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Anne Sylvestre, chanteuse engagée

par La rédaction

Immense vague de tristesse chez les féministes, la chanteuse Anne Sylvestre a tiré sa révérence à l’âge de 86 ans. Ses oeuvres ont accompagné les luttes et bercé les coeurs.

Dès l’annonce de son décès, des flots de larmes ont coulé sur les réseaux sociaux. Larmes de celles et ceux qui avaient été bercé.es par ses comptines mais surtout larmes des féministes qui n’avaient pas de mots assez forts pour dire leur admiration, leur amour, leur sororité. Depuis ses premiers pas dans la chanson, l’artiste engagée a accompagné les luttes féministes et chanté des comptines pour enfants, notamment Les Fabulettes, qui sentaient bon le féminisme parfois. Comme « La petite Josette… qui n’en fait qu’à sa tête»

Parce que ses textes très puissants n’étaient pas du goût des maisons de disque, elle a fondé son propre label en 1973, « Production Anne Sylvestre ». Pour faire entendre sa voix, ses mots, et ne pas limiter son répertoire à ce que les hommes voulaient bien entendre. Pendant que les maisons de disque misogynes faisaient chanter à «d’innocentes jeunes filles»  des tubes comme «Annie aime les sucettes», Anne Sylvestre proposait un autre genre de chansons, politiques, engagées, féministes. Un registre pris de haut par les médias. Les critiques, qui ne savaient définir les femmes que par rapport aux hommes, disaient qu’elle était une «Brassens en jupon». Aujourd’hui encore les journaux parlent davantage de ses chansons pour enfants, et de son chef d’oeuvre Les gens qui doutent, que de ses titres féministes. 

Anne Sylvestre était une artiste engagée. Engagée dans un combat politique difficile. Ses chansons ont porté haut, avec force, talent et juste la dose d’humour qu’il fallait les thèmes féministes que l’on semble redécouvrir aujourd’hui : la charge mentale, la culture du viol, l’assignation à la maternité…

Quelques paroles d’un immense répertoire

« …Que savent-ils de mon ventre, Pensent-ils qu’on en dispose, Quand je suis tant d’autres choses… » 

1974 : Non, tu n’as pas de nom  ...  le droit à l’avortement, un an avant l’adoption de la loi Veil et deux ans après le Procès de Bobigny. 

 

C’est la maîtresse d’école, Qui l’a dit au pharmacien, Clémence est devenue folle, Paraît qu’elle ne fait plus rien, Mais selon l’apothicaire, Dans l’histoire, le plus fort, N’est pas qu’elle ne veuille rien faire, Mais n’en ait aucun remords»

1977 : Clémence en vacances, la vieille dame qui ne « fait plus rien » et s’en trouve « bien » veut alléger la charge mentale et domestique des femmes

 

Oui, mais c’est la faute à Ève, Il n’a rien fait, lui, Adam, Il a pas dit : « Femme, je crève, Rien à se mettre sous la dent, D’ailleurs, c’était pas terrible, Même pas assaisonné, C’est bien écrit dans la Bible,Adam, il est mal tombé…»

1979, plus léger, très percutant La faute à Eve  montre comment la culpabilité vient aux femmes

 

 

…Vous m’avez aimée servante, M’avez voulue ignorante, Forte vous me combattiez, Faible vous me méprisiez, Vous m’avez aimée putain, Et couverte de satin, Vous m’avez faite statue Et toujours je me suis tue…»

1986, dans Une sorcière comme les autres « la » femme est définie par l’homme

 

 «… La maison, depuis ce crime, n’a plus d’âme ni de nom, mais elle n’est pas victime, c’est de sa faute, dit-on… »

1989  : Douce Maison dénonce le viol et la culpabilisation des victimes.

 

  …Il y peut rien si ça l’excite, Et qu’est-ce qu’elle a cette hypocrite ? Elle devrait se sentir flattée, Qu’on s’intéresse à sa beauté, Mais c’est pas grave, C’est juste une femme, C’est juste une femme à humilier… »

2013 :  Juste une femme :  « l’affaire DSK» et les discours  nauséabonds qui l’entourent.

 

Anne Sylvestre disait qu’être féministe était la seule étiquette qui ne la dérangeait pas. « Je suppose que ça m’a freinée dans ma carrière parce que j’étais l’emmerdeuse de service, mais ma foi, si c’était le prix à payer… » Son héritage est immense. Il a quelques mois, elle regrettait, parlant du féminisme : « La preuve qu’on ne l’a pas défendu assez puisque ça continue de plus belle ». « Moi, la sérénité, je déteste ce mot. […] Et j’ai toujours souhaité ne jamais l’être, parce que c’est tout plat, c’est rien. […] Non je ne suis pas sereine. […] Je suis toujours bien capable de me mettre en colère. » Ses colères manquent déjà beaucoup. 

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