Accueil Politique Assistants sexuels : un conseil général s’en mêle

Assistants sexuels : un conseil général s’en mêle

par La rédaction

Sessions

Le Conseil général de l’Essonne entend mettre en place un service d’assistance sexuelle pour des personnes lourdement handicapées. Relançant à l’échelle politique une question complexe, qui divise déjà l’assemblée départementale.


 

La question de l’assistance sexuelle pour les personnes handicapées revient par la grande porte. C’est Le Parisien qui l’explique ce 21 mars : le conseil général de l’Essonne compte inscrire, le 25 mars, la notion « d’assistant sexuel » dans son schéma départemental en faveur des personnes handicapées. Ce sera « uniquement pour les personnes lourdement handicapées qui n’ont pas la maîtrise de leur corps », précise le président de l’assemblée départementale, le socialiste Jérôme Guedj.

Et les assistants sexuels seraient des volontaires. Ils ne pourront être rémunérés, car ces services seraient alors assimilés à de la prostitution et le conseil général pourrait être poursuivi pour proxénétisme. Il ne s’agit pour l’instant que d’« engager un débat/une réflexion sur le statut de l’assistant sexuel », soulignent dans un communiqué Jérôme Guedj et le président de l’Association des paralysés de France (APF) Jean-Marie Barbier.

Et il y a bel et bien débat, au sein même du département. La conseillère générale de l’Essonne en charge de la lutte contre les discriminations et de la promotion de l’égalité, Maud Olivier, se dit « en total désaccord » avec la proposition de Jérôme Guedj. « La question de la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap est essentielle. Une réflexion doit être menée et des actions lancées. Mais répondre d’emblée à l’isolement et aux souffrances des personnes handicapées par un service de nature sexuelle ferme le débat et porte atteinte à la dignité des personnes handicapées », écrit Maud Olivier.

Associations divisées

Le question des « services sexuels » aux personnes handicapés a repris des couleurs ces dernières semaines dans le sillage du film The Sessions où ils sont mis à l’honneur de façon très photogénique. Tandis qu’à l’inverse le Comité consultatif national d’éthique publiait un avis dans lequel il relevait la « complexité » de la question et jugeait en conclusion « difficile d’admettre que l’aide sexuelle » relève d’une « obligation de la part de la société et qu’elle dépende d’autres initiatives qu’individuelles. » Le gouvernement n’a pas souhaité s’engager dans le débat.

En 2010, déjà, le sujet avait connu un pic médiatique, initié notamment par le député UMP Jean-François Chossy qui souhaitait modifier la loi pour ouvrir la voie à l’accompagnement sexuel des personnes dépendantes (Voir : Handicap : les « services sexuels » font débat). Cette revendication est portée par plusieurs grandes associations, dont l’APF, qui ont mis en place en 2008 un collectif « Handicap et sexualité », destiné notamment à appuyer « la mise en place de services d’accompagnement érotique et/ou sexuel ».

D’autres associations sont au contraire opposées à toute reconnaissance de l’assistance sexuelle par les pouvoirs publics, comme le Mouvement du Nid qui y voit « un cheval de Troie pour l’industrie du sexe, une porte d’entrée politique pour la reconnaissance de la prostitution ».

En février dernier, l’association de femmes handicapées « Femme pour le dire, Femme pour agir » (FDFA) s’inquiétait d’un lobbying croissant en faveur de l’assistance sexuelle. Et en faisait part dans une lettre ouverte à François Hollande, soulignant que « cette demande, qui est essentiellement masculine, s’inscrit dans une conception de la sexualité où les corps des femmes sont mis à disposition pour répondre à de soi-disant ‘besoins sexuels masculins irrépressibles’ ».

 

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Photo : Helen Hunt et John Hawkes dans le film The Sessions

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9 commentaires

Marie 21 mars 2013 - 13:32

La lettre ouverte de FDFA est très importante car on oublie toujours (comme par hasard) de souligner que l’on « genre » la demande sans le dire.
Mais à part ça, n’y a-t-il aucune réflexion qui soit menée sur la place des personnes handicapées dans notre société, sur la vision que les valides ont d’elles, sur le fait qu’on les infantilise (c’est déjà frappant rien qu’à la hauteur à laquelle on place les fauteuils), etc. ?
Le coeur du problème, il est là, non ? Parce que le fameux « droit à la sexualité » (boaf, l’amour, les handicapés n’en ont pas besoin) n’aurait même pas lieu d’être si nous avions une relation plus égalitaire entre valides et handicapés.
Oups, pardon, j’aurais dû écrire « personnes à mobilité réduite ».

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hic 21 mars 2013 - 13:56

« Marie »

Mais à part ça, n’y a-t-il aucune réflexion qui soit menée sur la place des personnes handicapées dans notre société, sur la vision que les valides ont d’elles, sur le fait qu’on les infantilise (c’est déjà frappant rien qu’à la hauteur à laquelle on place les fauteuils), etc. ?

Il y a un article très intéressant à ce sujet (même si l’aspect patriarcal de l’assistance sexuelle y est évacué) dans rue 89.
http://www.rue89.com/2013/03/21/je-ne-veux-pas-dassistante-sexuelle-qui-ne-tremblerait-pas-de-plaisir-240682

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Marie 21 mars 2013 - 14:26

Merci Hic, intéressant en effet, cela montre bien qu’il y a un total déni de la personne dans ce « débat ». Effectivement, je reste effarée de l’indifférence générale quant à l’utilisation par tous du terme d' »assistante », sans que l’on se pose la question du caractère féminin du nom commun employé…

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luce44 21 mars 2013 - 18:20

Pourquoi exposer ainsi avec une telle effervescence médiatique qui joue sur le compassionnel et sans réflexion la vie sexuelle des personnes handicapées ? Respectons leur dignité.
Réserver un service spécifique les stigmatise et les marginalise.
Et proposer ainsi des « assistants sexuels » – curieusement au masculin (asexué ?) – évacue la réalité que ce serait majoritairement des femmes qui seraient assistantes sexuelles alors que la demande est très majoritairement masculine. Pourquoi encore faire appel au corps des femmes pour « soulager » les « pauvres hommes handicapés » ? D’ailleurs ce sont encore des hommes qui s’expriment dans l’article du Parisien.
C’est une mauvaise réponse réductrice qui fait l’impasse sur l’ouverture de la société et le changement de regard.

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tassedejardin 21 mars 2013 - 18:43

Si la sexualité des handicapés (et des handicapées?) fait débat aujourd’hui, c’est pour faire entrer par ce moyen la légalisation de la prostitution. La sexualité est n’est pas un besoin vital. Les relations humaines oui. Et elles ne se monnaient pas.

Le corps des femmes n’est pas un objet auxquels doivent avoir Droit les hommes, quelles qu’elles soient, quels qu’ils soient.

Le lobby pro-prostitution et pro-pornographiques (mêmes ramifications, mêmes personnes et mêmes méthodes) manipulent nos médias souvent complices (car souvent clients prostitutionnels)et certainEs de nos politiques.

Nous ne nous laisserons pas faire, non les femmes ne sont pas nées pour servir les hommes, ni à table, ni ailleurs.

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belinda 21 mars 2013 - 21:36

Déjà, nous sommes des personnes et non des handicapés ! Le sexe, c’est bon aussi pour la santé. Le problème est qu’une personne valide (femme ou homme) peuvent faire l’amour comme il veulent, une nuit, avec juste une copine… peuvent s’il n’y a rien sous la main voir les prostitués ou se masturber. Or, il y a des personnes handicapées lourdement qui n’ont même pas la force de se masturber, et oui « pas de bras, pas de chocolat ! ». Les prostitués les repoussent car elles ou ils ont peur de blesser, d’être responsable d’un corps qu’ils ne connaissent pas, qui n’est pas banal. Certaines personnes handicapés ont des relations humaines mais qui restent amicales. Le film « the sessions » le montre bien. Dès que ça va plus loin, on n’en a plus envie. Je suis moi-même lourdement handicapée, femme 35 ans et j’ai connu ce désert affectif et sexuel. « Je t’aime bien mais je préfère rester amis. » Mon corps est tordu, peut-être même repoussant pour certain en tout cas sexuellement et sensuellement. Des relations humaines, j’en ai plein. Mais un moment dans ma vie, je voulais aussi m’envoyer en l’air ! J’ai pu connaître le sexe friends et c’est vrai je vis un compte de fée car nous sommes tombés amoureux et mariés. Mais tout le monde n’a pas cette chance. La violence vient de là aussi, le manque d’amour et de sexe ! C’est un soulagement. Il faut arrêter de faire les saintes nitouches !

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Eric 22 mars 2013 - 08:22

Ca a au moins le mérite de clarifier les choses: l’argument de la « marchandisation » est complètement bidon, puisque même lorsque les intervenants sont bénévoles, il semble que cela pose toujours autant de problèmes.

« La sexualité est n’est pas un besoin vital. Les relations humaines oui. »

Il y a des gens qui se suicident à cause du manque sexuel. Et des gens qui vivent en ermite durant des décennies.

« qui joue sur le compassionnel »

Comme les trois quart des campagnes féministes.

« Réserver un service spécifique les stigmatise »

Lorsque la société multiplie les services spécifiques pour les femmes, je n’ai pas l’impression que vous vous sentiez stigmatisées. Vous en réclamez davantage.

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luce44 22 mars 2013 - 10:44

La lutte des femmes a commencé par la reconnaissance que leur corps n’était pas « corvéable » et à disposition des hommes. Elles ne permettront pas de revenir en arrière.

Vous écrivez « Lorsque la société multiplie les services spécifiques pour les femmes, je n’ai pas l’impression que vous vous sentiez stigmatisées. Vous en réclamez davantage. »
Il ne s’agit pas de créer des services « spécifiques » pour les femmes, qui représentent plus de la moitié de l’humanité, ni de « réclamer ».

Il s’agit d’instituer de nouveaux rapports sociaux entre femmes et hommes qui respectent l’égalité et mettent fin à des millénaires de domination masculine. Evoluer vers une nouvelle société équilibrée qui reconnaît tous les talents et toutes les compétences et respecte l’égalité de genre.

Vous jouez sur l’émotionnel en parlant de « gens qui se suicident à cause du manque sexuel ». Est-ce que cela justifie que pour soulager certains, on en fasse souffrir d’autres ? alors que la prostitution est reconnue comme violence faite aux femmes.
75000 femmes sont violées en France chaque année, une femme meurt tous les 2 jours et demi sous les coups de son compagnon, qui s’indigne ?

« Eric »
stigmatisées. Vous en réclamez davantage.

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Lili 22 mars 2013 - 11:17

« Eric »

Lorsque la société multiplie les services spécifiques pour les femmes, je n’ai pas l’impression que vous vous sentiez stigmatisées. Vous en réclamez davantage.

Et bien vous avez une lecture sélective alors…

Si, quand des banques créent des cartes spécial femmes, on se sent stigmatisées et on proteste. Quand des services publics créent un service spécial « poussettes et change bébé » réservé aux femmes, on s’insurge.

Oui, on se sent stigmatisées quand la société créé des services « spécial femmes ». renseignez-vous.

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