Accueil MédiasBruits et chuchotements Agressions sexuelles, la « culture de culpabilisation » se porte bien

Agressions sexuelles, la « culture de culpabilisation » se porte bien

par La rédaction

culpabilisationUne nouvelle enquête menée au Royaume-Uni montre qu’une « minorité solide » persiste à rendre les femmes en partie ou totalement responsables si elles sont agressées sexuellement.

 

La culture du « Elle l’a bien cherché » est décidément tenace. À la veille de la Marche des Femmes qui fera écho à l’investiture de Donald Trump, l’association féministe britannique Fawcett Society dévoile des chiffres qui « aident à comprendre pourquoi la misogynie est si répandue, pourquoi la violence contre les femmes reste monnaie courante ».

Cette question a été posée à plus de 8 000 Britanniques : « Si une femme sort tard la nuit, avec une jupe courte, et boit trop, est-elle totalement ou en partie responsable si elle subit une agression sexuelle ? »

Résultat : plus du tiers des personnes interrogées – 38% des hommes et 34% des femmes – répondent « Oui ».

Les réponses « révèlent un niveau dérangeant d’hostilité à l’encontre des femmes », analyse la Fawcett Society. « Je ne vois pas d’autre crime pour lequel nous serions aussi prompts à rendre la victime responsable du comportement de son agresseur. C’est absolument incroyable et cela révèle à quel point la facilité à faire des femmes les fautives est profondément ancrée dans notre culture », commente la directrice de l’association, Sam Smethers.

Les femmes de plus de 65 ans sont une majorité, 55%, à juger la victime responsable (totalement pour 5% d’entre elles, « en partie » pour 50%), contre 48% des hommes de cette tranche d’âge. Chez les 18-34 ans, 30% des femmes et 40% des hommes rejettent la faute sur la victime.

« Le sentiment que les femmes sont en partie ou totalement responsables si elles sont agressées sexuellement est celui d’une minorité solide et tenace », commente le rapport. « Il nourrit l’hostilité et légitime le harcèlement que les jeunes femmes, en particulier, subissent ».

Ce sentiment – « blame culture », ou « culture de la culpabilisation » des femmes, qui rejoint la « culture du viol », n’a rien de propre au Royaume-Uni. Une vaste enquête européenne, dévoilée en novembre dernier, produisait des résultats concordants. Une personne sur cinq en Europe – une sur dix en France – a encore tendance à culpabiliser les femmes victimes de violences.

Voir : Violences faites aux femmes : le déni encore présent en Europe

D’autres résultats du sondage britannique sont tout aussi frappants. Une proportion « tenace » de jeunes hommes (18% des 25-34 ans et 14% des 18-24 ans) admettent qu’ils ne veulent pas voir les femmes autour d’eux « bénéficier de l’égalité des chances ». Ils sont encore un peu plus nombreux à estimer que « l’égalité est allée trop loin ».

Même si « une minorité significative est hostile à l’idée du changement », il reste tout de même des raisons d’être optimiste, conclut la Fawcett Society. Les plus jeunes hommes sont plus enclins à réclamer l’égalité, et à se dire féministes, que les plus âgés.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Polémique après des agressions sexuelles de masse au nouvel an en Inde

Au Brésil, révolte contre la culture du viol

 

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2 commentaires

2 commentaires

Hélène 20 janvier 2017 - 15:00

Oui, enfin les hommes qui se disent féministes, hum, comment vous dire?
Maintenant de Valls (qui force une loi travail qui augmente la précarité des plus précaires – les femmes) , Montebourg (qui oublie une journaliste sur le plateau -!), Le Pen (dont le parti parle d’ivg de confort) et consorts se disent féministes, on se dit que la route est longue…

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Lili 20 janvier 2017 - 20:32

Quand on leur explique cela, ils vous disent : « pas du tout, c’est une question d’assumer le risque. Moi, je ne sors pas avec une montre de valeur bien visible tard le soir, et si je me fais agresser et voler mon portefeuille parce que je suis bourré, je suis en partie responsable aussi…. et je ne vais pas seul dans certains endroits à certains moments ».
Donc on continue : « si tu fais la liste des choses risquées pour les femmes, elle est quand même beaucoup plus longue que celle des hommes ». « Oui c’est vrai et ça c’est sexiste. Mais c’est comme ça, et en attendant que ça ait changé, il n’empêche que quand on connaît le risque et qu’on le prend, on est en partie (en partie seulement), responsable s’il y a un problème ».

Et en fait, il y a du vrai dans le raisonnement. Par je ne sais quel procédé, on attribue à une victime une responsabilité parce que être « trop » (trop une femme, trop riche, trop pauvre, trop noir, trop homo…) aux yeux du coupable devient votre problème et qu’au nom du réalisme et au mépris de la justice, prendre un risque devient une faute. C’est le principe hyper-individualiste du consommateur éclairé, en fait : t’as l’info, tu fais tes choix, tu les assumes…

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