Accueil CultureCinéma Au cinéma, les femmes n’ont « pas besoin d’aide, mais d’argent »

Au cinéma, les femmes n’ont « pas besoin d’aide, mais d’argent »

par Arnaud Bihel
Par Pedro sur Flickr (CC BY 2.0)

Par Pedro sur Flickr (CC BY 2.0)

Le groupe Kering organisait chaque jour un « talk » pendant le festival de Cannes sur la place des femmes dans le cinéma. Les conversations ont surtout porté sur l’inégalité économique. Peut-on maintenant passer à l’action ?


 

Opération de partenariat signée pour cinq ans par la Fondation Kering, Women in Motion accueillait pendant le Festival de Cannes un débat chaque jour.

Voir aussi : A Cannes, les femmes sur toutes les lèvres

Dans une suite discrète du dernier étage du palace Majestic l’audience était très féminine, mais aussi triée sur le volet. L’avantage du milieu de la communication et du luxe (Kering est le nouveau nom du groupe Pinault-Printemps-Redoute) c’est sa capacité à mobiliser des beautiful people : se sont succédé des actrices comme Salma Hayek, Isabelle Huppert Golshifteh Farahani, Frances Mac Dormand ; des réalisatrices (Claire Denis, Rebecca Zlotowski, Agnès Varda) ; des productrices (Sylvie Pialat, Anne-Dominique Toussaint). Et quelques hommes, les acteurs Matthias Schoenaerts et Melvil Poupaud, et le président du Festival Thierry Frémaux, qui s’y est défendu une nouvelle fois de discriminer les femmes cinéastes.

Voir aussi : Thierry Frémaux : « Cannes n’est que le bout de la chaîne »

L’opération Women in Motion s’était fixée « pour thématique principale les femmes et l’industrie du cinéma, de la question du statut des femmes à celle de leur représentation au sein de la profession et à l’écran, ou encore des spécificités de leur point de vue narratif ou de leur regard derrière la caméra. »

« We don’t need help, we need money »

Mais si la question de l’existence ou non de spécificités féminines a parfois été évoquée, c’est pour être rapidement balayée. Pour Rebecca Zlotowski, « en ce moment ce sont vraiment les jeunes actrices qui réinventent le genre : Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos, Léa Seydoux ».

En revanche, la thématique de l’inégalité économique a rassemblé : « Le cœur du sujet est une bataille économique, résume Rebecca Zlotowski. Il faut que les femmes aient davantage de budget pour faire leurs films. » Un principe ainsi résumé par l’actrice Frances Mc Dormand, reprise ensuite par la réalisatrice Agnès Varda : « We don’t need help, we need money ». « Ce n’est pas d’aide qu’on a besoin. C’est d’argent ».

En France, en 2012, l’investissement global dans les films de femmes était 5,6 fois inférieur à celui des hommes (Voir : Le cinéma féminin grignote son retard).

Sylvie Pialat qui a été très militante dans les années 70, est pourtant aujourd’hui plutôt pour que les changements se fassent naturellement : « Moins que le débat des femmes dans le cinéma, le vrai combat concerne l’égalité des salaires, l’avortement et la contraception. Et le seul endroit où les quotas sont utiles ce sont les conseils d’administration. » Pourtant, l’unique problème qu’avoue rencontrer la productrice dans son métier est budgétaire : « Dans les négociations avec les financiers je m’arrête là où des hommes continueraient. J’obtiens donc moins d’argent. »

Un problème qu’Isabelle Huppert ne semble pas connaître, même si elle avoue avoir croisé la misogynie partout dans son métier et ce depuis le début. Son combat est avant tout personnel : « Mon féminisme à moi c’est d’être au centre. Avec exigence. Même si dans la même situation, on dit des hommes qu’ils sont exigeants et des femmes qu’elles sont hystériques. »

Premiers pas concrets

C’est aussi à l’occasion de ces rencontres quotidiennes qu’on a appris que la fondation du producteur saoudien Hani Farsi allait prendre en charge la formation au cinéma de trois jeunes femmes du monde arabe chaque année à l’université UCLA de Los Angeles. Voila du concret ! Kering a également créé cette année deux prix, remis à l’actrice Jane Fonda et à Megan Ellison, jeune productrice américaine brillante. L’année prochaine une personnalité emblématique du cinéma sélectionnera à son tour une jeune femme cinéaste qui sera primée.

Puisqu’on parle finances, espérons que la Fondation Kering dotera largement cette récompense, aidant ainsi la jeune réalisatrice à faire son film. Le budget du partenariat avec le festival n’a pas été communiqué, mais est estimé par la rumeur à 1 million d’euros. Cela devrait être possible, il suffira de réserver une plus petite suite au Majestic pour l’opération Kering Cannes de l’année prochaine…

 

Partager cet article

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

0 commenter

Laisser un commentaire