Accueil Politique & Société Affaire Adeline Blondieau : trois idées reçues très culture du viol

Affaire Adeline Blondieau : trois idées reçues très culture du viol

par Marina Fabre
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Adeline Blondieau et Johnny Hallyday au Festival de Cannes en 1992. Via Wikimedia Commons

L’actrice Adeline Blondieau a confié au tribunal correctionnel de Paris avoir été violée à 14 ans par son ex-mari Johnny Hallyday . « Mensonge », « elle veut buzzer »… les commentaires affluent. Muriel Salmona, présidente de Mémoire Traumatique et Victimologie, démonte, pour Les Nouvelles NEWS, ces idées reçues.

Mardi 22 septembre, Adeline Blondieau était appelée à la barre du tribunal correctionnel de Paris suite à sa plainte pour diffamation à l’encontre de Johnny Hallyday, son ex-mari. En cause, plusieurs passages de la biographie du chanteur, Dans mes yeux, notamment l’extrait suivant : « Adeline Blondieau débarquait chaque nuit pour jouer avec le feu que j’étais (…) Elle est venue une nuit et m’a dit : ‘ça y est tu sais, j’ai 18 ans, épouse-moi’. Au lieu de lui mettre une claque et de l’envoyer dans sa chambre, j’ai laissé faire et je me suis fait prendre au piège ».

Selon l’actrice, dont les propos ont été rapportés par l’AFP, c’est au contraire Johnny Hallyday qui venait « tous les soirs quand il était saoul ». Décrite comme une femme « hystérique » dans le livre de Hallyday, l’actrice de Sous le soleil dénonce, elle, un homme « alcoolique et violent ». Avant de poursuivre : « Il m’a violée quand j’avais 14 ans, 15 ans, chez mes parents (…) Il a abusé de moi. On n’en a jamais parlé lui et moi ». Et de préciser : « C’était un secret très violent, mais qui nous liait aussi d’une certaine façon ».

Un viol donc, le mot est dit. Pourtant, BFMTV évoque des « attouchements non consentis ». Le JDD et Metronews tweetent eux, mais avec des guillemets, de peur de se brûler :

https://twitter.com/metronews/status/646426513928155136

De son côté le chanteur nie les faits. Et il n’a pas besoin d’avocat pour se défendre. Petit aperçu des réactions sur la toile : « On ne se marie pas avec son violeur. Et surtout deux fois », réagit Dorothée dans Voici. Sur Closer même son de cloche : « Pourquoi elle ne l’a pas dit sur le moment ? Sortir cette histoire maintenant c’est une honte. Honte à toi Adeline, respecte le passé, c’est bon, on n’en parle plus, il fallait battre le fer quand il était chaud ». Et ainsi, partout où les commentaires sont ouverts.

Minimiser les faits, banaliser le crime, transformer la victime en coupable et vice-versa, c’est ainsi que se définit la « culture du viol ». Des idées reçues qu’entend démonter Muriel Salmona*, psychiatre, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie. Pour Les Nouvelles NEWS elle a réagi aux commentaires les plus représentatifs sur la toile :

Idée reçue 1 : « On ne se marie pas avec son violeur »

Muriel Salmona : « Cela est relativement fréquent et lié au mécanisme d’emprise qui se met en place via des conséquences psychotraumatiques. Une victime violée est très traumatisée – le viol et la torture sont les deux actes les plus traumatisants. Pour survivre au stress extrême qu’entraîne le viol, avec des risques d’atteintes cardiaques et neurologiques, le cerveau met en place des mécanismes neuro-biologiques qui vont faire disjoncter les circuits émotionnels et entraîner un état d’anesthésie émotionnel. On l’appelle dissociation mémoire traumatique. Cette dissociation s’installe de façon continue si la victime reste en contact avec l’agresseur, la déconnecte de ses émotions et la transforme en une automate que l’agresseur peut contrôler.

Idée reçue 2 : « Si c’est vrai, pourquoi ne l’a-t-elle pas dit à ses parents à 14 ans ? »

Muriel Salmona : « Très rares sont les enfants ou les adolescents qui arrivent à parler. Ils se sentent coupables et honteux. Le plus souvent l’agresseur les a manipulés pour leur faire croire qu’ils sont responsables, que tout est de leur faute, qu’ils ont cherché ce qui est arrivé. Lors des viols le mépris de l’agresseur et le fait qu’il transforme la victime en un objet sexuel, qu’il porte atteinte à sa dignité, entraîne un sentiment de honte et de perte d’estime de soi chez la victime.
De plus à 14 ans, il est difficile de comprendre ce qui s’est passé, de mettre les mots justes et d’en parler, la confusion entretenue par l’agresseur entre violence et sexualité fait que l’ado a d’autant plus peur d’en parler à ses parents, surtout si le sujet de la sexualité est tabou. Avec notre mémoire traumatique on revit ce qui s’est passé, c’est donc très violent et pour cause : seules 20 à 30% des victimes de viol sortent du silence.
Enfin quand l’agresseur est quelqu’un de connu, d’important, d’admiré par la victime et par ses parents, c’est encore plus difficile d’en parler. Les victimes sont encore plus persuadées – à juste titre – que personne ne les croira.


Idée reçue 3 : « Elle ment et ne sait plus quoi faire pour accuser Johnny et faire le buzz »

Muriel Salmona : « Cette réaction est très fréquente. Les rares victimes qui arrivent à parler sont mises en accusation, cela fait partie de la culture du viol. De fait, nous sommes dans une société où le déni du viol – « et si ce n’était pas un viol ? » – et la mise en cause de la victime – « et si la victime n’en était pas une ? » – sont encore très répandus, trop de personnes y adhèrent et diffusent des idées fausses qui nuisent. »

 *Prochain ouvrage, à paraître le 7 octobre : Les Violences sexuelles. Les 40 questions-réponses incontournables, Muriel Salmona, Dunod

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2 commentaires

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rougepivoine 24 septembre 2015 - 14:31

Si elle a été attouchée à 14 ans, elle était forcément psychologiquement dépendante de son abuseur, c’est un des effets des abus sexuels, et aussi ce qui fait qu’un abus entraine sa propre répétition, sans que la victime ait conscience que ce soit un abus. Porter plainte était aux antipodes de ses préoccupations d’alors, ce serait naïf de croire qu’une ado abusée porte plainte. Que Halliday nie les faits maintenant alors qu’il était sous l’effet de l’alcool alors, n’est que trop classique. Abus de pouvoir, de position dominante d’adulte sur une enfant, perte de contrôle, comportement addictif irresponsable, bref le réquisitoire est long et sans appel.

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09 Aziza 25 septembre 2015 - 14:23

Article et commentaire tout à fait justes; décortiquer point par point cette « culture » est nécessaire. Ce qui me frappe cependant, et sur quoi il faudrait se pencher, c’est le nombre de femmes qui y adhèrent, c’est à dire qui adoptent la position des dominants. Est ce parce qu’il vaut mieux être du côté du plus fort?

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