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Aides à la presse et démocratie incomplète

par Isabelle Germain

Fronde contre la différence de TVA entre journaux papier et journaux en ligne, aides de l’État à la presse… Le coût de la liberté d’informer fait polémique. Mais ceux qui détiennent les cordons de la bourse et donc de la hiérarchie de l’information sont rarement des femmes.


Enquêtes, interviews, vérifications d’informations, reportages, animation de débats de société… la liberté d’informer à un coût. Lecteurs, publicité, État, qui doit supporter le prix de la démocratie ? L’État prend une part du soutient à la presse en accordant un taux de TVA super réduit à 2,1 % aux journaux d’information papier dument répertoriés par la CPPAP (commission paritaire des publications et agences de presse). Mais ce soutien ne vaut pas pour la presse en ligne, elle aussi estampillée par la CPPAP (les Nouvelles NEWS en font partie). Celle-ci est soumise aux règles du commerce en ligne et donc au taux à 19,6 %, ou 20 % depuis le 1 er janvier. Le SPIIL (Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne auquel nous adhérons) milite depuis sa création pour l’égalité entre presse papier et presse en ligne. Certains membres du SPIIL ont même osé ouvertement braver la loi en s’appliquant le taux super réduit… Et, alors que les gouvernements successifs promettent d’harmoniser les taux de TVA, les impétrants ont reçu, fin 2013, par huissier, un courrier leur annonçant un contrôle fiscal. Branle-bas de combat, la mobilisation redouble au SPIIL. Une délégation a été reçue par trois ministres, (Culture, Budget et Economie numérique) qui doivent examiner sérieusement la question courant janvier. Le SPIIL soulignant que l’État est hors-la-loi ! Une pétition « pour l’égalité fiscale » est à signer chez Médiapart.

Aides directes

Quelques jours avant c’étaient les subventions de l’Etat accordées aux entreprises qui faisaient débat. Le ministère de la Culture a publié cette année le montant des aides directes et indirectes accordées aux journaux (voir le tableau du Ministère) où il apparaît notamment que les plus gros consommateurs d’aides sont le Figaro et le Monde avec un peu plus de 18 millions d’Euros ; que Libération reçoit plus de 10 millions et l’Equipe plus de 4,2 millions. Le journal en ligne ayant reçu le plus gros volume d’aides étant Slate.fr avec un peu plus de 166.000 euros (Les Nouvelles NEWS n’ont pas encore touché d’aide mais sont sur la bonne voie… dans des proportions infiniment moindres).

Moitié masculine

Ces aides ont été critiquées sur bien des points, le SPIIL suggérant de les remplacer par un ensemble de mesures favorisant l’écosystème de la presse. Mais il est un angle mort dans ces critiques : pourquoi bénéficient-elles à des journaux dirigés par la moitié masculine de la population ? L’indépendance et la diversité de la presse sont  le socle de la démocratie. Or nos démocraties sont largement incomplètes, pour reprendre une expression utilisée par l’Union interparlementaire qui observe que la proportion de femmes en poste pour légiférer dans le monde est très faible. Les femmes aux postes de direction des journaux qui forgent l’opinion sont bien moins nombreuses que les femmes parlementaires.

Si l’on regarde qui sont les actionnaires et les dirigeants des journaux les plus aidés, on ne trouve quasiment que des hommes. Le Figaro ? Actionnaire : la Socpresse dirigée par Serge Dassault. Et la direction générale ne compte que des hommes parmi ses rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoints, à l’exception de la personne en charge des secteurs « mode, tourisme, loisir » et « secrétariat de rédaction, photo ». Politique, économie, société, culture… Ce sont des hommes qui hiérarchisent l’info et structurent ainsi l’opinion. Au journal Le Monde, si la nomination d’une femme, Natalie Nougayrede, à la tête de la rédaction a été accueillie comme un progrès, du côté des actionnaires et de la direction générale du journal, ce ne sont encore que des hommes. Libération ? Les deux actionnaires de référence sont Bruno Ledoux et Édouard de Rothschild et la direction de la rédaction est masculine. Chez Slate.fr les cinq fondateurs et actionnaires principaux sont des hommes…

Quatrième pouvoir

Bien sûr, on trouve aussi sur cette liste d’aides de l’Etat les magazines Elle et Femme actuelle qui bénéficient de presque 3 millions d’euros  chacun (moins que l’Equipe) et, si les actionnaires et dirigeants des maisons d’éditions de ces journaux sont le plus souvent des hommes, les rédactions sont dirigées par des femmes. Mais quel est l’impact de ces journaux sur la démocratie ? Peuvent-ils être considérés comme un « quatrième pouvoir » ? Leur contenu à dominante mode- beauté- vie pratique s’adresse plus à des consommatrices qu’à des citoyen-ne-s qui cherchent à éclairer leur jugement. A l’inverse, les journaux d’information générale supposés s’adresser autant aux femmes qu’aux hommes proposent-ils une hiérarchisation de l’information satisfaisante lorsqu’ils focalisent l’information sur le football (masculin)? Lorsque plus de 80 % des personnes citées dans leurs colonnes sont des hommes ? Lorsque près de 90 % des « experts » invités sont des hommes ? Lorsqu’ils négligent l’information sur des sujets politiques et sociétaux comme le congé parental (qui a un impact sur l’égalité professionnelle) ? Lorsqu’ils abordent la question de la prostitution par le prisme du client sur lequel on est priés de s’apitoyer et non par celui du trafic d’êtres humains ? Lorsqu’ils prétendent que le dernier vainqueur français du tournoi de Rolland Garos est un homme (confortant ainsi l’idée que la compétition sportive n’est pas pour les femmes) …

La question du financement de la presse et de la moitié féminine de l’humanité dans la démocratie reste entière. En ce début d’année, tous les journaux d’information générale, qui bénéficient de ces aides de l’Etat et reflètent la voix des hommes, ont décidé d’augmenter leur prix de vente pour compenser la baisse de leurs recettes publicitaires et du nombre de leurs abonnés. Certains vont même parvenir à trouver de riches investisseurs engagés qui leur permettront de poursuivre leur activité dans des conditions confortables. Riches investisseurs masculins bien sûr.

Je me permets donc de terminer cette chronique qui, je l’espère, vous aura éclairé sur le financement de la presse, par un plaidoyer pro domo : pour que les nouvelles NEWS continuent à vous informer en tenant compte de l’impact de l’actualité sur les femmes autant que sur les hommes comptons sur nos lecteurs et lectrices et bien-sûr, sur vos abonnements. Faites connaître les Nouvelles NEWS et dites à vos amis de s’abonner. Merci.

 

Aides à la presse et démocratie incomplète

Fronde contre la différence de TVA entre journaux papier et journaux en ligne, aides de l’Etat à la presse… Le coût de la liberté d’informer fait polémique. Mais ceux qui détiennent les cordons de la bourse et donc de la hiérarchie de l’information sont rarement des femmes.

Enquêtes, interviews, vérifications d’informations, reportages, animation de débats de société… la liberté d’informer à un coût. Lecteurs, publicité, Etat, qui doit supporter le prix de la démocratie ? L’Etat prend une part du soutient à la presse en accordant un taux de TVA super réduit à 2,1 % aux journaux d’information papier dument répertoriés par la CPPAP (commission paritaire des publications et agences de presse). Mais ce soutien ne vaut pas pour la presse en ligne, elle aussi estampillée par la CPPAP (les Nouvelles NEWS en font partie). Celle-ci est soumise aux règles du commerce en ligne et donc au taux à 19,6 % ou 20 % depuis le 1 er janvier. Le SPIIL (Syndicat de la presse d’information indépendante en ligne auquel nous adhérons) milite depuis sa création pour l’égalité entre presse papier et presse en ligne. Certains membres du SPIIL ont même osé ouvertement braver la loi en s’appliquant le taux super réduit… Et, alors que les gouvernements successifs promettent d’harmoniser les taux de TVA, les impétrants ont reçu, fin 2013, par huissier, un courrier leur annonçant un contrôle fiscal. Branlebas de combat, la mobilisation redouble au SPIIL. Une délégation a été reçue par trois ministres, (Culture, Budget et Economie numérique) qui doivent examiner sérieusement la question courant janvier. Le SPIIL soulignant que l’État est hors-la-loi ! Une pétition « pour l’égalité fiscale » est à signer chez Médiapart.

Aides directes

Quelques jours avant c’étaient les subventions de l’Etat accordées aux entreprises qui faisaient débat. Le ministère de la culture a publié cette année le montant des aides directes et indirectes accordées aux journaux (voir le tableau du Ministère) où il apparaît notamment que les plus gros consommateurs d’aides sont le Figaro et le Monde avec un peu plus de 18 millions d’Euros ; que Libération reçoit plus de 10 millions et l’Equipe plus de 4,2 millions. Le journal en ligne ayant reçu le plus gros volume d’aides étant Slate.fr avec  un peu plus de 166.000 euros (Les Nouvelles NEWS n’ont pas encore touché d’aide mais sont sur la bonne voie… dans des proportions infiniment moindres).

Moitié masculine

Ces aides ont été critiquées sur bien des points, le SPIIL suggérant de les remplacer par un ensemble de mesures favorisant l’écosystème de la presse. Mais il est un angle mort dans ces critiques : pourquoi bénéficient-elles à des journaux dirigés par la moitié masculine de la population ? L’indépendance et la diversité de la presse sont  le socle de la démocratie. Or nos démocraties sont largement incomplètes pour reprendre une expression utilisée par l’Union interparlementaire qui observe que la proportion de femmes en poste pour légiférer dans le monde est très faible. Les femmes aux postes de direction des journaux qui forgent l’opinion sont bien moins nombreuses que les femmes parlementaires.

Si l’on regarde qui sont les actionnaires et les dirigeants des journaux les plus aidés, on ne trouve quasiment que des hommes. Le Figaro ? Actionnaire : la Socpresse dirigée par Serge Dassault. Et la direction générale ne compte que des hommes parmi ses rédacteurs en chef et rédacteurs en chef adjoint à l’exception de la personne en charge des secteurs « mode, tourisme, loisir » et « secrétariat de rédaction, photo ». Politique, économie, société, culture… Ce sont des hommes qui hiérarchisent l’info et structurent ainsi l’opinion. Au journal Le Monde, si la nomination d’une femme, Natalie Nougayrede à la tête de la rédaction a été accueillie comme un progrès, du côté des actionnaires et de la direction générale du journal, ce ne sont encore que des hommes. Libération ? Les deux actionnaires de référence sont Bruno Ledoux et Édouard de Rothschild et la direction de la rédaction est masculine. Chez Slate.fr les cinq fondateurs et actionnaires principaux sont des hommes…

Quatrième pouvoir

Bien sûr, on trouve aussi sur cette liste d’aides de l’Etat les magazines Elle et Femme actuelle qui bénéficient de presque 3 millions d’euros  chacun (moins que l’Equipe) et, si les actionnaires et dirigeants des maisons d’éditions de ces journaux sont le plus souvent des hommes, les rédactions sont dirigées par des femmes. Mais quel est l’impact de ces journaux sur la démocratie ? Peuvent-ils être considérés comme un « quatrième pouvoir » ? Leur contenu à dominante mode- beauté- vie pratique s’adresse plus à des consommatrices qu’à des citoyen-nes qui cherchent à éclairer leur jugement. A l’inverse, les journaux d’information générale supposés s’adresser autant aux femmes qu’aux hommes proposent-ils une hiérarchisation de l’information satisfaisante lorsqu’ils focalisent l’information sur le foot ball (masculin)? Lorsque plus de 80 % des personnes citées dans leurs colonnes sont des hommes ? Lorsque près de 90 % des « experts » invités sont des hommes ? Lorsqu’ils négligent l’information sur des sujets politiques et sociétaux comme le congé parental (qui a un impact sur l’égalité professionnelle) ? Lorsqu’ils abordent la question de la prostitution par le prisme du client sur lequel on est priés de s’apitoyer et non par celui du trafic d’êtres humains ? Lorsqu’ils prétendent que le dernier vainqueur français du tournoi de Rolland Garos est un homme (confortant ainsi l’idée que la compétition sportive n’est pas pour les femmes) …

La question du financement de la presse et de la moitié féminine de l’humanité dans la démocratie reste entière. En ce début d’année, tous les journaux d’information générale, qui bénéficient de ces aides de l’Etat et reflètent la voix des hommes, ont décidé d’augmenter leur prix de vente pour compenser la baisse de leurs recettes publicitaires et du nombre de leurs abonnés. Certains vont même parvenir à trouver de riches investisseurs engagés qui leur permettront de poursuivre leur activité dans des conditions confortables. Riches investisseurs masculins bien sûr.

Je me permets donc de terminer cette chronique qui, je l’espère, vous aura éclairé sur le financement de la presse, par un plaidoyer pro domo : pour que les nouvelles NEWS continuent à vous informer en tenant compte de l’impact de l’actualité sur les femmes autant que sur les hommes comptons sur nos lecteurs et lectrices et bien-sûr, sur vos abonnements. Faites connaître les Nouvelles NEWS et dites à vos amis de s’abonner. Merci.

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