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Au Royaume-Uni, la parité patine

par Arnaud Bihel

Une coalition d’associations britanniques dresse, en chiffres, le tableau « choquant » d’un pays où la place des femmes aux postes de décision progresse à peine, en politique comme dans la société dans son ensemble.


La représentation des femmes en politique, et aux postes de pouvoir en général, ne connaît que de « faibles progrès » au Royaume-Uni, un pays «  dirigé très largement par des hommes ». C’est le constat désabusé que dresse le rapport ‘Sex and power’ 2013 (‘Sexe et pouvoir’, ici en anglais) publié lundi 25 février.

‘Counting women in’, la coalition d’associations à l’origine de ce document, s’est constituée après les élections législatives de 2010. A partir de ce constat : « Plus de 80 ans après l’égalité électorale, seules 142 femmes ont été élues – c’est certes mieux qu’en 1929, mais avec un taux de 22% on est encore bien loin de la parité ». Depuis les élections de 1997 les progrès de la féminisation du Parlement sont « négligeables » et le pays perd du terrain sur la scène internationale : « parmi les pays d’Europe occidentale, seuls l’Italie, l’Irlande et Monaco ont un plus faible pourcentage de femmes parlementaires ».

Quant au gouvernement, il compte moins de 20% de femmes aujourd’hui (Voir : Remaniement viril chez David Cameron). Le pire chiffre depuis une décennie. « Si les partis politiques n’agissent pas rapidement, la Grande-Bretagne va continuer de perdre du terrain sur la scène mondiale en termes d’accès des femmes au pouvoir », avertit Ceri Goddard, responsable de la Fawcett Society, une des associations de la coalition.

‘Stratégie égalité’ enterrée

La politique n’est pas le seul domaine où s’exerce ce constat. Le rapport ne note pas plus de progrès en ce qui concerne la place des femmes au sommet de la haute fonction publique. Pour ‘Counting Women In’, il est « choquant de constater à quel point les femmes restent exclues des postes de décision à tous les niveaux de la société ».

Le gouvernement britannique avait pourtant adopté une « stratégie égalité » en 2010, avec un objectif de 50% de nominations féminines en 2015. Mais « rien n’est fait pour la mettre en œuvre », selon le rapport, qui constate même que l’objectif de 50% n’est même plus évoqué dans le dernier bilan publié par le gouvernement en mai 2012. Le premier ministre David Cameron a également annoncé, fin 2012, vouloir abandonner les études d’impact sur l’égalité également initiées en 2010.

« Dans certains secteurs, on constate même un déclin de la représentation des femmes », note le rapport : ainsi, il y a moins de femmes dirigeantes de journaux nationaux qu’en 2003, et bien moins de femmes à la tête de compagnies artistiques nationales (moins 18% par rapport à 2003).

Manque de diversité en général

La coalition insiste pourtant : « l’exclusion des femmes des postes de pouvoir nuit aux intérêts des femmes comme des hommes, et du pays dans son ensemble ». Et les associations d’inviter les politiques à agir sans attendre. « On nous dit souvent que ce n’est qu’une question de temps avant qu’on parvienne à l’égalité. Mais nous attendons déjà depuis des générations. Nous demander d’attendre encore ne changera rien, et la qualité des prises de décision continuera d’en pâtir », dénonce Nan Sloane, directrice du Centre for Women and Democracy

Il ne s’agit d’ailleurs pas que de féminiser les instances de pouvoir, note par ailleurs le rapport. « Le manque de diversité dans la vie publique affaiblit la démocratie et la confiance de l’opinion dans la politique ». Et la diversité inclut aussi l’origine, la classe sociale ou l’âge. Les dominants sont des mâles blancs, riches et âgés. « Nous aurions aimé inclure davantage de détails sur le manque de diversité au-delà de la seule notion de genre », assure ‘Counting Women In’… en déplorant que sur les autres aspects de la diversité, il existe très peu de données.

 

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