui se sont retournées contre elles avec cette accusation de diffamation.

La conférence de mercredi est visible sur facebook

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