Accueil Politique & Société Adèle Haenel s’attaque à la responsabilité collective dans les agressions sexuelles

Adèle Haenel s’attaque à la responsabilité collective dans les agressions sexuelles

par Isabelle Germain

Agressée sexuellement par un réalisateur lorsqu’elle était adolescente, l’actrice s’est confiée à Médiapart qui a enquêté avec elle sur la fabrique de l’omerta.

Dans un article de blog que Marine Turchi consacre à la longue enquête qu’elle vient de publier dans Mediapart , la journaliste écrit : « Adèle Haenel fait valoir qu’elle ne fait pas confiance à une justice qui « condamne si peu les agresseurs » et qu’elle préfère susciter un débat public général sur le sujet, par l’intermédiaire d’un témoignage à un média, dans l’optique d’une enquête journalistique. » 

Et Mediapart ne s’est pas contenté de révéler les accusations comme d’autres journaux auraient pu le faire de façon voyeuriste.  Le journal s’est donné les moyens de réaliser une vaste enquête qui a duré sept mois. Une enquête qui interroge longuement la victime mais aussi son entourage et décrit la fabrique de l’omerta. C’est une nouvelle approche du sujet, révolutionnaire pour faire enfin sauter le couvercle sur une responsabilité collective. Révolutionnaire, comme le fut l’enquête journalistique qui a fait tomber le producteur Harvey Weinstein.(Voir L’affaire Weinstein, une histoire sans fin)

L’accusation portée par Adèle Haenel raconte des agressions sexuelles vécues par la très  jeune fille qui a fait ses débuts au cinéma en 2002 dans le film Les Diables de Christophe Ruggia. Elle y raconte les « attouchements » le « harcèlement sexuel » et ce qui se passait dans sa tête de petite fille quand elle se trouvait seule avec ce réalisateur. « Je ne bougeais pas, il m’en voulait de ne pas consentir. » Alors elle a voulu « raconter un abus malheureusement banal, et dénoncer le système de silence et de complicité qui, derrière, rend cela possible. » Elle décrit l’emprise et la violence du silence auquel elle s’est astreinte pendant tant d’années « J’avais adhéré à sa fable du “nous ce n’est pas pareil, les autres ne pourraient pas comprendre”. Et puis il a aussi fallu ce temps-là pour que je puisse, moi, parler des choses» décrit-elle

L’enquête menée par Marine Turchi lui a permis d’entrer en contact avec une trentaine de personnes. Les unes confortent les accusations de la comédienne, les autres permettent de comprendre les jeux de pouvoir qui protègent les agresseurs et une culture du viol qui met les victimes en situation de se sentir coupables de ce qui leur arrive et rend l’entourage de la victime impuissant.

« Les monstres ça n’existe pas. C’est notre société.»

 Dans un long entretien vidéo accordé à Mediapart, lundi 4 novembre, Adèle Haenel est à la fois très émue, pleine de courage et d’humilité. « Je dois le fait de pouvoir parler à celles qui ont parlé avant dans le cadre du #MeToo » et elle ajoute « C’est une responsabilité pour moi (…), j’ai un confort matériel qui fait que je ne suis pas dans la même précarité que la plupart des gens à qui ça arrive. » La comédienne qui a obtenu trois césars et connait une carrière florissante, profite de cette situation pour dénoncer ce que la majorité des victimes, trop vulnérables, ne peuvent pas dénoncer. Sa démarche va bien au-delà de son cas personnel ou de celui de Christophe Ruggia qui, bien sûr, « réfute catégoriquement » les accusations.

Elle explique : « Les monstres ça n’existe pas. C’est notre société. C’est nous, nos amis, nos pères. Il faut regarder ça. On n’est pas là pour les éliminer, mais pour les faire changer. Polanski est un cas emblématique d’une société dans laquelle une femme sur cinq est victime de violences sexuelles. »

Difficile de savoir si cette vaste enquête fera définitivement sauter les digues qui retiennent la parole des victimes. Certaines de ces digues restent fortes. Dans l’affaire Baupin, l’ex député, n’avait pas été condamné pour des raisons de procédure, mais il n’a pas réussi à faire condamner ses accusatrices pour dénonciation calomnieuse. En revanche, celle qui avait lancé le mouvement « balance ton porc » a, elle, été condamnée pour dénonciation calomnieuse, une façon de remettre un couvercle sur la parole des victimes. (Voir : Baupin condamné pour procédure abusive. Historique ! et #BalanceTonPorc, balance ta proie : Sandra Muller condamnée)

L’entretien de Médiapart

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F68.10 6 novembre 2019 - 10:52

« Les monstres ça n’existe pas. C’est notre société. C’est nous, nos amis, nos pères. Il faut regarder ça. »

100% d’accord.

J’attends le jour où on pourra en dire autant au sujet des Munchausens par procuration.

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