Accueil Eco & SocialBien-être et richesses L’aide au développement progresse peu en matière d’égalité

L’aide au développement progresse peu en matière d’égalité

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Comment améliorer l’égalité entre les femmes et les hommes dans les politiques françaises de coopération internationale ? Un rapport montre que depuis 5 ans les réponses se font attendre.


Peut mieux faire ! C’est la conclusion du rapport remis le 10 janvier 2013 à Pascal Canfin, ministre délégué au Développement et réalisé par Danielle Bousquet, présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (ex-Observatoire de la parité) et Christine Lazerges, présidente de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (sa synthèse ici). Deux objectifs avaient été fixés par la France en 2007 dans le document d’orientation stratégique « genre » : « entraîner des changements profonds et durables dans les relations entre les femmes et les hommes » et « atteindre une meilleure efficacité des programmes de développement en intégrant une analyse plus précise des questions de genre et des rapports de pouvoir qui les conditionnent ».

« Très peu de données »

De belles intentions, mais depuis lors peu d’évolutions sont à enregistrer. Une chose est sûre, les axes d’action définis en 2007 sont toujours valables en 2013. Ils ont d’ailleurs été repris dans les mêmes termes : « placer les inégalités de genre au cœur du dialogue politique », « garantir la transversalité de l’approche genre dans toutes les politiques » et « entreprendre et soutenir les actions de promotion de l’égalité ». Une certaine inertie qui s’explique peut-être par l’absence de moyens spécifiques dévolus à ce travail. « Très peu de données » ont en effet pu être recueillies auprès des postes diplomatiques, des agences de l’Agence française de développement (AFD) et des ONG.

Le rapport mesure les progrès et les lacunes dans le traitement des questions de genre en matière de coopération internationale, c’est-à-dire les aides apportées aux pays en voie de développement. Les pratiques des personnels du ministère des affaires étrangères, de l’AFD et des ONG ont été passées au crible. Avec une liste de 40 recommandations pour améliorer l’action en faveur de l’égalité et des droits des femmes. Principal problème : les femmes sont encore trop perçues par les décideurs comme des populations vulnérables devant bénéficier de politiques publiques spécifiques : scolarisation, santé, lutte contre les violences… Cela ne suffit pas ! Elles se révèlent aussi être des actrices essentielles du développement et restent souvent les oubliées dans des domaines comme l’énergie, l’environnement ou l’économie. Le rapport prend l’exemple de l’électrification rurale. « Pour certains responsables de l’AFD, un projet d’électrification rurale n’a pas d’impacts différenciés selon le genre, alors qu’il est justement démontré que celle-ci permet la modernisation des activités productives et domestiques et que l’introduction de services énergétiques payants modifie la place des femmes dans l’économie locale et les relations entre les femmes et les hommes. »

Promesses non tenues

Ce n’est d’ailleurs pas en laissant cette question aux spécialistes que les politiques d’aide internationale tiendront mieux compte du genre. L’idée est simple : les politiques destinées aux femmes ne doivent pas être menées à part du reste des aides, mais incluses dans chacune des actions réalisées en faveur du développement. Et pour mettre en œuvre ces recommandations, le rapport souligne la nécessité d’augmenter le financement, notamment grâce au fonds de solidarité prioritaire « genre et économie ».

Augmenter les financements, et ne serait-ce que tenir les promesses. Ainsi, 21 millions d’euros à destination de l’AFD avaient été annoncés pour la période 2009-2011. Dans les faits, 14 millions d’euros ont été investis. Et là encore le manque de données se fait sentir… « Le constat général serait celui d’un investissement insuffisant de l’aide publique au développement (APD) dans la promotion de l’égalité femmes-hommes sans pour autant que des éléments précis de mesure permettent d’étayer cette affirmation », notent les rédactrices du rapport.

Des préoccupations isolées ? Déjà en 1995, la France a pris des engagements en matière d’égalité lors de la conférence mondiale sur les femmes à Pékin organisée par l’ONU. Dans la déclaration issue de cette rencontre la priorité avait été donnée à l’élimination de la violence et des obstacles à la participation des femmes à la vie publique. Des intentions renouvelées dans le troisième des objectifs du millénaire, « Promouvoir l’égalité des sexes », pris en 2000 par l’ONU. Des promesses anciennes pour des progrès limités, dans un contexte actuel où le respect des droits humains régresse dans le monde. Ces questions seront à nouveau mises sur la table en mars et juillet prochain lors du forum des femmes francophones et de la réunion de l’Union pour la Méditerranée consacrée au rôle des femmes dans la société.

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